Montrer à la France qu’Israël ne se laissera pas faire.
Par Paul Rotenberg
« Plus jamais ça » ne se résume pas aux chambres à gaz. C’est une façon de penser. Opinion.
Il faut saisir les opportunités lorsqu’elles se présentent, sous peine de les perdre. Israël, confronté à une montée de l’antisémitisme, se trouve aujourd’hui face à une telle opportunité. Sa réponse aura des répercussions bien au-delà du problème immédiat.
Israël a été exclu du salon Eurosatory Defense en France, et les entreprises israéliennes n’ont pas le droit d’exposer quoi que ce soit que la France ne considère pas comme une arme « défensive ». C’est une décision pour le moins surprenante, surtout si elle est prise par un antisémite. Un Glock, pour lequel je possède un permis de port d’arme dissimulée, est-il considéré comme une arme défensive ou offensive ? En serait-il de même entre les mains d’un terroriste du Hezbollah ?
Mais là n’est pas vraiment la question, n’est-ce pas ? Ce qui est mis en évidence, c’est l’antisémitisme français, un double standard, un parti pris, et il faut y remédier.
La réaction sera-t-elle celle, lâche, du Juif exilé, ou celle, fière et forte, du Baal Habayit israélien (« propriétaire ») que nous avons vu ces trois dernières années ? L’une de ces réactions ne fera qu’aggraver la situation, l’autre défiera les perfides Français et tous ceux qui pensent que c’est une bonne idée.
Si Israël prend le taureau par les cornes, l’exclusion d’Eurosatory pourrait être une excellente chose pour le pays, mais cela exige une action rapide, très rapide. Eurosatory se déroule du 15 au 19 juin. Je suis persuadé que la France a attendu le dernier moment pour annoncer l’exclusion d’Israël afin d’empêcher ce dernier de faire appel ou de trouver une solution alternative. À mes yeux, c’est la meilleure raison de tout mettre en œuvre pour que cette solution devienne réalité.
Quand j’en ai entendu parler pour la première fois, je me suis dit que, surtout en ce moment, les gens veulent voir des produits israéliens. Israël devrait louer un espace à l’extérieur du salon, trouver un bâtiment industriel et y installer toute sa délégation. Ainsi, le salon se concentrerait sur la mise en avant des produits et services israéliens qui ont fait leurs preuves.
Mais un tel plan présente un défaut majeur : il enrichit considérablement les Français en finançant des manifestations contre la France. Pire encore, il soulève des problèmes de sécurité, car isoler tout ce qui est israélien revient à le rendre vulnérable aux attaques. Des manifestations, potentiellement violentes, pourraient avoir lieu, et cet isolement en fait une cible facile. Ce plan est donc inacceptable. Dès lors, où Eurosatory pourra-t-il constater ce qui a permis à la défense israélienne d’être suffisamment performante pour que le président Trump lui confie ses bombardiers B2 ?
L’option B serait d’organiser un événement totalement indépendant à Tel Aviv, EurosatoryTA, avec entrée gratuite pour les détenteurs de billet Eurosatory. Israël pourrait inviter tous les participants à Tel Aviv, avec des vols charters gratuits entre les aéroports de Gaulle et Ben Gourion, incluant une ou deux nuits d’hébergement offertes.
Cher ? Non, une broutille comparée au prix d’une ou deux ventes chez EurosatoryTA, et puis, pour les visiteurs bénéficiant de notes de frais gouvernementales ou professionnelles, avec tout ce que Tel Aviv a à offrir… Et surtout, revenez l’année prochaine !
De nombreuses entreprises israéliennes, faute de budget pour se rendre en France, bénéficieraient d’une visibilité accrue en exposant à EurosatoryTA. Elles disposent de leurs salles de réunion à proximité pour poursuivre les discussions en privé, ainsi que de nombreux restaurants pour des réunions plus restreintes. Les salons professionnels sont très lucratifs ; s’en voir interdire l’accès est très coûteux. Évitez cette sanction.
Cibler Israël de la sorte est intolérable. Sans réaction, le phénomène ne fera que s’amplifier. Or, ce type de réponse inverse le discours : « Vous excluez Israël ? Nous, on s’en charge, et comme toujours, ce sera encore mieux. » Elle neutralise l’antisémitisme de la manière la plus efficace qui soit, sans avoir à le dénoncer ouvertement, sans chercher d’excuses.
Organiser un salon israélien en même temps que le salon national, c’est aussi penser à l’avenir, car cela rend l’antisémitisme coûteux. Ce n’est pas la première fois que la France organise une telle manifestation ; ces événements remontent à loin, et sans une réaction ferme, ce ne sera pas la dernière. L’EurosatoryTA israélien de cette année ouvre la voie à une nouvelle initiative l’année prochaine, permettant ainsi d’éviter complètement les menaces inévitables. Israël pourrait toujours prendre en charge les vols et l’hébergement, mais ce ne sera peut-être pas nécessaire. Et si vous étiez l’Inde, ou un autre pays ami, travaillant avec des entreprises de défense israéliennes, où choisiriez-vous d’organiser votre salon ? En d’autres termes, une telle action change la donne de manière durable, à plusieurs niveaux.
Mais il faut bien commencer, et la première étape consiste à définir quel genre de Juifs nous sommes en 2026. Montrer à la France qu’Israël ne se laissera pas faire, c’est changer de perspective. Ce n’est qu’un début, et un début prometteur qui pourrait avoir un impact mondial. Plus jamais ça.
Paul Rotenberg vit à Toronto. Il est vice-président du Conseil sioniste de Toronto et rédacteur du bulletin hebdomadaire du TZC, consacré à Israël et au monde juif, disponible à l’adresse [email protected]. Lui et sa femme ont cinq enfants, dont deux sont soldats de Tsahal.
Source
https://www.israelnationalnews.com/news/428256
