Sarah Halimi ou le scandaleux silence français

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par Sarah Cattan
Je reviens vous parler de Sarah. Plus de 7 mois que ce médecin fut assassiné en plein Paris. Parce qu’elle était juive. Seulement parce qu’elle était juive.

Le temps judiciaire, me rétorquerez-vous. Tant il est exact que cette notion devrait être la réponse à tout, elle qui donna lieu à débats tant au sein de l’institution qu’en dehors d’elle. Des débats qui s’inscrivirent dans le cadre d’une réflexion plus générale sur la qualité et l’efficacité de la justice. Qui abordèrent donc les lenteurs de la justice, ce thème récurrent dont les magistrats se saisirent dès le début du XIXe siècle, un procureur de la République parlant alors de contenir le temps de la justice pénale dans le respect du délai raisonnable, et cette notion de délai raisonnable renvoyant désormais à l’article 6 de la Convention européenne des droits de l’homme, le droit à la célérité étant désormais clairement reconnu comme un droit de l’homme.
Je vous épargnerai les durées moyennes de l’instruction, toutes affaires terminées, devant les cours d’assises de premier ressort, ce délai moyen entre l’infraction et le jugement étant de plus de 50 mois : je sais vos arguments, vous, juristes, qui allez me parler durée de la phase de l’enquête de police, complexité de l’affaire, nécessité qu’il se soit écoulé un temps suffisant entre l’assignation et l’audience pour que la partie assignée ait pu préparer sa défense, tous ces paramètres qui font que la mesure du raisonnable est in fine très relative.
Je sais encore que l’on m’opposera qu’en matière pénale, il peut être de bonne justice que d’attendre que retombent les passions, après un événement dramatique. Et souvent l’on ajoute la nécessité que s’apaisent les pressions médiatiques.
Mais quoi ? Les avez-vous entendues, vous, les dites pressions médiatiques, l’avez-vous entendue en l’affaire la pression de la rue qui aurait crié qu’il était a-normal qu’une femme en 2017 ait pu être tuée en plein Paris parce qu’elle était juive, et seulement parce qu’elle était juive.
Je veux interroger ici la juge d’instruction chargée du dossier Sarah Halimi. Lui demander ce qu’elle fait, elle, de la distinction établie par la Cour européenne des droits de l’homme quant au délai raisonnable en fonction du type d’affaire.
Est-il illégitime de l’interroger : Madame le Juge traite-t-elle les dossiers selon leur ordre d’arrivée ou en fonction de leur degré d’urgence. Je m’en réfère à la formule de Mireille Delmas-Marty, la rythmologie de la procédure pénale. On me dit que votre office, Madame le juge, est de veiller au respect du délai dit raisonnable. Mais on m’explique que les pouvoirs qui vous sont conférés vous donnent la main sur le déroulement de la procédure et donc sur sa durée, que vous, Madame, influez sur le rythme du procès en ayant seule le pouvoir d’imposer des délais pour la production de pièces ou pour le dépôt de conclusions.

