Pierre Martinet, ancien agent du service Action de la DGSE – Iran : « Il faut transformer cette contestation en révolution armée pour faire tomber le régime ».

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Entretien réalisé par Frédéric Sroussi
Tribune Juive : Mike Pompeo, l’ancien directeur de la CIA et ancien Secrétaire d’Etat américain lors du premier mandat de D. Trump, a déclaré : « Le régime iranien a des ennuis (…). Bonne année à chaque iranien qui se trouve dans les rues et aussi à chaque agent du Mossad marchant à ses côtés… »
Que vous inspirent ces phrases sans ambiguïté de la part d’un ancien directeur de la CIA ?
Pierre Martinet : Ces propos ont l’air d’être énoncés sous forme d’ironie ou de second degré, mais si vous lisez entre les lignes, c’est certainement du premier degré.
T.J. : Alors, comment le « département action » d’un service secret reconnu pour son professionnalisme peut-il aider un mouvement révolutionnaire qui n’est pas organisé comme cela a l’air d’être le cas en Iran aujourd’hui ?
P.M. : Quand on veut faire tomber un régime pour en mettre un qui nous est plus favorable, il y a plusieurs manières de procéder : Il y a la façon militaire, c’est-à-dire qu’on envahit le pays comme ce qui s’est passé en Irak. On fait tomber le régime, après il se passe ce qui se passe… Ici, je parle de technique, pas de politique. Il y a aussi la possibilité de déclencher un mouvement révolutionnaire. Comment ? Il faut d’abord choisir les bonnes personnes, avoir une figure politique qui est en exil.
T.J. : Donc, en l’occurrence, Reza Pahlavi.
P.M. : Oui. Puis, à partir de là on va extraire du pays des éléments qui pourraient servir à le déstabiliser de l’intérieur dans tous les domaines : politique, économique, technique, médiatique. Ce sont des gens qu’on va pouvoir former puis réinjecter dans le pays visé. Ils agiront dans l’ombre, mais cela prendra beaucoup d’années pour que cela soit effectif. On peut aussi former des gens à la révolution et aux techniques de guérilla, soit dans des bases clandestines sur le territoire du pays même, soit on les forme aux frontières du pays cible, puis on les réinjecte dans le pays, et ensuite on les accompagne pour faire la révolution et pratiquer la guérilla afin de faire tomber le régime.
En l’occurrence ce qui se passe en ce moment en Iran, c’est un mouvement de contestation qui s’est mis en place. Pour l’instant, c’est un mouvement de contestation pacifique. Il n’y a pas d’armes du côté du peuple iranien qui manifeste dans les rues. Les seules armes qui existent sont celles que détiennent les forces de répression du régime. Soit ce mouvement sera tué dans l’œuf et on n’en parlera plus, soit on va pouvoir s’appuyer sur ce mouvement, choisir des leaders, des partisans, les former et faire tomber petit à petit le gouvernement. Techniquement, c’est facile à faire. On a les unités pour le faire. Je prends l’exemple de mon ancien service, le service Action de la DGSE, lors de la guerre du Kosovo : deux personnes du Service Action sont allées exfiltrer les membres de l’UCK (Armée de Libération du Kosovo) pour les entraîner en France, puis on les a réinfiltrés au Kosovo. Donc, on peut aller avec eux sur place lors d’opérations clandestines de sabotage, d’enlèvement ou d’assassinat. Soit on les accompagne avec des groupes clandestins armés, soit on les accompagne avec des conseillers qui iront au combat ou pas, jusqu’au moment où le gouvernement en place tombera et que la révolution gagne.
C’est ce que font tous les services secrets.
Au vu de ce qui se passe aujourd’hui en Iran, il est essentiel de ne pas louper le coche comme cela a été le cas lors des dernières émeutes en 2022. Je m’étais alors dit que ce qui se passait n’arrivait pas par hasard et que des services israéliens, CIA ou autres, devaient être derrière, et puis non, rien ne s’est passé et le régime est resté en place.
