Comment expliquer la tendresse de la gauche pour l’Iran des turbans ?

By  |  0 Comments

Par Gilles William Goldnadel

Depuis des décennies, une bonne partie la gauche traite l’Iran des mollahs de façon assez molle, réservant ses critiques les plus acerbes à Israël, déplore Gilles-William Goldnadel.
Depuis un temps que je n’ose plus chiffrer, je vitupère l’absence de sens critique de la gauche médiatique et politique à l’égard de la dictature de la République islamique. Elle ressemble aux manquements de cette même gauche envers l’antisémitisme sinistre de sa partie la plus extrême. Ainsi, l’ayatollah Khamenei a été éliminé dans une frappe américano-israélienne. Ce dimanche matin à 7 heures, le présentateur de France Inter, station radiophonique que nous qualifierons aimablement de « progressiste », pour reprendre la définition de la présidente de Radio France, annonçait la mort du Guide suprême en le qualifiant de « tyran sanguinaire ». Il aura fallu qu’il décède pour que j’entende une telle expression sur une antenne de l’audiovisuel public national. Jusqu’à présent, du moins jusqu’au massacre de ses opposants, la manière de traiter l’Iran des mollahs était, somme toute, assez molle. À l’instar des autres médias de même orientation, on renvoyait dos à dos, dans le meilleur des cas, Israël et l’Iran.
Sur le terrain si significatif de la terminologie, les mots employés pour Israël étaient souvent inconsciemment plus durs que pour l’Iran. C’est ainsi, par exemple, que j’ai souvent critiqué le vocable euphémique d’« ultraconservateurs » pour qualifier les ministres iraniens, tandis que certains de leurs homologues israéliens étaient autrement plus sévèrement traités de «suprémacistes». Autre exemple : il n’existe pas, pour nos chroniqueurs des médias, « d’extrême droite » au sein du parlement iranien, contrairement à la Knesset.
J’ai souvent noté dans mes ouvrages que certains journalistes professionnels, ornithologistes amateurs, avaient repéré des «faucons» dans les cieux de Tel-Aviv ou de Washington, mais jamais, au grand jamais, dans le ciel de Téhéran. J’avais expliqué cette différence de traitement par la différence de sévérité de la gauche entre Occident et Orient. Aujourd’hui, plus crûment, j’oserais y voir une manière de racisme culturel inconscient anti-blanc.
De même, j’ai toujours été conduit à déplorer l’absence de toute sévérité envers ce désir morbide d’effacer l’État juif de la surface de la terre, inscrit dans l’ADN de la République islamique. Idem pour la pendaison des homosexuels. Seul le voilement des femmes inspirant, de temps à autre, quelques protestations. Il est vrai que la tendresse de la gauche pour l’Iran des turbans est ancienne. Pour en convaincre les ignorants ou les oublieux, je ne puis que les renvoyer à l’article de Guillaume Perrault publié dans Le Figaro du vendredi 27 février, autrement dit la veille de l’offensive américano-israélienne. Je me contenterai de citer deux propos aussi éclairants que confondants. D’abord ceux de Serge July, directeur de Libération dans le journal du 12 février 1979, constatant que la couleur noire est partout dans les rues de Téhéran : « le noir “voile enfin les femmes iraniennes comme un symbole de lutte, comme une proclamation anti-Chah, comme un refuge aussi d’où leurs yeux surgissent comme des momies vivantes” ». Quant au Monde, sa détestation du Chah le conduisit à imaginer, dans l’incendie volontaire d’un cinéma à Abadan en août 1978, causant plusieurs centaines de morts, un « incendie du Reichstag ». Alors que le pouvoir et Khomeyni s’accusent l’un l’autre d’avoir commis volontairement ce crime. Comme le note finement Guillaume Perrault, ce parallèle historique revient à « hitlériser » le souverain iranien, et à béatifier les islamistes.
Devenez « lecteur premium », pour avoir accès à une navigation sans publicité, et nous soutenir financièrement pour continuer de défendre vos idées !
En tant que lecteur premium, vous pouvez également participer à la discussion et publier des commentaires.
Dans la querelle existentielle Iran-Israël, Le Monde et Libération n’ont pas changé d’orientation. Certains n’ont pas oublié l’article du Monde, rédigé par sa correspondante à Beyrouth, daté du 28 septembre 2024, consacré à la mort de Hassan Nasrallah. Pour toute critique du chef du Hezbollah, la journaliste le décrit comme « charismatique ».
Les éditoriaux critiques envers l’Iran doivent se compter en dizaines, ceux envers Israël, en centaines. De même, la sympathie de l’extrême gauche française pour la dictature de la République islamique est des plus confondantes. Je laisserai mes lecteurs consulter les prises de position d’Aymeric Caron, de Rima Hassan, ou encore de Mathilde Panot. La détestation pathologique assumée de l’État occidental et juif explique évidemment, sans complexe aucun, la posture favorable aux ayatollahs.
Mélenchon a définitivement épousé le style Jacques Doriot : élégant dans la forme, immonde dans son fond.
La mort de leur chef suprême a permis également au chef des Insoumis de délivrer une belle leçon de droit international. Tout en flétrissant le personnage de Khamenei avec davantage d’alacrité qu’il ne l’avait fait de son vivant, Jean-Luc Mélenchon a condamné, avec la sévérité qu’on lui sait, l’attaque américano-israélienne en usant d’arguments juridiques. Ainsi, voilà que le leader de l’extrême gauche, qui tweete « la police tue », qui refuse une perquisition au prix d’une condamnation, qui félicite la Jeune Garde assassine, nous fait le coup de l’extrême droit. De même, les déclarations hallucinantes de Mélenchon autour du patronyme d’Epstein n’ont pas entraîné son exclusion définitive du cercle des êtres fréquentables. Le chef des Insoumis a sans complexe utilisé le registre d’Alain Soral pour affirmer que, selon la manière de prononcer le patronyme du pédophile américain, son origine judaïque serait ou non dissimulée. Le public anti-juif hilare du tribun extrémiste ne s’y est pas non plus trompé.
Mélenchon a définitivement épousé le style Jacques Doriot : élégant dans la forme, immonde dans son fond. Il se situe évidemment dans le registre de la « private joke » publique. L’antisémitisme toujours suggéré, jamais avoué. Aujourd’hui, même Hitler n’avouerait pas son antisémitisme, celui-ci étant officiellement aussi réprouvé moralement que le viol ou la pédophilie. Pourtant, après les condamnations d’usage, tout semble redevenu comme avant. Sur le plan politique, les socialistes, médiocre intérêt électoral obligent, n’ont pas renoncé aux alliances ou aux désistements. Et, sur le plan médiatique, privilège rouge oblige, la presse de gauche, prétendument antiraciste, ne traite pas différemment Mélenchon depuis sa saillie sur Epstein ou la mort de Quentin. France Inter ne se résout toujours pas à situer La France insoumise à l’extrême-gauche, malgré l’arrêt récent du Conseil d’État. Indulgence coupable pour le mal, tu nous tiens bien.
Reproduction autorisée avec la mention suivante : © Gilles-William Goldnadel. Publié dans Figaro Vox.

happywheels

Publier un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *