Accueillant à nouveau la droite européenne, Chikli qualifie les critiques de la Diaspora de « simple désaccord

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Peu avant la 2e conférence annuelle sur la lutte contre l’antisémitisme, le ministre insiste : les nationalistes doivent être considérés comme des partenaires dans la lutte contre la véritable menace antisémite : l’islamisme

Amichaï Chikli (Likud) n’éprouve aucun remords à semer la discorde au sein du monde juif.
Pour ce ministre controversé, les désaccords peuvent être positifs lorsqu’ils obligent les gens à se confronter à des questions difficiles et à affiner leurs convictions.
Mais, même après s’être heurté à maintes reprises aux dirigeants juifs du monde entier, cet ancien éducateur est convaincu que sa vision nationaliste audacieuse est ancrée dans les principes juifs authentiques, même si elle s’oppose radicalement à bon nombre des valeurs embrassées par les communautés juives mondiales qu’il est censé défendre dans les couloirs du pouvoir à Jérusalem.
Son style conflictuel et sa volonté de provoquer font de Chikli l’un des ministres les plus controversés du gouvernement israélien, prêt à s’opposer aux autorités sur des questions de sécurité et de politique.
À l’approche d’une conférence internationale controversée sur la lutte contre l’antisémitisme, organisée cette semaine à Jérusalem par son ministère, Chikli s’est entretenu avec le Times of Israel pour expliquer pourquoi il est prêt à aller à l’encontre de l’avis des dirigeants des communautés juives du monde entier afin de former une coalition avec des politiciens européens dits d’extrême droite.
« Je ne cherche pas à saper les politiques de ces organisations juives », a déclaré Chikli.

« Nous avons simplement un désaccord. »
Une conférence controversée
C’est en mars dernier que la première conférence de Chikli sur la lutte contre l’antisémitisme a attiré l’attention internationale. Après avoir appris que plusieurs partis nationalistes ayant des liens avec des idéologies racistes et des sympathisants nazis participeraient à cette conférence, de nombreux dirigeants de la communauté juive, dont Jonathan Greenblatt, directeur-général de l’Anti-Defamation League (ADL), et Ephraim Mirvis, Grand Rabbin de Grande-Bretagne, avaient décidé de boycotter l’événement pour marquer leur désapprobation.
Des dirigeants juifs, comme le président du Congrès juif européen Ariel Muzicant, ont déclaré considérer l’invitation de personnalités telles que Jordan Bardella, président du Rassemblement national (RN), comme un « coup de poignard dans le dos » pour les communautés juives de la Diaspora, qui verraient ainsi un « label casheroute » attribué à des partis profondément enracinés dans le fascisme, le nazisme et la xénophobie.

Pour Chikli, cette décision s’inscrit toutefois dans une stratégie visant à lutter contre l’antisémitisme en collaborant avec les partis les plus virulents dans leur opposition à l’islam radical.
« La véritable menace pour les Juifs d’Europe vient de l’islam radical, et non de la droite politique », a-t-il déclaré.
« Notre objectif est de former un large front pour lutter ensemble contre l’antisémitisme mortel qui vient de l’intérieur. Cela ne signifie pas pour autant que nous pouvons ignorer l’extrême-gauche ou l’extrême-droite, mais c’est la forme d’antisémitisme la plus mortelle à laquelle nous sommes confrontés. »
La première conférence ayant été un « succès », a déclaré Chikli au Times of Israel, le ministère a décidé d’en faire un événement annuel qui coïncidera avec la Journée internationale de commémoration de l’Holocauste, le 27 janvier.

