“L’abjecte démagogie” de Raphaël Enthoven

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Par Jean Messiha

Le philosophe a déploré, à propos de la commémoration de la rafle du Vel d’Hiv par Marine Le Pen, “la récupération d’une tragédie par l’héritière de ses auteurs”. Jean Messiha, délégué national du RN, dénonce en retour des “charges ignobles” de la part de l’establishment “progressiste”. Tribune.
Le 16 juillet dernier, la présidente du Rassemblement national, Marine Le Pen, publiait sur les réseaux sociaux un message simple, sincère et beau qu’elle formulait ainsi : « La commémoration de la rafle du Vel d’Hiv nous rappelle au devoir de mémoire face à l’expression la plus abjecte et abominable de l’antisémitisme. »
Comme tous les Français dignes de ce nom, elle rappelait un acte qui, au-delà de la trahison que représentait la Collaboration, allait à jamais associer Vichy à la Shoah. Une rafle ignoble et, sa suite logique, la déportation de juifs réfugiés ou installés en France vers les camps de la mort.
Serge Klarsfeld, figure incontournable de la lutte contre l’antisémitisme et de la traque des criminels associés à cette ignominie, a salué cette initiative. Ce n’était pas la première. Dans un article du Point daté du 3 février 2011 (oui 2011), la même Marine le Pen disait : « Je n’ai pas à faire de travail de mémoire. Tout le monde sait ce qui s’est passé dans les camps et dans quelles conditions. Ce qui s’y est passé est le summum de la barbarie. Et, croyez-moi, cette barbarie, je l’ai bien en mémoire. »
Et elle ajoutait : « Je ne me sens aucune filiation avec ce que fut l’armée allemande […]. Cette armée a assassiné nos pères et nos frères, je ne l’oublie pas. Et tous ceux qui font preuve d’ambiguïté sur le sujet m’agacent au plus haut point. » Interrogé sur ceux qui font preuve « d’ambiguïté sur la Shoah », elle répondait : « Oui, ils m’agacent de la même manière. »
Et le même hebdomadaire Le Point de rappeler que Marine Le Pen avait, en 2009, affirmé à propos des chambres à gaz : « Je ne pense pas que cela soit un détail de l’histoire. » Qui faisait suite à une déclaration d’avril 2008 : « Je ne partage pas sur ces événements la même vision que mon père. » Une position qui ne date donc pas d’hier puisque constante depuis plus de douze années.
La suite a montré que ce n’était pas que des mots. Ceux qui, à quelque niveau qu’ils se situaient dans la structure du Rassemblement national et quelque soit le rôle qu’ils avaient pu y jouer dans son histoire, réitéraient leur relativisation du génocide ou s’essayait à des « vannes » sur ce thème, n’y avaient plus leur place. Cela donna même lieu à une des plus grandes rupture de l’histoire politique récente.
Et pourtant, Raphaël Enthoven, philosophe estampillé « progressiste », s’est fendu du tweet suivant : « La récupération d’une tragédie par l’héritière de ses auteurs nous rappelle au devoir de vigilance face à l’expression la plus abjecte de la démagogie. » S’associer pleinement à une commémoration légitime devient de la « récupération » et de la « démagogie » comme si le Rassemblement national n’avait, en quelques sortes, pas le droit moral de s’inscrire pleinement dans la mémoire de la République alors qu’il en est certainement un des plus ardents défenseurs.
Si commémorer la rafle relève de la récupération et de la démagogie, alors à quelle catégorie appartient l’admission par Jacques Chirac en 1995 de la responsabilité de la France dans cette infamie ? Et que penser des innombrables initiatives mémorielles, comme par exemple la cérémonie annuelle en mémoire à Brahim Bouarram, poussé dans la Seine le 1er mai 1995 par un skinhead, à laquelle Macron a participé le 1er mai 2017 mais curieusement plus jamais depuis ? Quant à la déclaration de Macron en visite à Alger en février 2017 : « La colonisation fait partie de l’histoire française. C’est un crime, c’est un crime contre l’humanité, c’est une vraie barbarie », n’était-ce pas un clin d’œil, immonde par ailleurs, aux électeurs d’origine maghrébine et sub-saharienne ?
Tout le monde sait en outre parfaitement ce qui se passerait si, par malheur, nous ne participions pas à ce devoir de mémoire collectif et ce qu’on nous enverrait le cas échéant à la figure : « Ils n’ont rien dit ! Pas un mot à la mémoire de ce crime abject ! Vous voyez bien qu’ils sont nostalgiques de Vichy et antisémites, ils ne rendent même pas hommage aux victimes juives de la Collaboration ! », etc. Mais quand nous le faisons, en toute bonne foi, on nous accuse d’être insincères et calculateurs ! Il y a une expression anglaise pour décrire ce type de situation : « Damned if you do, damned if you don’t », qui peut se traduire par : « Maudits si vous le faites, maudits si vous ne le faites pas. »
Le plus abject se situe toutefois dans l’association « par héritage » de la présidente du RN à Pierre Laval, président du Conseil de Vichy, qui négocia avec l’occupant la livraison de juifs que ce dernier exigeait et à René Bousquet qui en fut l’exécutant. Vous parlez d’héritage M. Enthoven ? Pierre Laval fut toute sa jeunesse un homme de gauche. Dans les années 30, il deviendra à plusieurs reprises ministre et président du Conseil dans des cabinets de gauche, du centre ou de centre-droit. c’est-à-dire de tout ce qui gouverna la France sous la IVe République et après le départ du général de Gaulle. René Bousquet fut un ami personnel de François Mitterrand.

Et ne parlons même pas de Jacques Doriot, collabo fanatique, et de tant d’autres issus du PCF ou de la SFIO.
Alors oui, bien sûr, il y a eu des hommes d’extrême-droite dans la Collaboration et la persécution des juifs, nul ne le nie. Il y en eut de tous les camps en fait. Cette période maudite fut celle où se révélèrent d’une part, les traîtres et les opportunistes, et de l’autre, les patriotes et les braves. Et ils venaient de tout le spectre politique français.
Enthoven peut faire le malin et nous ressortir les 15 fondateurs du FN en 1972, dont six avaient un passé de collaborationniste voire de soutien du IIIe Reich par anti-bolchévisme. Mais, curieusement, il restera aphone sur les six autres qui furent, eux, d’authentiques résistants. Il perdra également sa langue sur le soutien du PCF au pacte germano-soviétique qui dépeçait la Pologne et donnait l’occasion à Staline d’exécuter les officiers polonais à Katyn.
En la matière Enthoven n’a rien inventé. En février 2019, Agnès Buzyn avait également prétendu nier à Marine le Pen son opposition viscérale à l’antisémitisme en l’accusant de « courir les néo-nazis ou les mouvements d’extrême droite », comme si la souffrance des juifs en France pendant l’Occupation était une sorte de chasse gardée mémorielle, exclusivement réservée à certains. La raclée que cet espoir du macronisme a subi à Paris lui inspirera peut-être un peu d’humilité.
Ces charges ignobles n’ont, à la vérité, aucune légitimité. Elles reflètent simplement la désespérance croissante de l’establishment « humaniste » et « progressiste », qui pense trouver dans la calomnie une arme contre la progression de nos idées. Les membres de cette caste se trompent lourdement. Ils ignorent, ces tristes sires, que nous sommes devenus le sens de l’Histoire.
Source :
https://www.valeursactuelles.com/societe/tribune-labjecte-demagogie-de-raphael-enthoven-121867

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