Est-il permis de se demander l’usage que vous en faites, de ces pouvoirs, dans le dossier Sarah Halimi. De se demander si ce temps extra-ordinaire tient à votre stratégie, à votre tempérament, à vos convictions. S’il serait lié aux rapports que vous entretiendriez avec les autres acteurs du procès. Les avocats par exemple. Est-il interdit d’interroger sur les rapports entre le Ministère Public et la police. Sur ce que diable pourrait exiger de plus l’avocat de Traoré comme acte ou recherche qui seraient nécessaires à la manifestation de la vérité.
Madame la Juge, qu’en est-il de l’obligation déjà évoquée en 1823 par l’avocat général Lébé d’impartir une bonne et prompte justice. Dans la liste dressée par la CEPEJ[1], figuraient, entre autres critères, outre les mesures contre les manœuvres dilatoires, la motivation des magistrats. Quoi ? Serait-il imaginable que votre motivation soit en cause. Vous à laquelle le Parquet a demandé dès le mercredi 20 septembre, au vu de l’expertise psychiatrique rendue début septembre et des premiers éléments de la commission rogatoire remis par les enquêteurs, de retenir le caractère antisémite de l’assassinat.
Nous sommes le 11 novembre et cette circonstance aggravante n’est toujours pas officielle. L’appartement de Sarah est sous scellé. Un des avocats m’apprend que plus aucun membre de la famille de Sarah ne vit en France. De son frère à ses 3 enfants : la France a laissé partir la famille Halimi. Et on devrait trouver normal qu’une famille juive ait quitté son pays.
Tous les avocats en charge ici ont évoqué, depuis le début, de rapports particuliers entre eux et vous. Tous sans exception nous ont décrit un magistrat peu engageant. Qui traînerait des pieds. Qui leur semblait mettre bien de la mauvaise volonté à tout ça. Tous ont parlé de ce sentiment de la déranger quand par hasard ils voulaient la rencontrer. Celui-là affirmant qu’elle ne les saluait pas. Qu’elle leur reprochait de trop l’ouvrir dans les media. Cet autre dénonçant un comportement a minima caractériel.
Celui-là expliquant, à titre d’exemple, qu’elle avait convoqué les 3 enfants au 30 novembre et décidé d’une deuxième date pour qu’ils assistent à la reconstitution des faits. Deux voyages aller-retour ? Lod-Paris-Lod? Voyage d’agrément. Ces décisions arbitraires amenant l’avocat à exiger dur comme fer que les deux convocations aient lieu concomitamment et que soient évités à ses clients deux déplacements, un bras de fer étant engagé avec ce juge qui affirme haut et fort qu’elle ne renverra pas.
Outre ceux qui à ce jour ignorent encore ce qui s’appellera à jamais l’affaire Sarah Halimi, cette femme, médecin, sortie de son lit, lynchée puis défenestrée, tout ça au rythme des sourates récitées par l’assassin et quasi en direct, en présence d’habitants de la résidence et surtout des 28 policiers accourus sur les lieux, il y a encore ceux qui n’y croient pas, à l’affaire. Tant elle fut l’objet d’un silence fracassant. Tant à une affaire extra-ordinaire les media réservèrent un traitement définitivement coupable. La taisant. Et pour certains d’entre eux, assurant le service minimum. En parlant et puis passant à autre chose. Et puis quitte à en parler, passant vite sur les faits et remettant en lice l’indécent débat : l’avait-il tuée parce qu’elle était juive. On voulait des preuves. On voulait vérifier. C’était peut-être un déséquilibré de plus. Qui sous l’emprise de la drogue vous défenestra une femme. Et manque de bol ça tomba sur Sarah Halimi. Et comble du hasard il était musulman et fréquentait de ci de là la mosquée Jean-Pierre Timbaud.
N’oubliez jamais :
4 avril : arrestation de l’assassin, interné au vu de son état psychiatrique jugé incompatible avec la garde à vue. Demande d’une expertise psychiatrique auprès de Daniel Zaguri.
22 mai : une partie civile demande que soit reconnue la circonstance aggravante à caractère antisémite, mais aussi la séquestration, les actes de torture et de barbarie.
10 juillet : audition du suspect par la juge d’instruction.
12 juillet : mise en examen de l’individu pour homicide volontaire et séquestration. Placement sous mandat de dépôt. Les avocats apprenant cela par hasard.
16 juillet : cérémonie de la commémoration de la rafle du Vél d’Hiv : un Président qui demande à la justice de faire toute la clarté sur ce crime malgré les dénégations du meurtrier présumé.
29 aout : un expert qui demande un report pour rendre son expertise.
4 septembre : rendu du rapport d’expertise : En dépit de la réalité indiscutable du trouble mental aliénant, l’abolition du discernement ne peut être retenue du fait de la prise consciente et volontaire régulière du cannabis en très grande quantité. Le fait qu’elle la victime soit juive l’a immédiatement diabolisée et a amplifié le vécu délirant, a focalisé sur sa personne le principe diabolique qu’il fallait combattre et a provoqué le déferlement barbare dont elle a été la malheureuse victime. Autrement dit, le crime de Kobili Traoré est un acte délirant et antisémite.
20 septembre : au vu de la dite expertise, un Parquet qui demande à la juge chargée de l’enquête que le caractère antisémite soit retenu en cette affaire.
Nous sommes le 11 novembre. La presse nationale, ce matin encore, se pose la question de la résurgence de l’antisémitisme en France. Mais elle reste sans réponse, la lettre ouverte qu’Alexandra Laignel-Lavastine adressa le 25 mai[2] à Gérard Collomb, dénonçant cette France indigne où il était redevenu possible d’assassiner des Juifs sans que nos compatriotes ne s’en émeuvent outre mesure et fustigeant l’atmosphère déliquescente qui régnait au pays de Dieudonné. Elle reste lettre morte, la dénonciation par Gilles-William Goldnadel[3], de l’indifférence publique. Nous les avons vite oubliées, la question posée par le Times de Londres, qui titra que l’affaire fut étouffée à cause des élections législatives à venir, et celle de Frédérique Ries, cette députée belge au Parlement européen, qui interrogea le 1er juin le silence glaçant des autorités françaises. Restées sans réponses, la tribune d’Arnaud Benedetti, qui, analysant le silence médiatique, dénonçait comme suspect tout ce qui pouvait venir perturber le récit d’un monde enchanté, nonobstant parfois son évidence monstrueuse, et celle de l’éditorialiste Gérard Leclerc sur la radio catholique Notre-Dame.
Jugerez-vous donc de bon ton de choisir, comme l’ancien haut magistrat Philippe Bilger, de vous abstenir, aussi horrible que fût le meurtre ou même l’assassinat, vous abstenir au cas où le suspect mis en cause pût être déclaré irresponsable pénalement, ou parlerez-vous vous aussi, comme un Claude Askolovitch[4], de cette vieille dame assassinée qui paniqua la communauté juive. Accepterez-vous de ne toujours rien savoir, 7 mois plus tard, du dysfonctionnement qui opéra cette nuit-là au sein de notre police. Trouvez-vous tous normal que nul débat ne s’emparât plus du sujet ? Que cette presse capable du pire et qui n’hésita pas à se compromettre en volant deux photos au sein du Tribunal, cette presse si prompte à l’enfreindre, le silence de mise, se taise, considérant que sans doute elle l’avait fait, le job, et désormais se satisfasse honteusement, elle aussi, du délai raisonnable.
[1] M. Fabri, Ph. Langbroek, 2003
[2] Atlantico.
[3] Figaro. 22 mai 2017.
[4] Slate. 7 avril 2017.
Sarah Cattan
Source :
http://www.tribunejuive.info/antisemitisme/sarah-halimi-ou-le-scandaleux-silence-francais-par-sarah-cattan

