RACHEL KHAN GAGNE SON PROCES CONTRE L’ANTISEMITE DIEUDONNE

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L’écrivaine et actrice Rachel Khan exprime son soulagement après la confirmation de la condamnation de Dieudonné pour injure à caractère raciale décidée par la cour d’appel de Paris ce mercredi.
a décision est tombée. La justice a tenu. La cour d’appel de Paris a confirmé la condamnation de Dieudonné M’bala M’bala pour injure publique à caractère racial. En reconnaissant que la phrase « Tu resteras une pauvre négresse à la fin de l’histoire », prononcée à mon encontre dans une vidéo en 2020, constitue une injure raciale, la Cour n’a pas protégé une personne. Elle a protégé un principe. Ce jugement n’est pas une victoire individuelle. Il est un rappel à l’ordre républicain.
Car ce qui était jugé ici dépassait largement une invective. Il s’agissait d’une mécanique idéologique : celle qui consiste à assigner un individu à sa couleur de peau pour lui refuser l’accès à l’universel. Dire à une femme noire qu’elle « restera une négresse », c’est lui refuser l’émancipation. C’est lui interdire le choix. C’est nier sa liberté, l’égalité et lui refuser un accès à la fraternité. La Cour l’a dit clairement : renvoyer une personne à sa couleur de peau pour la réduire à un statut inférieur constitue une injure raciale. Le droit a nommé les choses.

Mais, lorsque cette assignation s’accompagne du refus d’une appartenance religieuse, en l’occurrence juive, on ne se situe plus dans la provocation, mais dans l’exclusion. Et cela n’a rien d’un hasard. L’auteur des propos s’est lui-même fait le théoricien d’un apartheid fantasmé : je ne pourrais pas être juive parce que je suis noire. Autrement dit, une identité en annulerait une autre. C’est précisément cela, le racisme.
Le racisme n’a pas de couleur de peau
Cette logique dit beaucoup de notre époque. Une époque où la haine change de masque. Où elle se pare de causes, de luttes, de discours moraux. Où elle se cache derrière une couleur de peau pour s’autoriser l’intolérable. On peut aujourd’hui insulter une femme noire tout en se proclamant défenseur des Noirs. On peut exclure une juive tout en prétendant lutter contre les discriminations. On peut essentialiser les identités tout en se disant progressiste. C’est là le cœur du danger.
Le racisme n’a pas de couleur de peau, l’intolérance n’est pas une question de pigmentation. C’est une logique. Elle commence toujours par l’assignation – tu es ceci, donc tu seras cela, donc tu penses cela – et finit toujours par l’exclusion, puis le séparatisme. C’est exactement la mécanique de l’antisémitisme et du racisme. Voilà pourquoi opposer la lutte contre le racisme et la lutte contre l’antisémitisme relève d’une faute intellectuelle et d’un aveuglement moral.
C’est ce que mes avocats, Richard Malka et Marine Viegas, n’ont cessé de rappeler : le refus absolu, par notre République, de se soumettre à une hiérarchie des haines. Le refus de considérer qu’un racisme serait plus excusable qu’un autre selon l’identité de celui qui l’exprime, qu’il viendrait « d’un Noir », qu’il se draperait dans un ressentiment social, postcolonial ou dans un combat prétendument fraternel fondé sur la couleur de peau. La République ne reconnaît ni racisme légitime, ni haine à géométrie variable.

Elle ne protège pas des identités concurrentes, mais des individus libres et égaux en droits. Dans un moment où l’on fragmente le corps social sous couvert de réparation, où l’on institutionnalise la différence, où l’on confond justice et revanche, cette décision rappelle une vérité devenue presque subversive : l’universalisme n’est pas une abstraction. Il est une protection concrète.
Source Le Point

Rachel Khan, née le 25 janvier 1976 à Tours, est une athlète, actrice, écrivaine, conseillère politique, chroniqueuse et polémiste française. Rachel Khan naît à Tours[1] d’un père sénégalais et gambien, professeur d’anglais à l’université, et d’une mère française, libraire, d’origine juive ashkénaze de Pologne

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