Intitulé « Generation Truth » (Génération vérité), cette deuxième édition se déroulera sur deux jours, les 26 et 27 janvier, au Centre de conventions internationales de Jérusalem (Binyanei Hauma), en l’absence de la plupart des dirigeants des principales organisations juives.
Parmi les personnalités politiques attendues, on compte des responsables gouvernementaux actuels et anciens issus de tout le spectre conservateur, comme l’ancien Premier ministre australien Scott Morrison, l’ancien chancelier autrichien Sebastian Kurz, le Premier ministre albanais Edi Rama, le ministre argentin de la Justice Mariano Cúneo Libarona, le ministre hongrois des Affaires européennes János Bóka, le sénateur brésilien et candidat à la présidence Flávio Bolsonaro, ou encore l’ambassadeur américain en Israël Mike Huckabee.
Côté influenceurs et leaders d’opinion, on devrait retrouver l’auteur et cinéaste Dinesh D’Souza, l’avocate britannique Natasha Hausdorf, le PDG de Babylon Bee, Seth Dillon, ainsi que Noa Cochva, ancienne Miss Israël, qui milite aujourd’hui pour l’État juif.
Lors d’un gala organisé avant la conférence, un prix pour la lutte contre l’antisémitisme sera décerné à Leo Terrell, qui dirige le groupe de travail du Département américain de la Justice chargé de lutter contre l’antisémitisme. Un prix spécial à la mémoire de Charlie Kirk, militant conservateur assassiné en septembre, sera remis à son pasteur personnel, Rob McCoy.
La programmation de la conférence reflète l’opinion de Chikli, selon laquelle, plutôt que de considérer les partis nationalistes européens anti-immigration comme une menace pour le bien-être des Juifs, Israël devrait les considérer comme des partenaires dans la lutte contre l’idéologie islamiste radicale, qu’il considère comme un danger plus grave.
Le ministre a évoqué les attaques contre les Juifs à travers le monde au cours de l’année dernière, notamment le meurtre de vingt Juifs lors d’attaques à Bondi Beach, en Australie, à Manchester, au Royaume-Uni, à Washington et à Boulder, dans le Colorado.
« Dans presque toutes ces attaques, à l’exception de celle de Washington, on constate que les terroristes étaient animés par une idéologie islamiste », a déclaré Chikli.
« Ainsi, même si nous sommes confrontés à un défi majeur avec l’antisémitisme de l’extrême-gauche ‘progressiste et woke’, et à un problème croissant avec ce que nous appelons la ‘droite woke‘, la principale menace reste l’islam radical. »
Chikli a souvent été critiqué pour ce qui est considéré comme une « indignation sélective » à l’égard de la gauche. Ses détracteurs affirment qu’il se concentre de manière disproportionnée sur l’antisémitisme de gauche et islamiste, tout en minimisant ou en ignorant activement l’antisémitisme de l’extrême-droite, qui a également donné lieu à des attaques meurtrières.
Dans son entretien avec le Times of Israel, il a toutefois insisté sur le fait que l’islam radical est la principale menace pour les communautés juives.
« Je ne dis pas que nous devons ignorer la droite ou la gauche. Absolument pas », a déclaré Chikli.
« Nous devons nous concentrer sur la forme la plus meurtrière et la plus dangereuse d’antisémitisme à laquelle nous sommes confrontés : celle qui provient de l’islam djihadiste. »
Chikli a rejeté ce qu’il a qualifié de tentatives « woke » de lutter contre l’antisémitisme qui condamnent la haine en générale ou « l’islamophobie » – un terme réinvesti politiquement par divers mouvements islamistes, comme les Frères musulmans – sans aborder explicitement le défi djihadiste.
« Jusqu’à présent, le Premier ministre australien Anthony Albanese a refusé d’utiliser les termes ‘islam radical’ et a indiqué que le massacre de Bondi Beach était dû à un contrôle insuffisant des armes à feu ou à des discours de haine », a déclaré Chikli, faisant référence à la tuerie antisémite perpétrée le 14 décembre lors d’une fête de Hanoukka par deux terroristes liés au groupe terroriste sunnite État islamique (EI).
Pour lutter efficacement contre l’antisémitisme, a-t-il expliqué, les Juifs doivent former une coalition solide avec les partis politiques qui combattent déjà l’islam radical à l’étranger.
« Si nous nous limitons à des discussions internes entre Juifs sur ces défis sans rassembler nos partenaires qui partagent les mêmes menaces, nous commettrions une grave erreur. »
« Flirter avec le fascisme »
Comme l’an dernier, bon nombre des personnalités invitées à la conférence ont un passé politique controversé qui inquiète les dirigeants juifs de leur pays d’origine.
L’ancien dirigeant de Frontex, le français Fabrice Leggeri, participe en tant que représentant du RN.
Plusieurs institutions juives françaises ont toujours exprimé une profonde méfiance à l’égard de ce parti, qui a tenté de se dissocier de l’antisémitisme sous la direction de Marine Le Pen, la fille de Jean-Marie Le Pen, condamné à plusieurs reprises en France pour négationnisme et propos racistes. Elle a changé le nom du parti, anciennement Front national, en 2018.

