Architecture : « L’antisémite Le Corbusier est devenu un symbole national intouchable »

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Par Benoît Franquebalme
Réagissant au projet de musée dédié à l’architecte à Poissy (Yvelines), neuf signataires publiaient le 2 avril dans « Le Monde » une tribune dénonçant un « antisémite ». Parmi eux, Jean-Louis Comolli, Michelle Perrot ou Xavier de Jarcy, auteur de « Le Corbusier, un fascisme français » (Albin Michel, 2015).
Marianne : En quoi la création d’un musée Le Corbusier à Poissy vous paraît-elle inconcevable ?
Xavier de Jarcy* : Cela participerait à blanchir un homme qui a été un militant politique fasciste avant et pendant l’Occupation. Le Corbusier a fait partie d’un groupuscule organisé autour de la revue Prélude dans les années 30. Un groupuscule qui appelait à un coup d’Etat et qui s’en prenait aux juifs et aux francs-maçons. En privé, il confiait son antisémitisme. En juin 1940, il se réjouit de la défaite française dans une lettre à sa mère puis est recruté par le régime pétainiste. Il devient membre rémunéré d’une commission architecturale officielle et séjourne dix-sept mois à Vichy dès janvier 1941. La même année, il écrit dans une livre : « Une lueur de bien : Hitler. » En 1942, il est nommé dans un comité d’urbanisme parisien avec Charles Trochu, un des responsables du mouvement fascistes des années 1930, le Front national. Il rejoint aussi la fondation de l’eugéniste Alexis Carrel. Ça n’est pas de l’opportunisme. Il y a une continuité politique chez lui. A la fin de la guerre, il se rapproche de l’architecte communiste André Lurçat et il semblerait que cela lui permette d’échapper à l’épuration.
Qu’est-ce qui a motivé la publication de votre tribune ?
Fin 2018, nous avons appris qu’une statue devait érigée sur une place de Poissy (Yvelines). Elle l’a été fin janvier. C’est cette même commune qui veut construire un musée Le Corbusier. Un concours d’architecture doit être lancé l’an prochain. Le Centre des monuments nationaux, donc l’Etat, participe au projet ! En voyant cela, nous avons eu l’impression que tous ce que nous avons dit avant n’avait servi à rien. Dorénavant, nous avons l’espoir d’être entendus. Au conseil municipal de Poissy, certains commencent à être bien remontés.

Que demandez-vous ?
Que l’Etat cesse de financer la Fondation Le Corbusier, retire son représentant du conseil d’administration et les membres qui sont désignés par lui. Qu’il renonce à participer au projet de musée et agisse pour que le maire de Poissy enlève la statue. L’antisémite Le Corbusier ne doit plus bénéficier d’aucun soutien public.
Le ministère a répondu que « ce débat légitime appartient aux historiens » …
Ça n’est pas très courageux. C’est facile de dire qu’on ne juge que l’œuvre. Ses écrits en font aussi partie. L’architecte est indissociable de l’homme. Que faut-il de plus que les éléments à charge que nous donnons ? On a la sensation que Le Corbusier est devenu un symbole national intouchable. C’est difficile d’engager une vraie discussion sereine là-dessus. Peut-être parce que cet homme est l’artisan de la Charte d’Athènes (1933) qui influence encore aujourd’hui notre politique urbaine. On ne veut pas remuer ce passé là en France. La Fondation Le Corbusier passe sous silence l’épisode vichyste comme s’il était parti en cure !

Que répondez-vous à ceux affirmant qu’on ne peut juger le passé avec des critères contemporains ?
Mais ce sont les mêmes critères ! Avec le regain de l’antisémitisme, l’ambiance d’aujourd’hui est assez proche de celle de l’époque. Il ne faut rien laisser passer.
*Xavier de Jarcy est également l’auteur de « Les abandonnés. Histoire des “cités de banlieue” » (Albin Michel, 2019).
Source :
https://www.marianne.net/culture/architecture-le-corbusier-est-devenu-un-symbole-national-intouchable

