L’ombre des frères Clain sur le procès de leur sœur

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Anne-Diana Clain, 44 ans, sœur aînée de Fabien et de Jean-Michel, est jugée mardi et mercredi avec son mari pour avoir tenté de rejoindre l’État islamique en 2015-2016.
Par Jean Chichizola

Le djihadiste Fabien Clain, petit frère d’Anne-Diana Clain, jugée pour avoir tenté de rejoindre Daesh. -/AFP
Le procès qui s’ouvre mardi devant la 16e chambre correctionnelle du tribunal de grande instance de Paris, spécialisée dans les dossiers de terrorisme et de criminalité organisée, n’est pas tout à fait comme les autres. Le fond du dossier, des départs avortés de djihadistes vers la zone syro-irakienne, est tristement classique. Mais la personnalité de l’une des prévenus est exceptionnelle. Anne-Diana Clain est la sœur aînée de Fabien et de Jean-Michel Clain, qui ont joué un rôle important dans la propagande en français de l’État islamique.
En réaction aux attentats de janvier 2015, Jean-Michel Clain avait appelé en mars 2015 à «taper la France». Après les attentats du 13 novembre 2015, Fabien Clain lisait un «communiqué sur l’attaque bénie de Paris contre la France croisée », sur fond de chants de son frère, où il revendiquait les attaques. Radicalisés dans la région toulousaine aux contacts de la cellule islamiste d’Artigat (Ariège) et d’un autre groupe familial, les Merah, les frères Clain avaient rejoint, avec une bonne partie de leur famille, le territoire contrôlé par Daech en 2014 et 2015. Ils ont été tués dans l’enclave de Baghouz (est de la Syrie) le 20 février 2019 par une frappe de la coalition internationale contre l’État islamique.
Jugés mardi et mercredi, Anne-Diana Clain et son époux religieux, Mohamed Mongi Amri, sont poursuivis pour avoir tenté de rejoindre l’EI avec leurs enfants en 2015-2016. Interpellés le 1er juillet 2016 en Turquie, ils ont été expulsés vers la France le 20 septembre 2016. Ils sont accusés d’avoir participé à une association de malfaiteurs «en vue de la préparation, caractérisée par un ou plusieurs faits matériels, d’acte de terrorisme» notamment en ayant tenté «à plusieurs reprises, en lien avec les membres de [leur] famille faisant partie de l’État islamique et déjà présents sur zone, de rejoindre clandestinement les rangs de cette organisation en Syrie». Une formulation qui souligne que leurs liens avec Fabien et Jean-Michel Clain seront au cœur des débats, même si les prévenus ne sont en rien mis en cause dans les attentats en France pour lesquels les deux frères étaient poursuivis.
Les avocats d’Anne-Diana Clain, Mes Xavier Nogueras et Martin Desrues, et de Mohamed Mongi Amri, Me Louise Dumont Saint Priest, vont insister sur la distance prise par leurs clients vis-à-vis de Daech et s’efforcer d’écarter l’ombre envahissante de la fratrie. Deux absences nuiront aux débats. Mis en examen au cours de la procédure, Fabien Clain et Adrien Guihal resteront muets: le premier est mort depuis près d’un an et le second a été arrêté par les Kurdes syriens en 2018.
Source :
https://www.lefigaro.fr/actualite-france/l-ombre-des-freres-clain-sur-le-proces-de-leur-soeur-20191118