Yonathan Arfi, président du Conseil représentatif des institutions juives de France (CRIF), a averti que le Rassemblement national cherchait à utiliser ses relations avec Chikli dans le cadre d’une stratégie de « dé-diabolisation », tandis que son actuel dirigeant, Bardella, insiste sur le fait que le parti a fondamentalement changé.
Le leader des Démocrates de Suède (SD), Jimmie Åkesson, sera également présent. Des universitaires et des groupes de veille ont documenté les origines du SD dans les mouvements néo-nazis et suprémacistes blancs. Bien que le parti ait présenté ses excuses pour ses débuts, le Conseil central juif de Suède refuse toujours de collaborer avec lui, invoquant notamment son opposition à la shechita – abattage rituel selon les règles de la casheroute – et à la brit mila – circoncision non médicale.
Le parti belge Vlaams Belang, lié aux mouvements nationalistes flamands d’origine fasciste, sera représenté par Sam van Rooy.
Regina Sluszny, présidente du Forum des organisations juives de Belgique, a déclaré que la position pro-Israël du parti masquait une idéologie qui « flirte toujours avec le fascisme » et promeut le révisionnisme historique.

Le chef du parti espagnol nationaliste conservateur Vox, Santiago Abascal, figurait initialement parmi les intervenants, mais il a depuis été retiré du programme. Son parti est généralement rejeté par la Fédération des communautés juives d’Espagne (FCJE), qui soutient que la rhétorique anti-immigrés et anti-musulmans du parti crée un climat de xénophobie qui, en fin de compte, met en danger toutes les minorités, y compris les Juifs.
Un porte-parole du ministère a déclaré qu’Abascal ne pourrait pas être présent pour des raisons personnelles, mais qu’il prononcerait tout de même un discours par vidéo lors de la conférence.
« Nous sommes très prudents »
Malgré les critiques, Chikli a insisté sur le fait que chaque participant avait été soigneusement sélectionné, soulignant que le ministère des Affaires étrangères avait levé les interdictions de coopération avec le RN, les SD et Vox avant la conférence de l’année dernière.
« Pour les partis dont les fondateurs sont nazis, nous avons clairement indiqué qu’il n’y aurait aucune collaboration sans une déclaration publique rejetant ces fondateurs », a-t-il déclaré.
« Il en va de même pour les partis qui rendent la vie difficile aux Juifs en s’opposant à la shekhita et à la brit mila. Pour nous, ce ne sont pas des détails techniques. »
Il était toutefois prêt à fermer les yeux sur l’opposition des SD à l’abattage rituel et à la circoncision non médicalisée, car celle-ci semble viser les musulmans plutôt que les Juifs, et compte tenu du bilan de vote pro-Israël du parti.
Il a indiqué que les partis étaient principalement jugés sur leur position vis-à-vis d’Israël, plutôt que sur d’autres considérations.
« Pouvez-vous imaginer qu’ils ne travaillent qu’avec [le président français Emmanuel] Macron, mais interdisent Bardella, qui dénonce régulièrement le Hamas, s’oppose à la CPI et à la CIJ [décisions judiciaires contre Israël] et déclare explicitement qu’il est contre toute forme d’antisémitisme ? », s’est exclamé Chikli.
« Suggérer que Bardella est antisémite est complètement ridicule. Je considère donc cela comme un grand succès. »
Il a pointé du doigt le parti allemand Alternative pour l’Allemagne (AfD) comme exemple d’un parti qui n’a pas répondu à ces critères.
« Je n’ai entendu aucune déclaration antisémite de la part d’Alice Weidel, mais certains hauts responsables ont exprimé une hostilité extrême envers Israël, notamment Maximilian Krah et Björn Höcke, qui ont qualifié le mémorial de la Shoah de Berlin de ‘monument de la honte’, a expliqué Chikli, faisant référence aux membres de l’AfD, le parti allemand en pleine ascension.

