Un an de prison supplémentaire requis en appel contre les 2 arabes tunisiens qui ont scié l’olivier d’Ilan Halimi

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Le 22 octobre, le tribunal de Bobigny (Seine-Saint-Denis) avait écarté le caractère antisémite de l’acte commis par deux Tunisiens dans un jardin municipal, à Épinay-sur-Seine. Brahim et Ismaël avaient abattu l’olivier planté en mémoire d’Ilan Halimi, torturé à mort parce qu’il était juif. Le parquet avait aussitôt interjeté appel. Ils étaient rejugés hier à Paris. Une peine d’un an ferme supplémentaire a été requise, l’accusation estimant que le mobile ne fait aucun doute.
L’audiencement du dossier a été extrêmement rapide : à peine quatre mois entre le jugement rendu en première instance par le tribunal correctionnel de Bobigny et son examen par la cour d’appel de Paris, mercredi 18 février. Ce court délai, relativement inhabituel, a pourtant suffi à l’administration pour expulser Ismaël. Condamné, le 22 octobre, à huit mois de prison avec sursis et à une interdiction définitive du territoire français, le jeune homme a été rapatrié en Tunisie. Brahim, son jumeau âgé de 20 ans, puni de huit mois ferme en raison d’antécédents de violence, a donc comparu seul, hier, dans le box des prévenus de la 15e chambre. Affichant une mine aussi grise que son polo zippé, il a répété, peu ou prou, la version insolite exposée cet automne aux magistrats de Seine-Saint-Denis (voir nos articles des 23 et 24 octobre ici et ici).
À Brahim et Ismaël Kassar, il était reproché d’avoir scié un olivier mis en terre au parc d’Alcobendas, à Épinay-sur-Seine, près d’une stèle dédiée à Ilan Halimi, un Juif enlevé par « le gang des barbares ». Séquestré, torturé durant 24 jours, il avait été retrouvé nu et mutilé le 13 février 2006, dans l’Essonne. Ilan, 23 ans, était mort pendant son transfert à l’hôpital.
Hasard du calendrier, le procès en appel s’est tenu cinq jours après que le président Emmanuel Macron a planté, vendredi 13, un chêne sessile dans le jardin de l’Élysée, en hommage au jeune homme enterré en Israël. Pour Ilan Halimi, le chef de l’État a souhaité un arbre promis à plusieurs siècles de vie, contrairement à l’olivier, symbole de paix, certes, mais qui pouvait souffrir du climat. Un geste capital, tant « l’hydre antisémite n’a cessé de progresser », a-t-il déploré. Le ministère de l’Intérieur avait révélé la veille qu’en 2025, 1 320 actes anti-juifs ont été recensés.
Brahim Kassar, lui, continue d’affirmer tout ignorer de ce drame français. Né en novembre 2005, il avait trois mois quand Ilan a été kidnappé, vivait dans une famille pauvre en Tunisie et, argumente encore son avocat, il ne sait ni lire ni écrire l’arabe, encore moins le français. Soit. Me Romain Ruiz a raison de souligner ces éléments de personnalité. Restent les faits : la nuit du 13 août dernier, avec son jumeau monozygote, il a tronçonné cet arbre-là, précisément l’olivier d’Ilan, privilégié parmi les centaines d’espèces qui s’élèvent, sur 3 120 mètres carrés, dans le jardin botanique. Leur téléphone respectif a borné 37 fois aux abords de la plaque commémorative et, à côté, les policiers ont relevé leur ADN sur des morceaux de pastèque. Justement de la pastèque, symbolisant la résistance palestinienne depuis la première Intifada (1987-1993). Enfin, trois jours avant, Ismaël a filmé Brahim jouant de la tronçonneuse, laquelle appartenait à un jardinier voulant la vendre, et qu’il a testée. Tout ne serait qu’une succession de coïncidences ! Voici la fable que ressert le prévenu à Sylvia Fournier-Caillard, la présidente de la 15e chambre d’appel correctionnel.
« J’ignore tout de cette histoire, jure Brahim, un brin agacé. Je ne sais pas qui est Ilan Halimi. C’est tout ce que j’ai à vous dire !
– Elle n’est pas très cohérente, votre histoire ! Il y a beaucoup, beaucoup de coïncidences…
– Que voulez-vous que j’y fasse ? »
« Des professionnels du mensonge » au « message haineux »
Rien, effectivement. Mme Fournier-Caillard a beau se montrer pugnace et insister, pointer les contradictions de Brahim Kassar, celui-ci se retranche derrière un nombre incalculable de « je ne sais pas » (ou « plus, parce que j’ai oublié, en prison »). Le conflit entre Israël et le Hamas, Ilan Halimi, la pastèque, il ne connaît rien à tout cela. « On ne vous a pas donné un petit billet pour scier l’arbre ? », demande-t-elle finement, entrebâillant la porte à une possible manipulation par des antisionistes. Une hypothèse crédible que n’a pas explorée la juridiction balbynienne, ayant choisi de déférer les frères en comparution immédiate. « Non », riposte fermement le prévenu. « Et si j’avais fait ça, je ne serais pas revenu sur les lieux [du délit où ils ont été arrêtés le 25 août, Ndlr]. Soyez un peu logique ! » L’interprète traduit jusqu’au ton excédé, mimant les moulinets du garçon.
