En Autriche, un Lidl est construit sur le site d’un ancien camp de concentration nazi
L’Office fédéral des monuments historiques avait considéré que les ruines du camp étaient «insuffisantes» pour «justifier une protection».
«Les dernières traces visibles de souffrance disparaissent sous des bâtiments industriels», déplore le membre d’une association locale. À Leobersdorf, au sud de Vienne, un centre logistique et un magasin Lidl vont s’implanter sur le site du deuxième plus grand camp de concentration pour femmes d’Autriche, le camp de Hirtenberg. Le maire de la commune, également promoteur immobilier, aurait vendu ce terrain à 15 millions d’euros, selon le Wiener Zeitung .
Le camp de Hirtenberg, dépendant de celui de Mauthausen, a été créé par les nazis en 1944 et a accueilli jusqu’à 400 femmes et jeunes filles provenant de Pologne, d’Italie ou d’URSS. Vivant dans des baraquements en bois entourés de barbelés électrifiés, elles étaient exploitées comme main-d’œuvre dans une usine de munitions voisine. Ce camp a été libéré par les troupes de l’Armée rouge le 2 avril 1945

La démolition des vestiges de ce camp de concentration a été qualifiée de «honte» par la directrice du Mémorial de Mauthausen, Barbara Glück. Le président de la Communauté juive de Munich et de Haute-Bavière, a déploré que du «profit soit réalisé au détriment de la mémoire des femmes torturées et assassinées». De son côté, l’Office fédéral des monuments historiques a considéré que les ruines du camp étaient «insuffisantes» pour «justifier une protection».
Dans leur enquête, les médias autrichiens Wiener Zeitung et Falter ont obtenu les plans du futur centre logistique, qui comprendra notamment de nombreux quais de chargement, un entrepôt frigorifique et une succursale de Lidl. Le maire de Leobersdorf, Andreas Ramharter, a par ailleurs obtenu d’installer des panneaux solaires sur les toits des entrepôts… Une révélation qui ne fait qu’accroître le scandale.
Dans un autre du Wiener Zeitung, intitulé «Du camp de concentration au parc industriel – La culture de l’oubli en Autriche», les journalistes déplorent que «le profit prime sur le souvenir de l’époque nazie». Ils estiment que depuis longtemps, la commémoration des victimes des camps de concentration a été «éclipsée par le discours victimaire». Cette affaire de Leobersdorf en est, selon eux, l’exemple parfait, et le point d’«apogée odieux» de la culture de l’oubli.
Source
Le Figaro

