Les enfants martyrs d’Ozar Hatorah

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Des sanglots puis un souffle long s’extrait de la gorge serrée de Dovan, 20 ans. Il cherche ses mots et tente de contenir une vague d’émotion qui le submerge, à chaque fois qu’il parle de «la petite». La petite, c’est Myriam Monsonego, 8 ans, la fille du directeur de l’école juive Ozar Hatorah, à Toulouse. Ce 19 mars 2012, «j’étais avec un groupe de copains à l’école et le directeur nous a demandé d’accompagner Myriam devant le portail de l’école pour qu’elle attende des parents d’élèves avant de rejoindre son établissement. Vers 8 heures, des gens déposaient leurs enfants et j’ai entendu du bruit comme un feu d’artifice». Paralysé par l’émotion, Dovan ne peut plus parler. La salle de la cour d’assises spéciale de Paris, où sont jugés le frère du tueur au scooter, l’islamiste radical Abdelkader Merah pour d’éventuelles complicités de crimes terroristes et Fettah Malki, ex-délinquant de cité, soupçonné d’avoir fourni le pistolet-mitrailleur Uzi avec lequel Merah a attaqué l’école juive ce matin du 19 mars 2012, retient sous souffle. Le temps s’arrête un bref instant. Les mémoires se figent et l’image de la petite Myriam, tuée d’une balle dans la tête à bout portant, surgit d’entre les pleurs du jeune témoin qui ne pourra plus jamais l’oublier. «La petite était devant et je lui ai dit, cours, cours ! elle avait oublié son cartable et a essayé de le récupérer. J’ai couru et après on a vu le tireur partir sur son scooter. Je l’ai prise dans mes bras, je ne savais plus quoi faire, à cette époque j’avais 15 ans, je n’étais qu’un enfant. On a pris les trois petits corps pour les mettre à l’abri dans le hall de la synagogue. C’était la panique. On ne savait pas s’il allait revenir. La petite était touchée à la tête. Je suis monté à l’internat où Brian s’était réfugié, il y avait du sang. Les gens pleuraient et se tapaient la tête contre les murs». C’est une véritable scène de guerre que raconte Dovan. Lui et quelques-uns de ses copains de l’école, dont Aaron-Brian Bijaoui blessé par les premiers tirs du tueur armé d’abord du micro Uzi, décrivent l’apocalypse dans cette école martyre.
Traumatismes
Hier, la cour à une fois de plus basculée dans les tréfonds de l’horreur à travers les témoignages poignants d’anciens élèves à jamais traumatisés par cette tuerie froide qui a fait quatre morts, dont Jonathan Sandler, professeur d’hébreu et ses deux enfants, Gabriel, 3 ans et Arieh, 6 ans, qu’il voulait protéger des balles du terroriste.
Visage marqué par la souffrance, André, père de trois enfants qu’il conduisait à l’école ce jour-là, raconte : «Je suis arrivé en voiture et j’ai entendu des coups de feu. Ça tirait en rafale. J’ai vu Jonathan Sandler se faire abattre sous mes yeux. Dans la voiture, mes enfants de 12, 10 et 3 ans, hurlaient. Il tirait devant l’école, je l’ai vu arroser. J’avais peur que d’autres enfants arrivent à cet instant. Alors que des victimes étaient déjà au sol, il les a achevées comme des chiens. Jonathan Sandler a levé son bras sous la menace du tireur pour protéger ses propres enfants. J’ai eu vraiment l’impression qu’il voulait d’abord s’en prendre aux enfants». Pour éviter que d’autres écoliers soient touchés, André décide d’ouvrir la malle arrière de sa voiture et de cacher ceux qui se dirigeaient vers l’établissement. Deux enfants, dont Tony, 16 ans, qui a témoigné hier, fait partie de ces rescapés. André ajoute, «aujourd’hui, mes enfants sont traumatisés, ils sont détruits psychologiquement. Ils ont détruit ma famille. Au début, j’ai insisté auprès de mon fils pour qu’il termine l’année scolaire dans cette école, pour les soutenir. Aujourd’hui, ils ne peuvent plus rentrer dans cet établissement, et il a fallu déménager, changer de quartier», ajoute André. «Mes enfants se posent toujours la même question : pourquoi ? Pourquoi nous ?»

Tony qui se dirigeait vers l’école a vu Jonathan Sandler s’effondrer à quelques mètres de lui. Autre témoin, Alain, retraité tarnais de 71 ans, fixe le président de la cour, Franck Zientara, qui lui demande de préciser son récit. «J’ai vu le tireur prendre les cheveux d’un enfant et lui tirer dans la tête à bout portant». André ne se souvient plus de la chronologie mais les images restent à jamais gravées. Le tueur «tapait de près sur tout ce qui se présentait».
La parole libérée
Devant la salle d’audience, Dovan, entouré des siens, embrasse ses copains venus le soutenir dans un immense élan de solidarité. Il vient de vider une partie de son cœur, les yeux encore rougis après l’évocation du carnage de cette matinée du 19 mars 2012. «C’était important d’être là». Un soulagement comme une immense délivrance. À l’instar de la journée de mardi 10 octobre, celle d’hier a permis de libérer la parole des victimes et témoins des attaques terroristes de Toulouse et Montauban. Des familles toujours présentes dans la salle qui d’un geste, d’un regard, se soutiennent, se comprennent. Au-delà de leur douleur que la justice prend en compte tout au long de ces témoignages, la question de l’issue du procès taraude forcément l’esprit de ces parties civiles. Un procès sur lequel pèse le fantôme de Mohammed Merah, le délinquant jihadiste abattu par le Raid le 22 mars 2012. Une psychiatre, dans une expertise aux allures de prophétie datée de septembre 2003, détecte déjà un «trouble de la personnalité» chez le jeune Mohammed Merah alors âgé de 14 ans, et une «problématique importante calquée sur celle de son frère». L’expert souligne : «Ses passages à l’acte ne reposaient sur aucun sentiment particulier».
De notre envoyé spécial à Paris Frédéric Abela
Source :
http://www.ladepeche.fr/article/2017/10/12/2663918-les-enfants-martyrs-d-ozar-hatorah.html

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1 Comment

  1. Claude

    12 octobre 2017 at 16 h 35 min

    Les terroristes islamistes abattez les, sans autre forme de procès !

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