Le Parti de la liberté d’Autriche (FPÖ) est un cas plus complexe, a-t-il ajouté.
« Ils soutiennent Israël et s’opposent fermement à l’extrémisme islamiste, mais nous devons entendre leurs dirigeants rejeter explicitement leurs figures fondatrices liées au nazisme. Je n’ai connaissance d’aucune déclaration de ce type. »
Chikli a rejeté les critiques des dirigeants juifs européens qui ont qualifié ces invitations de trahison envers les Juifs d’Europe.
« Nous faisons très attention aux personnes que nous invitons », a-t-il déclaré.
« Je ne cherche pas à discréditer les politiques de ces organisations juives. Nous ne sommes simplement pas d’accord. »
Wokisme vs. Torah
Fils d’un rabbin massorti, Chikli, 44 ans, est né à Jérusalem dans une famille d’immigrants français profondément attachée aux mouvements juifs. Il a servi comme officier dans une unité d’élite de Tsahal et a obtenu un master en diplomatie et sécurité à l’Université de Tel Aviv.
Cependant, son éducation sioniste religieuse et son scepticisme à l’égard de la pensée libérale post-Oslo l’ont rendu profondément méfiant envers les idéologies libérales. Ses qualités d’éducateur l’ont conduit à fonder, en 2010, l’académie militaire préparatoire Tavor pour les jeunes Israéliens.
Après avoir échoué aux élections législatives de 2019 sur la liste de HaYamin HeHadash de Naftali Bennett, Chikli est entré en politique nationale en 2021 en tant que membre du parti Yamina de Bennett. Il s’est rapidement fait connaître pour avoir rompu avec le parti et s’être opposé à la large coalition gouvernementale dirigée par Bennett, avant de rejoindre finalement le parti Likud lors des élections de 2022 qui ont vu le retour au pouvoir du Premier ministre Benjamin Netanyahu.
Sa nomination au poste de ministre des Affaires de la Diaspora et de la lutte contre l’antisémitisme l’a placé à la croisée des chemins de la politique israélienne et de la vie juive mondiale, lui donnant une voix prépondérante pour exprimer une vision du monde façonnée par la pensée de droite et la frustration face aux échecs d’Israël en matière de sécurité.
Père de trois enfants et résidant dans le kibboutz Hanaton, dans le nord du pays, Chikli a supervisé plusieurs initiatives majeures depuis son entrée en fonction. Son projet « Aleph Bet », un programme de plusieurs millions de dollars, vise à former des éducateurs juifs en Amérique du Nord. Le programme « UnitED » est désormais utilisé dans des centaines d’écoles juives à travers le monde pour renforcer l’éducation sur Israël et la résilience face à l’antisémitisme.
Amichaï Chikli arrivant au tribunal de district de Jérusalem pour faire appel de sa désignation en tant que « transfuge » – une procédure légiférée pour empêcher les députés de faire défection en échange de nominations politiques, le 10 juillet 2022. (Crédit : Noam Revkin Fenton/Flash90)
Après l’assaut barbare et sanglant du groupe terroriste palestinien du Hamas dans le sud d’Israël, le 7 octobre 2023, son ministère a joué un rôle central dans l’envoi de délégations de familles d’otages à l’étranger, afin de mobiliser le soutien international.
Cependant, les positions conservatrices de Chikli l’ont souvent mis en désaccord avec l’opinion publique israélienne et les communautés juives à l’étranger. Ses déclarations virulentes contre le mouvement réformé, les organisations de gauche et les médias grand public l’ont éloigné de nombreux dirigeants d’organisations juives en Israël et dans la Diaspora. Ses positions nationalistes, son soutien à des personnalités politiques et des influenceurs de la droite dure, ainsi que ses avertissements sévères contre l’islam radical ont également suscité des critiques publiques et des boycotts.
Interrogé sur le fait de savoir si de telles déclarations étaient dignes d’un ministre israélien chargé de concilier les besoins d’Israël et ceux des Juifs de la Diaspora, Chikli s’est lancé dans une diatribe philosophique dans laquelle il a exposé les fondements religieux de son rejet du relativisme moral et de la pensée libérale progressiste.
Citant les Dix Commandements, la philosophie d’Emmanuel Kant et les écrits du professeur Zeev Maghen de l’Université Bar Ilan, Chikli a fait valoir que les mouvements conservateurs et nationalistes sont les plus conformes à la philosophie juive authentique, et que le mondialisme, le communisme et les mouvements progressistes nient le droit des États-nations à l’autodétermination, mettant ainsi en danger les sociétés qu’ils prétendent protéger.
« En tant que Juifs, nous avons la responsabilité de nous opposer à de tels mouvements », a déclaré Chikli.
« Il en va de même pour l’idéologie progressiste et néo-communiste woke. Elle est contraire à la Torah. »
Interrogé sur la possibilité de parvenir un jour à un rapprochement avec les communautés libérales avec lesquelles il est chargé de travailler, Chikli a indiqué qu’il était intéressé par le dialogue, mais qu’un tel rapprochement n’était pas envisageable.
« C’est la réalité. Nous avons des points de vue différents », a-t-il ajouté.
« Le peuple juif doit avoir cette discussion, mais au fond, nous sommes très différents. »
Source
https://fr.timesofisrael.com/

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