En mai 1940, il ferme son atelier de dessin-cabinet d’architecture rue de Sèvres. Pierre Jeanneret part à Grenoble. Le Corbusier et Yvonne se réfugient dans le midi français, le couple réside ensuite dans le petit village pyrénéen d’Ozon. Le Corbusier (re)devient un découvreur rêveur et artiste en collectionnant les objets trouvés ou jetés, en s’adonnant à la peinture murale. Mais la deuxième année d’occupation allemande le fait revenir à Vézelay en Bourgogne occupée, avec son épouse. Muni d’une doctrine des trois établissements humains, il intrigue — aux dires des hommes politiques — dans les ministères de Vichy. Son souhait de hâter la mutation industrielle du secteur du bâtiment et de réaliser à tout prix sa vision de la cité moderne, sans se soucier de la nature du régime politique susceptible de mettre en œuvre ses idées sur l’urbanisme, comme en témoigna Romain Rolland25, reste vain. Il n’obtient que des modélisations de fabrications rapides pour le logement provisoire des sinistrés et des animations techniques de chantier de jeunes. De cette période morne sortent diverses constructions à base de matériaux naturels accessibles, qu’il avait dénommés « les murondins ». Il ne revient à Paris qu’après 1942. Son atelier n’est définitivement rouvert pour ses anciens collaborateurs qu’après la libération de Paris.
1941-1943 : Le Corbusier et le régime de Vichy
Selon l’Encyclopédie Larousse : « Personnalité provocante : cet homme que les militants d’extrême droite qualifiaient si aisément de bolchevik était membre d’une organisation fasciste. » De même source : « En 1941 Destin de Paris reprenant le « Plan Voisin » est un appel ouvert à l’autorité de Vichy26. »
En 1926, Le Corbusier se rapproche de membres du Faisceau de Georges Valois, un des premiers partis fascistes organisé en France27 et dissous en 1928, associant antiparlementarisme et syndicalisme révolutionnaire, où certains participants prônent la mise en place d’une politique nationale d’aménagement du territoire et de planification urbaine. En janvier 1931, il devient ainsi membre du comité de rédaction de la revue Plans fondée en 1930 par Philippe Lamour, considéré comme le père de l’aménagement du territoire en France, un ancien membre de ce parti, tout comme Hubert Lagardelle, François de Pierrefeu et Pierre Winter membres du comité de rédaction. En 1933, il participe à la revue Prélude dirigée par son ami Winter, ancien membre du Faisceau également. Néanmoins, dans un article publié la même année dans cette revue, Le Corbusier attaque à la fois « l’architecture mussolinienne moderne » et le régime lui-même : « Rome imitant Rome, une folle redondance28. » François de Pierrefeu contribue pour sa part à la revue Plans et à la revue Prélude.
Bien que d’origine suisse, Le Corbusier a tenté en vain de vendre ses idées au régime de Vichy, à l’occasion de la modernisation mise en œuvre de la règlementation de l’urbanisme29 et des futures reconstructions, pendant les 17 mois et demi de son séjour dans cette ville, de janvier 1941 à juillet 1942, malgré la nomination d’Hubert Lagardelle comme ministre du Travail dans le gouvernement Pierre Laval (avril 1942-novembre 1943). Pour ce faire, François de Pierrefeu est aux côtés de Le Corbusier, période durant laquelle ils signent ensemble le livre La Maison des hommes30. En juin 1942, son plan d’urbanisme pour Alger est rejeté. Après le départ de Le Corbusier de Vichy, le 1er juillet 1942, il devient de mi-1942 au 20 avril 1944 conseiller technique à la Fondation française pour l’étude des problèmes humains dirigée par l’eugéniste et prix Nobel de médecine de 1912, le professeur Alexis Carrel31. François de Pierrefeu continue de défendre les intérêts de l’architecte auprès des autorités gouvernementales. Par la suite, en 1944, Pierre Winter sera quant à lui nommé inspecteur général du Travail du gouvernement de Vichy.
En 1942 pour sa naissance et en 1943 pour son lancement, l’auteur est partie prenante de l’assemblée des constructeurs pour la rénovation architecturale ou ASCORAL. Il s’agit d’une organisation élargie du groupe CIAM-France à des acteurs de nombreuses disciplines d’ingénierie et de recherche scientifique qui vise à établir des normes dans l’industrie de la construction qui puissent répondre avec cohérence à ces principales fonctions.
En 1942, en pleine occupation allemande et conflit mondial, Le Corbusier avait comme préoccupation la publication de la Charte d’Athènes32.
1945-1965 : l’après-guerre
Le Corbusier est soupçonné d’antisémitisme et de collaboration avec le fascisme. Soutenu par Eugène Claudius-Petit et André Malraux, il échappe à l’épuration et engrangera des commandes architecturales31. En 2010, la banque UBS décidera toutefois de le retirer de ses publicités33.
Au milieu des années 1920, Le Corbusier avait également caricaturé le marchand d’art Léonce Rosenberg (oncle d’Anne Sinclair) :

happywheels

9 Commentaires

  1. Jako Lévy

    12 avril 2019 at 19 h 43 min

    l’ ordure de l’ architecture!! il s’ est construit tout seul , « le Fada » comme on l’ appelait a Marseille
    comme Celine fut l’ ordure de la littérature et dont seul Bébert fut le personnage sympathique a graviter autour de lui