Elle raconte être partie « à l’aveuglette », avoir simplement voulu « rejoindre une terre d’islam ». Lui assure n’avoir jamais compté « s’installer en Syrie », ne pas être « un terroriste ». Devant les enquêteurs puis le juge d’instruction, tout est mis en œuvre pour se détacher du destin familial, frappé du sceau macabre de l’État islamique. Une posture que devraient continuer d’adopter Anne-Diana Clain, 44 ans, et Mohamed Amri, 58 ans, qui comparaissent à partir de ce mardi devant le tribunal correctionnel de Paris, pour « association de malfaiteurs en vue de la préparation d’actes de terrorisme ». Si ce procès est bien celui du couple, il devrait néanmoins permettre d’en savoir un peu plus sur Fabien et Jean-Michel Clain, deux vétérans du djihad français, notamment connus pour avoir revendiqué les attentats du 13 Novembre au nom de l’État islamique. Spécifiquement visés par une frappe aérienne, les deux propagandistes ont été tués en février dernier à Al-Baghouz, dernier bastion de l’État islamique dans l’Est syrien.
Une trajectoire familiale
Pour Anne-Diana Clain et Mohamed Amri, tout s’arrête le 1er juillet 2016 alors qu’ils sont interpellés à la frontière syrienne avec leurs enfants. En l’espace de quelques minutes, les autorités turques mettent fin à des mois de cavale et de préparation, qui devaient leur permettre de rejoindre le « califat » autoproclamé de Daech, où se trouve déjà toute la fratrie Clain. Pour comprendre cette sombre trajectoire familiale, il faut remonter le fil du temps. En 1999, tous les membres de la famille Clain, des catholiques pratiquants, décident de se convertir à l’islam, sous l’influence de Mohamed Amri, un Tunisien implanté à côté de Toulouse. « J’ai eu un déclic avec mes frères. On a commencé à chercher d’où on venait », déclare Anne-Diana Clain en septembre 2016. Dans son audition, que Le Point a pu consulter, elle confirme que Mohamed Amri est à l’origine de la conversion de toute la famille, qu’il leur a apporté « toutes les réponses à leurs questions », « les guidant sur ce qu’ils cherchaient vraiment ». Pour vivre pleinement leur nouvelle religion, les Clain décident de partir de la petite ville d’Alençon pour emménager dans la région toulousaine « où il y a plus de mosquées ». C’est à cette période que Fabien Clain fait la connaissance d’Olivier Corel, à l’origine de la filière dite d’Artigat, du nom d’une commune d’Ariège où il a dispensé un enseignement fondamentaliste à de nombreux jeunes.

Au contact de « l’émir blanc », le cadet des Clain se radicalise, entraînant bientôt Jean-Michel dans son sillage. Dans le quartier du Mirail, en bordure toulousaine, les deux frères n’hésitent pas à afficher leurs convictions : vente de littérature islamiste sur les marchés, distribution de tracts devant la mosquée de Bellefontaine… Fabien et Jean-Michel, alias « Omar » et « Abdelwahid », rassemblent autour d’eux un petit groupe surveillé par la police, dont font partie Thomas Barnouin, Sabri Essid ou encore un certain Mohammed Merah, auteur des tueries de Toulouse et Montauban en 2012.
Les rappeurs catholiques devenus voix de l’EI
Après un bref séjour en Égypte et un tour par la case prison, les frères Clain décident d’accomplir « leur djihad ». Jean-Michel est le premier à quitter le territoire national, en 2014, accompagné de sa femme Dorothée Maquere et de leurs cinq enfants. Un autre naîtra plus tard, sur zone. Fabien ne tardera pas à lui emboîter le pas. En février 2015, il part avec Mylène Foucre, sa femme, leurs enfants et sa mère, Marie-Rosane Grosset. Elle est la seule qui parvient à rejoindre directement la Syrie, Fabien Clain y arrivera quelques semaines plus tard. Refoulée à la frontière turque, Mylène Foucre revient en France quelques mois plus tard, en mai. En garde à vue, cette dernière jure qu’elle a abandonné ses projets de départ et va s’installer directement et « naturellement » à Ambax, chez sa belle-sœur Anne-Diana. Il ne faudra qu’un mois à la femme de Fabien Clain pour repartir, et parvenir, cette fois, à atteindre la Syrie, où son mari l’attend. Pour les enquêteurs, Mylène Foucre tient un rôle important dans l’enquête sur les attentats de Paris : elle serait celle qui a permis d’établir un lien matériel entre les frères Clain et les attentats de novembre 2015. Sa photo figurait en effet sur une carte d’identité belge falsifiée et utilisée, avec d’autres papiers frauduleux, pour louer des planques aux membres du commando. « Je pensais que Mylène aurait aimé rentrer plus tôt, mais elle avait un problème d’assurance périmée, ce qui l’empêchait de prendre le bateau pour revenir. Je pensais aussi que Fabien allait la suivre et revenir », racontera plus tard Anne-Diana Clain, « adoptant un air faussement benoît », selon le magistrat instructeur.

