Holocauste, de Laurence Rees: au cœur des ténèbres

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Par Paul-François Paoli

L’historien anglais Laurence Rees réalise une synthèse magistrale du phénomène génocidaire nazi.
Magistral: c’est le mot qui nous vient à l’esprit en lisant ce livre éprouvant. Éprouvant parce qu’à moins d’être perturbé nul ne peut prendre un plaisir anodin à la lecture d’un tel tissu d’abominations. Mais aussi magistral, parce que l’éclairage que ce spécialiste du nazisme jette sur cette part de notre histoire est d’une densité exceptionnelle. À la fois par les qualités de synthèse dont il fait preuve et par la richesse des témoignages qui parsèment l’ouvrage venant de ceux qui, victimes ou même bourreaux, ont été partie prenante de cette épopée du Mal que fut le nazisme.

Une des forces de ce livre est de démontrer à quel point le nazisme n’est pas un totalitarisme comme un autre. S’il conteste la vision intentionnaliste de certains historiens, pour qui Hitler, dès le début de sa carrière, concocte un projet précis d’extermination des Juifs, il ne fait pas de doute que le désir homicide à leur égard est présent dès Mein Kampf . Vision homicide qui concernera aussi des dizaines de millions de non-Juifs. À commencer par les Slaves, dont le Généralplan Ost, qui fut porté par Himmler, prévoyait ni plus ni moins de décimer 30 millions de personnes pour conquérir l’espace dont les Allemands prétendaient avoir besoin à l’est. Plus de 2 millions et demi de prisonniers russes ont d’ailleurs disparu dans les camps nazis, victimes de meurtres ou de mauvais traitements. Rees insiste par ailleurs beaucoup sur le fait que les techniques de destruction de masse, notamment par le gaz, ont été expérimentées sur les handicapés mentaux bien avant l’organisation de la «solution finale». Nous sommes ici au cœur du projet nazi, forme extrême de darwinisme qui conçoit le monde comme une lutte où les «malades» et les «parasites» doivent périr car leur vie n’est pas «digne d’être vécue».
De leur côté, les pays occidentaux ne se sont pas précipités pour accueillir les Juifs fuyant l’Allemagne et les pays conquis. En 1936, Lloyd George, premier ministre anglais, déclare: «Jamais je n’ai vu de peuple plus heureux que les Allemands, et Hitler est un très grand homme.» En 1938, le premier ministre canadien, Mackenzie King, évoque les yeux de Hitler, qu’il a rencontré: «Il y a en eux une qualité liquide qui indique une perception aiguë et une compassion profonde.» Cette hypnose renforce encore le mérite d’un Churchill convaincu dès cette époque de la légitimité du projet sioniste pour sauver les communautés juives menacées.

Si les Juifs ne sont aimés nulle part, c’est en Europe centrale qu’ils sont le plus détestés, parce que ces peuples ont tendance à les associer au bolchevisme. Une thèse qui n’est pas complètement infondée quand on sait que Trotski en Russie ou Béla Kun en Hongrie étaient juifs, lesquels furent nombreux dans le NKVD, comme le démontrera Stéphane Courtois. Une réalité évidemment partielle, mais qui décuplera la violence de l’antijudaïsme chrétien traditionnel. «À la suite de l’invasion de l’URSS, les Roumains tuèrent plus de 100.000 Juifs sur le territoire de la Bessarabie et de la Bucovine du Nord. La brutalité des Roumains était telle que même les Allemands se plaignirent de leur comportement. Le général von Schobert déplorera que les Roumains n’enterrent pas les cadavres de ceux qu’ils tuaient et le commandant de l’Einsatzkommando leur reprocha de ne pas organiser correctement leurs massacres», écrit Rees.
L’exploration à laquelle se livre Rees n’est pas une énumération de crimes. L’historien n’est pas un archiviste du désastre, il tente de comprendre avec les armes de la raison la nature d’un phénomène qui défie la raison. À cet égard, certains témoignages sont stupéfiants et leur valeur, universelle. Tel celui de Jacob Zylberstein, qui, dans le ghetto de Lodz, part délivrer sa mère de l’hôpital où, malade, elle risque d’être déportée en 1942. «J’ai attrapé ma mère et suis monté au deuxième étage… la seule issue possible était la fenêtre, confiera-t-il. Sa mère accrochée à ses épaules, il descendit la gouttière jusqu’au sol et la ramena chez eux où ils firent la plus grande fête de leur vie.» Une histoire biblique au cœur des ténèbres.
«Holocauste», de Laurence Rees, traduit de l’anglais par Christophe Jaquet, Albin Michel, 635 p., 24,90 €.
Source :
http://premium.lefigaro.fr/livres/2018/02/08/03005-20180208ARTFIG00109–holocauste-de-laurence-rees-au-coeur-des-tenebres.php