    quand a Poissy, le seul endroit sympathique de cette cité a lépreux au moyen age avec sa « maladrerie » c’est le Musée du Jouet , courez y , ça vaut le coup, et vous pourrez acheter un de ces jouets curieux comme ce petit pof-pof, un petit bateau a vapeur fonctionant avec une bougie, pour une dizaine d’ euros qui firent la joie des mômes jusque dans les années 50 et disparus au bénéfices des merdes inutiles en plastique

    https://fr.grandado.com/products/vintage-bateau-a-vapeur-pop-pop-bougies-alimente-mettre-mettre-le-bateau-de-collection-en-etain-jouet?gclid=EAIaIQobChMIn9yft5rL4QIVqwrTCh0XyA9lEAQYAiABEgKNtfD_BwE&variant=17566822629491

  2. Jako Lévy

    12 avril 2019 at 19 h 53 min

    « Le Corbusier est soupçonné d’antisémitisme et de collaboration avec le fascisme. Soutenu par Eugène Claudius-Petit et André Malraux, il échappe à l’épuration et engrangera des commandes architecturales . En 2010, la banque UBS décidera toutefois de le retirer de ses publicités

    xx

    cette sinistre ordure fut un fana de Hitler qu ilfayota honteusement par des lettres qui n’ eurent jamais de réponse

    citoyen suisse naturalisé Français il a echappé a l’ épuration

    (comme tant d’ autres, d’ ailleurs)

  3. Jako Lévy

    12 avril 2019 at 19 h 54 min

    rien que son nom

    le Corbusier, origine latine Corbus = le corbeau ; illustre bien le dechet

  4. vrcngtrx

    12 avril 2019 at 20 h 48 min

    dans les années 95 je m’intéressais un peu à l’architecture, j’avais lu que ce malade voulait faire de Paris une ville mise en cubes …

  5. jeannine zimner

    12 avril 2019 at 22 h 39 min

    Merci Monsieur De Jarcy. Il est temps de cessez d’honorer de telles ordures qui influence malheureusement les idiots bien pensant.

  6. knocker

    13 avril 2019 at 1 h 51 min

    Alors dans ce cas-là la Licra devrait être interdit, car ses membres ont collaboré durant la seconde guerre mondiale : Après l’armistice (22 juin) et la confiscation du pouvoir par Pétain et Laval (10 juillet), la LICA est dissoute par les autorités de Vichy. Cependant, un certain nombre d’anciens membres comme Simon Sabiani, René Belin, François Chasseigne, Victor Margueritte ou des proches comme Paul Chack et José Germain se rallient au régime de Vichy, fait que Bernard Lecache cherchera à passer sous silence par la suite. Simon Epstein dans ses ouvrages Les Dreyfusards sous l’Occupation et Un paradoxe français montrera la singularité des parcours de ces « antiracistes » de l’entre-deux-guerres ayant dérivé vers la Collaboration

  7. aval31

    13 avril 2019 at 8 h 22 min

    on s’en fout, le Berlin interlope était aussi celui de la crise où des campagnardes « libérées »(l’Allemagne était le pays phare de « l’égalité » durant les années folles) n’avaient d’autres solutions que de se prostituer (à faire le parallèle avec les mère célibataires sans le sous gilet jaune que je vais voir tout à l’heure).

    Celle-ci et le pequenod attristé voterons Hitler ayant considéré à leur justes valeurs les vertus prônées par les enfants de Thomas Mann, drogués et ….

    Les juifs progressistes comme Blum n’ont fait que s’autodétruire de manière encore plus radicale que n’ai réussi 6 millions de morts.

    Les juifs américains 5 millions n’existerons d’ailleurs plus dans très peu de temps.

    =>Et qui se souvient des juifs d’origine française disparus à 100% en 30 années ?
    seul 10 % avaient été assassinés (qui descend de Sarah Bernard , Proust, Citroen?).

    Les juifs se sont fait les premières souris de laboratoires pour les expériences sociales les plus débiles.

    Ils en sont morts, mais toute l’Europe de l’ouest suit désormais avec la plus grande joie l’itinéraire des premiers aspirants bobos.

  8. Olivier

    13 avril 2019 at 9 h 09 min

    Personnage détestable.. Architecturé mal vieillissante triste et moche.. Son église est affreuse et la cité radieuse n à de radieuse que le nom… Je déteste…

  9. In Memoriam

    13 avril 2019 at 10 h 09 min

    Mettre la main dans ce panier de crabes que furent les antisémites d’avant guerre c’est y laisser tout son bras tant ils étaient nombreux et influents!
    Une influence qui ne s’est pas éteinte même aux lendemains de la Shoah !
    Comme dit la chanson :  » c’est ça, c’est ça , c’est ça la France  » …entre autres !

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