En Syrie, les frères Clain deviennent « les voix françaises du djihad ». Si ces deux fans de rap ont abandonné la musique en se convertissant, ils sont chargés d’écrire et de traduire les « anasheeds » de l’État islamique. Ces longs chants religieux, véritables appels à la haine, vont accompagner chacune des revendications des différents attentats. Le 14 novembre 2015, un message intitulé « Communiqué sur l’attaque bénie de Paris contre la France croisée » est publié sur le site de propagande de l’EI. Dans ce communiqué audio, l’anasheed « Avance, avance » démarre ainsi : « Huit frères portant des ceintures d’explosifs et des fusils d’assaut ont pris pour cibles des endroits choisis minutieusement à l’avance au cœur de la capitale française (…) le bilan de ces attaques est de minimum 200 croisés tués et encore plus de blessés. » Des propos immédiatement attribués à Fabien Clain. Confrontée à ce texte par les enquêteurs, Anne-Diana, 44 ans, déclare : « vous savez, qu’il ait revendiqué je n’y crois pas. Pour moi, il a parlé en français, car il a lu le communiqué, c’est tout. » Tout en condamnant les attentats, l’aînée des Clain hasarde finalement : « Je n’avais pas tilté sur ces propos (…) je n’ai pas pris conscience de tout ça. J’ai réalisé cette nuit que leurs propos sont hards. »
« Tu vas annoncer l’islam à qui si tout le monde est mort ? »
Il faudra plusieurs auditions pour qu’Anne-Diana, qui a longtemps soutenu ne rien connaître des projets familiaux, avoue avoir eu l’intention de s’installer en Syrie. « Tout le monde est parti, alors je me suis dit que c’était mieux de rejoindre une terre d’islam », finit-elle par admettre devant les enquêteurs. Selon son propre récit, ce serait le désir de sa mère de voir toute la famille réunie qui aurait précipité son départ. Le 6 août 2015, Anne-Diana Clain, Mohamed Amri, Ismaël P. (un enfant d’une précédente union d’Anne-Diana) et leurs trois enfants prennent la route. Refoulés à la frontière turque, ils seront contraints de passer plusieurs mois en Bulgarie, dans l’attente de nouvelles consignes de Jean-Michel Clain. Mais après les attentats de novembre, la famille perd le contact. Les djihadistes sur zone se voient en effet interdire tout contact vers l’extérieur pour des raisons de sécurité.
Mai 2016 : le couple décide quand même de retenter sa chance, avant d’être arrêté une deuxième fois à la frontière syrienne. En détention provisoire, Anne-Diana Clain adapte son discours. Au fil des interrogatoires devant le juge, elle admet d’abord avoir voulu rejoindre « un État musulman » ou « la religion est une religion d’État » puis reconnaît finalement avoir eu l’intention de rallier l’État islamique, dont elle condamne néanmoins les agissements. « Déjà, avec mon mari, on ne comprend pas les attentats (…) tu vas annoncer l’islam à qui si tout le monde est mort ? » indique Anne-Diana au juge. Plus récemment, elle expliquait avoir pris « conscience d’avoir gâché sa vie et celle de ses enfants », qui ont tous été placés, comme le veut le protocole. Dans un courrier adressé au magistrat instructeur le 6 août 2018, elle assurait avoir mis à profit sa détention pour « apprendre de ses erreurs ». Elle se dit aussi « déçue » par les membres de sa famille, indiquant : « on ne peut pas imaginer que des membres de sa famille soient devenus aussi haineux ». Dans la missive, Anne-Diana Clain maintient avoir « cru à l’utopie de l’État islamique » et cherche à tout prix à dédouaner son époux, Mohamed Amri, affirmant qu’il n’a jamais souhaité partir et n’a accepté « que pour lui faire plaisir ».
« C’est quoi le 13 novembre, il s’est passé quoi ? »
Interrogé à son tour, Mohamed Amri nie toute volonté de partir en Syrie. Malgré les déclarations d’Anne-Diana, il assure que tout a été organisé dans le seul but de ramener Fanny Patry, une des filles de sa femme, partie en Syrie dès février 2015. À plusieurs reprises, il affirme que ce départ n’était « en aucun cas définitif ». Mais c’est sur la question des attentats commis en France que Mohamed Amri frôle le grotesque. « C’est quoi le 13 novembre, il s’est passé quoi ? » ose-t-il. En bloc, il soutient également qu’il n’a joué aucun rôle dans la conversion de la famille Clain, qu’il ignorait tout du départ des cadets de sa femme et exclut avoir participé à une quelconque radicalisation de la famille. Autant d’affirmations que le juge instructeur s’est appliqué à démonter, selon ses conclusions, dont Le Point a pris connaissance. « Le fait de préparer son départ sur zone dans le but de rejoindre un groupe terroriste et de tenter de rejoindre ce groupe constitue par essence une association de malfaiteurs en vue de préparer des actes de terrorisme », tranche le juge. « Il convient de constater que ce dossier, criminel à l’origine, a été ramené à sa juste mesure par le magistrat instructeur, qui, en clôturant l’information judiciaire, a opté fort judicieusement pour une requalification délictuelle des faits reprochés », note néanmoins Me Martin Desrues, l’avocat d’Anne-Diana Clain.
Seul membre de la famille à être resté en France, Anne-Diana n’est désormais plus la seule Clain derrière les barreaux français. En septembre dernier, sa fille aînée, Jennifer, a été rapatriée en France avec ses cinq enfants, après avoir été interpellée par les forces kurdes. Ainsi, contre toute attente, c’est finalement en France que le sort de cette famille, muée par l’idéologie mortifère, sera scellé.