L’interrogatoire est vain. Aux parties civiles de plaider, d’abord Me Felicia Malinbaum pour l’Organisation juive européenne (OJE). L’appel ne porte que sur la violation d’un monument à la mémoire des morts, commise en raison de la race, de l’ethnie, la nation ou la religion, délit passible de cinq ans de prison qui a fait l’objet de la relaxe. La sanction pour destruction de bien d’autrui est, elle, devenue définitive. « Ce sont des professionnels du mensonge », fustige l’avocate de l’OJE, rappelant notamment qu’ils ont fourni plusieurs alias pour tenter d’échapper aux représailles. Énumérant la multitude d’infractions antisémites commises en France, elle insiste sur « l’extrême gravité » de la profanation, « le message haineux, méprisant à l’encontre de la communauté juive », qui participe « à la banalisation de ce type de comportements délictuels ».
« La circonstance aggravante de l’antisémitisme quasiment jamais reconnue »
Avec ses confrères Céline Bekerman, Sacha Ghozlan, Patrick Klugman, Me Alain Jakubowicz représente la Ligue contre le racisme et l’antisémitisme (Licra), l’Union des étudiants juifs de France (UEJF) et SOS Racisme. C’est lui qu’ils ont délégué pour intervenir et cela tombe bien car le pénaliste de Lyon regrettait, il y a seulement 13 jours, que la cour d’assises du Rhône, où il plaidait, n’ait pas retenu la motivation antisémite de Rachid Kheniche dans la défenestration de René Hadjadj, 89 ans. Cet homme avait été jeté, en vie, du 17e étage d’un immeuble, par son voisin « énervé » en 2022.
« Il y a un problème », débute-t-il, évoquant ce procès et celui de Leïla Y., nourrice jugée pour avoir tenté d’intoxiquer une famille juive (notre article du 10 décembre 2025 ici) : « La circonstance aggravante de l’antisémitisme n’est quasiment jamais reconnue par les juridictions. » Dans le dossier qui l’occupe ce 18 février, l’avocat estime que « tout le monde a vu dans l’acte d’Épinay-sur-Seine un geste antisémite » – y compris le chef de l’État qui avait manifesté son émotion. « Tout le monde, sauf une autorité en France, et c’est douloureux pour moi… L’autorité judiciaire ! »
Me Jakubowicz dit « y perdre [son] latin. Quand la justice n’est pas lisible, elle y perd de sa crédibilité ». Alors bien sûr, « Brahim et Ismaël Kassar ne portent pas une croix gammée sur le front, ils n’ont pas crié “Allah akbar” (…) et si le hasard les avait placés là, j’en serais heureux. Mais tout montre le contraire ! » La démonstration est précise, tout converge vers un mobile « clair et net » : profaner un monument public à forte portée mémorielle.
« Écartez le fantasme d’un raid des frères Kassar ! »
L’avocate générale, Sylvie Achard-Dalles, n’a aucun doute et balaie assez vite les termes du jugement de Bobigny qui a conclu à l’absence d’élément intentionnel. La motivation antisémite lui apparaît évidente, sinon « pour quelle raison auraient-ils ciblé cet arbre ? » Elle considère les explications du prévenu « absolument incroyables » et requiert un an de prison ferme contre les jumeaux, en plus des huit mois déjà infligés. Ismaël, retourné en Tunisie, n’est pas concerné par la peine sollicitée. Sauf si elle est confirmée et qu’il revient un jour en France.
Si Me Romain Ruiz, le défenseur de Brahim, convient que l’abattage de cet arbre est « un acte abominable », il pose la seule question qui vaille, à ses yeux : « Y a-t-il eu volonté d’outrager un mort ? » Les jumeaux « savaient-ils, étaient-ils seulement capables de savoir » ce que représentent l’olivier et la stèle ? Son client n’a « jamais su lire » l’arabe, le français, « a fortiori le psaume du roi David » inscrit sur la plaque commémorative. « Et pensez-vous vraiment que Brahim a l’info sur la signification des pastèques quand dans un procès-verbal, un policier précise avoir effectué une recherche sur Google pour la connaître ? »
L’avocat espère que la cour confirmera la décision de ses pairs, qu’elle aura « ce courage » : « Écartez le fantasme d’un raid des frères Kassar ! » Il est 18 heures, le prévenu refuse de s’exprimer en dernier, il en a assez dit ; son visage tout gris accuse la lassitude.
La présidente de chambre et les deux conseillères rendront leur arrêt le 18 mars.

Mes Felicia Malinbaum et Alain Jakubowicz, parties civiles au procès

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