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10 Commentaires

  1. Péri-gourdin

    8 février 2018 at 22 h 56 min

    On ne dira jamais assez cette nuit d’horreur pour l’Humanité que représentèrent Hitler et le nazisme !

    • vrcngtrx

      9 février 2018 at 12 h 27 min

      vous pouvez le répéter autant de fois que vous voudrez, la connerie n’a pas d’oreille !

      j’aimerais croire être à côté de la plaque mais j’ai le fort sentiment que l’invasion de l’europe par l’islam juxtaposée de propagande collaborationniste ne fait qu’encourager la montée d’un néonazisme

      • Gilles-Michel De Hann

        9 février 2018 at 15 h 01 min

        * La nouvelle extrême droite allemande …

        http://www.laviedesidees.fr/La-nouvelle-extreme-droite-allemande.html

        • vrcngtrx

          9 février 2018 at 20 h 36 min

          merci pour le lien Gilles-Michel, là on touche le fond avec leur « Rapport décomplexé au nazisme »

      • Péri-gourdin

        9 février 2018 at 16 h 15 min

        Je ne faisais que répondre au sujet évoqué, à savoir la Shoah !
        Quant au nouvel antisémitisme, issu aujourd’hui plus encore de milieux islamistes que de l’extrême-droite,je vous en accorde le fait !
        Mais en plus de l’antisémitisme, j’y vois une volonté de démantèlement de la France et de ses valeurs, pour ne citer qu’elles !
        Si bien qu’on en arrive à dire que l’Islamisme est la principale plaie de ce siècle qu’il convient de combattre comme fût combattu le nazisme !

        • vrcngtrx

          9 février 2018 at 19 h 53 min

          d’accord avec vous Péri-gourdin. Ce que j’ai pu constater chez certains muzz (pas forcément islamistes mais en tous cas colonisateurs et judéophobes) c’est cette volonté récurrente de se trouver des alliés de pensée ; l’antisémitisme judéophobe encré en occident depuis longtemps est donc une aubaine, il suffit parfois d’agiter quelques ingrédients pour le réveiller, l’histoire le démontre.
          On en arriverait presque à dire que le collaborationnisme est d’un niveau quasi égal avec n’importe quelle substance totalitaire

  2. b. duchene

    10 février 2018 at 13 h 35 min

    Est-il vendu au canada. Merci de me faire savoir.

  3. ixiane

    11 février 2018 at 12 h 12 min

    Les  » nouveaux nazis  » sont réjouis de lire ces horreurs et trouvent que HITLER n’a pas eu le temps de terminer son Oeuvre !! et ces « gens » , entre autres , les dits palestiniens sont soutenus et encouragés par ces anciens bourreaux en Europe et je ne citerai pas le 1er de classe !!

    • Péri-gourdin

      11 février 2018 at 17 h 32 min

      Le premier de la classe qui joue vraiment petit bras comparé à Donald Trump !
      N’importe quel pays ne peut y aller franco dans sa diplomatie !Faut s’appeler les USA ( ceux de Trump ) pour ça !

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