Source :
https://www.lepoint.fr/justice/proces-clain-le-djihad-une-affaire-de-famille-19-11-2019-2348184_2386.php

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3 Commentaires

  1. Poissonchat

    19 novembre 2019 at 10 h 51 min

    Faut les mettre dans un jeu des 7 familles ils sont parfaits pour eveiller les enfants a la tolerance.
    La soeur prendra (bien) moins que 10 ans,autant dire une peine dérisoire et sera libre comme la air dans 3 ans maxi.
    En effet comme d’après les juges français ils sont tous partis pour faire cuisinier,infirmiere,etc et méritent toute notre consideration au vu des « atrocités »qu’ils ont vécu(sans en commettre bien sûr).
    Pour les enfants il faut les rapatrier sans discuter(ils sont des victimes) et quand un de ces tarés fera un massacre dans son ecole on dira pasdamalgame,leriskezéronexistepa,blablabla.
    Ces tas de merde devraient tous être jugés en Irak et en Syrie,y être comdamnés à mort et se faire couper la tête la bas: c est le seul vrai moyen de les « deradicaliser ».

  2. Poissonchat

    19 novembre 2019 at 13 h 30 min

    Les juger en france n’a aucun sens car il n’y a ni preuves,ni temoins,ni chefs d’accusation concrets,etc…
    Ces elements juridiques se trouvent dans les pays ou ils ont été combattre.
    En clair dire »il faut les rapatrier pour les juger »=les protéger en leur appliquant de fait des peines ridicules(asso de malfaiteurs au plus,et encore car zéro preuves)alors que certains risquent la peine capitale la ou ils ont combattu.
    Pas évident de faire les gros yeux aux djihadistes alors qu’on fait copain-copine avec le qatar.

  3. capucine

    19 novembre 2019 at 20 h 31 min

    Ils sont enfin en enfer..

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