Les gargouilles antisémites de la collégiale de Colmar doivent être retirées

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Deux gargouilles antisémites, dont une Judensau, se trouvent sur la façade de la collégiale de Colmar. Un bas-relief identique a récemment fait polémique en Allemagne, dans la ville qui a vu naître la Réforme.
La sculpture, qui se trouve sur la façade sud de l’église Sainte-Marie de Wittenberg en Saxe-Anhalt, ne sera pas démontée comme le souhaitait Michael Düllmann, un membre de la communauté juive allemande.
La justice a en effet rejeté, le 24 mai 2019, la requête de cet homme qui réclamait la dépose de cet ouvrage médiéval datant de 1305, ouvertement antisémite, communément appelé la « Truie des Juifs » ou Judensau.
Sur ce bas-relief, on distingue des juifs tétant le cochon et un rabbin soulevant la patte droite de la truie, tirant sa queue avec sa main gauche et contemplant le Talmud sous la croupe de l’animal.
Une satanisation du juif
Il serait souhaitable que ces représentations racistes soient retirées
Cette polémique avait débuté en 2016 via une pétition lancée par le théologien britannique Richard Harvey qui avait recueilli autour de 7500 signatures. Elle s’est poursuivie par la tenue de plusieurs manifestations des partisans du retrait du bas-relief dans cette ville d’Allemagne où est née la Réforme, il y a plus de 500 ans.
La collégiale de Colmar présente également ce type de gargouille, sur le troisième contrefort du côté sud du chevet. On y découvre une truie avec, de part et d’autre, deux personnages portant un chapeau pointu qui était imposé aux juifs dans les pays germaniques, rappelle Ivan Geismar, ancien président du consistoire israélite du Haut-Rhin. « C’était l’étoile jaune de l’époque », ajoute Gérard Franck, membre de la communauté juive de Colmar.
« La truie aux juifs est le comble de la perversion puisque le juif, dans cette représentation colmarienne, se nourrit de la fiente de porc, viande qui lui est, par ailleurs, interdite », décrypte le sociologue, chercheur et écrivain strasbourgeois Freddy Raphaël.
Les Judensau -une trentaine existerait encore en Allemagne- sont « plus proches de la culture des pays germaniques », souligne-t-il. « Il y a eu dans notre aire culturelle une satanisation du juif, mis du côté du génie du mal, de la sorcellerie ».
« Se servir de cette imagerie pour la déconstruire »
Ivan Geismar rappelle à ce propos que les juifs de Colmar furent accusés, en 1348, d’avoir empoisonné un puits de la ville et ceux qui ne purent s’échapper furent brûlés en un lieu aujourd’hui appelé Judenloch.
Faut-il, comme le demandait Michael Düllmann pour Wittenberg, retirer cette Judensau du chevet de la collégiale ? « Au contraire, c’est une trace historique qu’il ne faut pas toucher même si elle nous déplaît », plaide Gérard Franck. « Il ne faut pas enlever ces statues mais se servir de cette imagerie pour la déconstruire, analyser ce qu’elle charrie », ajoute Freddy Raphaël.
En l’occurrence, l’antisémitisme du Moyen-Age, favorisé par l’Eglise chrétienne. La synagogue aux yeux bandés sur le portail sud de la cathédrale de Strasbourg est un autre exemple d’antijudaisme religieux. Cette statue est « dans une situation humiliante car elle a refusé de reconnaître la vérité éclatante du Christ », décrit Freddy Raphaël. « En face se trouve une autre statue, l’Eglise triomphante. Nous avons ainsi une dénonciation des juifs qui s’obstinent dans l’erreur et méritent ce regard hautain de la chrétienté ».
D’autres représentations antisémites existent en Alsace. Toujours sur la collégiale de Colmar, cette fois sur sa façade occidentale, on aperçoit un juif léchant un démon ayant des pattes de bouc. Au musée Unterlinden se trouve une gargouille -le Diable aux juifs- provenant de l’église Notre-Dame de Rouffach.

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