happywheels

6 Commentaires

  1. b. duchene

    13 novembre 2017 at 23 h 22 min

    les francais s en foutent, c est une juive qui a été tuée.. On n a pas de temps à perdre,

    Nous avons d autres choses à faire, c est bien ;es francais…

    Qu ils aillent se faire enculer, Bandes de salaud……

  2. CHEVALLOT Gerard - Henry

    13 novembre 2017 at 23 h 44 min

    Une fois de plus la justice de la République Islamique de France a démontrée son parti pris et sa partialité.
    Complaisante voire complice des tueurs musulmans , sa grande satisfaction et / ou délectation est d’avilir les Juifs uniquement parce qu’ils sont Juifs. Cette institution indigne n’a d’égale que la justice hitlerienne !!!

  3. Laurence Salmon

    14 novembre 2017 at 9 h 00 min

    Le crime de Juifs est autorisé par l etat certaines mairies flics et citoyensi français ou migrants

  4. josué bencanaan

    14 novembre 2017 at 20 h 56 min

    La France refuse de reconnaitre que c’est un pays anti sémite, ou l’on enseigne la haine du juif dans les familles qui est relayé dans une toute autre manière par l’education nationale.

    Reconnaitre le caractère anti semite du crime de sarah Halimi, c’est reconnaitre l’echec de cette sois disante politique d’intégration de cette chianlit migratoire et anti juive

  5. Eric

    15 novembre 2017 at 8 h 26 min

    Je comprends que vous avez les glandes les Juifs. La plupart des  » patriotes » on pense bien sûr comme vous les Juifs  » du quotidien » concernant toutes ces racailleries et l’islamisation de la France.
    Mais parmi toutes ces braves élites qui sont responsables de toute cette merde il y a beaucoup d’élites Juives.
    J’aimerais savoir ce que vous en pensez sans jugement de valeur de ma part.

    • liguedefensejuive

      15 novembre 2017 at 9 h 14 min

      les français de confession juive ne sont en rien représentés par les BHL, Jean Daniel et autres Attali. La grande majorité d’entre eux ont été invités à quitter l’Afrique du Nord dont ils sont originaires. Vivre dans un pays à majorité islamiste est pour eux un risque d’agression voir de mort.Il suffit d’étudier l’exode des juifs du 93 pour comprendre que nous sommes en rien favorable à l’islamisation de la France.

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