Faut-il démonter la sculpture médiévale de la Truie aux juifs qui orne l’église de Wittenberg?

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Par Thomas Hermans

Le débat fait rage dans la cité de Martin Luther, berceau du protestantisme. La justice allemande vient de débouter un requérant qui demandait que le bas-relief de 1305, au message explicitement antisémite, soit déposé et présenté dans un musée. Une trentaine de pièces comparables sont toujours visibles en Europe.
Les autorités religieuses et les historiens se querellent en Allemagne sur le destin d’un bas-relief datant de 1305. La sculpture, présente sur la façade de l’église de la ville de Wittenberg, en Saxe-Anhalt, présente une truie allaitant des juifs, ainsi qu’un rabbin examinant la croupe de l’animal. Il s’agit d’une représentation commune du monde germanique médiéval appelée «Judensau», ou «truie des Juifs».
En 2016, une pétition est lancée par le théologien britannique Richard Harvey pour demander le retrait de la sculpture, lançant un débat qui ne s’est pas tari depuis. Le 24 mai, le tribunal du district de Dessau-Roßlau a rejeté la requête présentée par Michael Düllmann, qui réclamait le retrait du bas-relief. Une décision dont Düllmann a décidé de faire appel, selon son avocat.
Certains responsables chrétiens allemands ne s’opposent pourtant pas à la dépose de la sculpture. Dans un communiqué, Irmgard Schwaetzer, la présidente du synode de l’Église évangélique d’Allemagne, a proposé d’intégrer la «Judensau» de Wittenberg à un nouveau monument commémoratif, en face de l’église de Wittenberg. Selon elle, la sculpture exprime «la haine pure des juifs» qui avait cours à l’époque, une «haine» dont il faut se souvenir et se distancier. «Nous devons penser aux sentiments que ressentent nos frères et sœurs juifs lorsqu’ils découvrent cet endroit historique», justifie Irmgard Schwaetzer.

Le monde politique s’est également saisi du dossier, devenu très médiatique en Allemagne. Le symbole est fort dans la ville de Martin Luther, point de départ de la réforme protestante. Luther lui-même, fervent antisémite, avait fait une description haineuse de la sculpture, affirmant que le rabbin tentait de lire le Talmud dans l’arrière de la truie. En 2017, le conseil municipal de Wittenberg s’est positionné en faveur du maintien de la «Judensau», prenant le parti de la défense de l’histoire allemande. La ville a également mis en avant la plaque de bronze en mémoire des juifs morts durant la Seconde Guerre mondiale, installée en 1988 au sol, sous le bas-relief.
Dans une interview accordée à la radio Deutschlandfunk le 28 mai, Insa Christiane Hennen, docteure en philosophie à l’université de Wittenberg, a estimé que «les problèmes d’antisémitisme actuel ne peuvent être résolus en éliminant des objets médiévaux». «En tant qu’historienne de l’art et conservatrice, je ne peux que plaider pour que cela reste ainsi, complète-t-elle. Bien entendu, il est très important que ces images soient expliquées pour permettre ainsi une distance historique.»
En tout, une trentaine de «Judensau» existent encore en Europe, principalement en Allemagne. Trois sont recensées en France, dans des régions ayant été sous influence germanique durant le Moyen-Âge. L’une se trouve perchée dans la chapelle Notre-Dame du Carmel, au sein de la cathédrale de Metz. Deux autres se trouvent à Colmar: une sur la façade de la cathédrale, l’autre sous forme de gargouille à la collégiale Saint-Martin.
Source :
http://premium.lefigaro.fr/arts-expositions/faut-il-demonter-la-sculpture-medievale-de-la-truie-aux-juifs-qui-orne-l-eglise-de-wittenberg-20190531

La Judensau (littéralement en allemand : « Truie des Juifs ») est le terme utilisé pour désigner des motifs animaliers métaphoriques apparus au Moyen Âge dans l’art chrétien anti-Juifs et dans les caricatures antisémites presque exclusivement dans les pays de langue germanique. L’utilisation du thème du cochon vise à humilier, car le porc est considéré comme un animal impur (en hébreu : Tame) et interdit à la consommation selon les lois de la cacherout.
Les premières représentations de Truies des Juifs datent du XIIIe siècle, en Allemagne. On en retrouve actuellement près d’une trentaine sous forme de sculptures ou bas-reliefs dans des églises ou des bâtiments d’Europe centrale. À partir du XVe siècle, avec l’invention de l’imprimerie, apparaissent des caricatures dans des pamphlets et des livres incendiaires. Depuis le XIXe siècle, ce terme est aussi utilisé comme injure verbale contre les Juifs. Les nazis réutiliseront ce terme en le modifiant en Saujude (qui correspond littéralement en français à « cochon de Juif ») mais qui a valeur de « sale Juif » en les comparant à des porcs, pour calomnier, humilier et menacer les Juifs.
De nos jours, l’utilisation de l’expression Judensau à l’égard d’une personne ou en public est interdite et sanctionnée pénalement en Allemagne, Autriche et Suisse. En Allemagne, la peine peut même être aggravée en estimant qu’il y a eu une provocation à l’agitation populaire.

Notre Dame de Paris: Synagoga (détail), aussi connue comme « la Synagogue aveugle »

« Dès le XIIe siècle, la Synagogue est représentée les yeux bandés, signe de son refus d’admettre la divinité du Christ. On la montre le plus souvent perdant sa couronne, tenant une lance ou une bannière brisée, dressée au-dessus de la gueule de l’enfer où s’engouffre un groupe de juifs. Lui faisant pendant se dresse l’Eglise triomphante. Ecclesia et Synagoga figuraient côte à côte aux proches des cathédrales, gigantesques livres d’images sculptés pour l’édification des fidèles. »

Béatrice Philippe, Être juif dans la société française du Moyen Âge à nos jours, [Paris]: Éditions Montalba, 1979, p. 39

La Synagogue aux yeux bandés
Portail de l’Horloge, Cathédrale de Strasbourg

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10 Commentaires

  1. knocker

    31 mai 2019 at 17 h 30 min

    Il y en a marre maintenant. Tout est objet à récrimination. Après ça sera quoi, il faudra enlever la cloche, puis pourquoi pas le coq etc…. Il faut arrêter de vivre dans le passé et faut y aller de l’avant.

    • Moskowitz

      2 juin 2019 at 8 h 18 min

      Encore faut-il nous laisser aller de l’avant !!!!!!😬🕎✡

  2. jacko lévy

    31 mai 2019 at 20 h 32 min

    bof !

    c’est là depuis mille ans!

    et dans mille ans ce sera toujours dans les coeurs…..alors a quoi bon

  3. Jackotte Quohène

    31 mai 2019 at 20 h 55 min

    Knocker : la question posée est « faut-il démonter la sculpture médiavale de la truie aux juifs qui orne une église »

    Je vais être d’accord avec vous : on ne démonte pas mais pas pour les mêmes raisons. Pour vous « il faut arrêter de vivre dans le passé et il faut y aller de l’avant ». Regarder le passé et aller de l’avant, l’un n’empêche pas l’autre.

    Perso, mais je peux être dans l’erreur, il me semble que cette sculpture est une affaire de chrétiens. Les chrétiens doivent faire face aux errements et à la haine de leur clergé, même si les faits datent du moyen-âge.

    Pour les juifs qui ont souvent tendance à tomber dans l’optimisme, ces petites sculptures sont un petit rappel de mémoire historique.

    Ces sculptures sont utiles à tous. La vérité n’est jamais négative.

  4. Françoise SAADOUN

    1 juin 2019 at 4 h 36 min

    la cloche et le coq n’ont rien à voir avec un symbole antisémite qui doivent bien faire rire ceux qui voient et comprennent- on trouve normal de supprimer des croix mais pas cette horrible « chose » les fouineurs n’ont pas fini d’aller de découvertes en découvertes-

  5. jacko

    1 juin 2019 at 7 h 51 min

    « On la montre le plus souvent perdant sa couronne,

    vous aurez remarqué qu en guise de couronne on -ils- lui ont collé un serpent aux crocs prêts a mordre…

    et on viendra s’ étonner de la prolifération de ces bactéries antijuives en France…

  6. benjamin

    1 juin 2019 at 17 h 04 min

    pour en savoir plus sur ces dégradantes représentations des juifs par les chrétiens au moyen age je conseille la lecture tres instructive du livre LES PRETRES ET LES MOINES A TRAVERS LES AGES DE HIPPOLITE MAGEN AVEC PREFACE DE LEDRU ROLLIN en 1857 livre difficile a trouver aujourd hui !!

  7. Rodolphe Sebbah

    2 juin 2019 at 7 h 01 min

    Quelle naïveté de prétendre lutter contre l’antisémitisme en en détruisant ou en en masquant les traces du passé. Selon cette logique de l’autruche se fourant la tête dans le sable pourquoi ne pas raser Auschwitz ? Pourquoi ne pas brûler toutes les traces du régime hitlérien ? Livres, affiches, films, documents écrits et sonores… Pourquoi ne pas brûler toutes les gravures du moyen âge montrant les juifs sous forme de cochons, de boucs, de monstres ? Pourquoi se borner à cette cathédrale ? Detruisons toute trace du passé qui ne serait pas conforme à la morale du XXI ème siècle !

  8. benjamin

    2 juin 2019 at 11 h 12 min

    en tout cas aujourd hui les cochons en question alignent en israel 10 prix nobel !! en une si courte existence!et encore cette nuit les frappes des cochons sur les cibles ennemies en syrie ont bien prouvè leur efficacitè !voila la meilleure reponse a ces ignobles connards qui a bien y regarder sont eux memes des sales cochons a bien des egards

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