Ensuite, quand Israël puis les Etats-Unis ont bombardé l’Iran, je me suis dit qu’il y aurait des opérations spéciales pour faire tomber le régime des mollahs, et là encore il ne s’est rien passé.
Donc, aujourd’hui, ce qu’on peut faire en Iran, c’est d’envoyer des agents clandestins pour aider cette révolution, des conseillers pour essayer de la structurer, de mener des actions concrètes et stratégiques avec parallèlement la livraison d’armes, de munitions et d’explosifs. On les formera dans l’action. On peut transformer cette contestation en révolution armée pour faire tomber les mollahs. Dans une révolution, à un moment, il y aura un point de bascule, c’est-à-dire qu’au sein de l’armée régulière, parmi les généraux, il existe des personnes qui ont certainement été approchées par des services secrets afin qu’à un moment l’armée bascule du côté de la révolution.

T.J. : Un service peut-il provoquer une révolution ou faut-il attendre qu’elle se crée de façon autonome pour ainsi l’accompagner en l’aidant ?
P.M. : Les deux . On peut déclencher une révolution ou s’appuyer sur un mouvement contestataire qui est déjà en place. Il faudra détruire alors des éléments clefs, matériels et humains, pour faire tomber le régime.
T.J. : Mais, avez-vous l’impression, en tant qu’expert, que le mouvement de contestation qui se déroule en ce moment en Iran semble accompagné? Il ne m’apparaît pas structuré.
P.M. : C’est ce que j’allais dire: je trouve aussi que le mouvement n’est pas accompagné. C’est pourtant le moment de le faire !
T.J. : Mais n’est-ce pas déjà trop tard ?
P.M.: Pour le moment, en fait, ce mouvement n’entre pas dans la définition de ce qu’est une révolution, nous sommes dans un mouvement contestataire. Les gens qui font face aux forces du régime iranien ne sont pas armés. Nous ne sommes donc pas encore dans un contexte révolutionnaire. Pour faire une vraie révolution, il faut monter des bases de guérilla, il faut apprendre à tirer, il faut avoir la détermination de tuer ceux qui sont en face, etc.
Maintenant, un mouvement contestataire peut déboucher sur une révolution. Ce qui se passe en ce moment en Iran est selon moi un mouvement moins important que celui de 2022. C’est pour cela que si l’on veut faire tomber le régime, il faut que des équipes des Services Actions du Mossad, de la CIA – peut-être que c’est en train de se faire en ce moment – forment des gens, acheminent de l’armement, des munitions, des explosifs afin de préparer des vrais coups. Ensuite, il y aura une stabilité, car je l’ai dit sur plusieurs plateaux de télé, l’Iran n’est pas la Libye, l’Irak ou l’Afghanistan. Peut-on avoir pire régime qu’une dictature islamique ? Non, car le peuple ne choisira pas de nouveau un régime islamique.
Bien sûr, la transition passera par une phase de chaos.
Maintenant, il reste aussi la solution du coup d’État réalisé par une partie de l’armée, on peut manipuler aussi des généraux.
T.J. Donc, tant que ceux qui contestent ne sont pas armés, il ne peut y avoir de chute du régime des ayatollahs et des Pasdarans. On reste au niveau de la contestation…
P.M. : En effet…
T.J. : Mais, alors qu’attendent les services pour agir ? Ne peut-on pas craindre qu’une réelle décision politique de la part d’Israël ou des États-Unis n’ait pas été prise concernant la République islamique d’Iran ? Rappelons qu’Israël voulait faire tomber le régime pendant la « Guerre des 12 jours » et que c’est Donald Trump qui a empêché Israël d’agir. Trump s’est même vanté d’avoir sauvé la vie de Khamenei « d’une mort atroce »…
P.M. : Oui. Aujourd’hui Trump dit que les États-Unis interviendront si le régime continue de tuer des manifestants, mais il a eu en effet déjà l’occasion de le faire pendant la « Guerre des 12 jours », et il n’a pas agi.
Je le dis clairement : si aujourd’hui on ne transforme pas ce mouvement de contestation en révolution armée pour faire tomber le régime, dans trois semaines, un mois, si ça continue, la contestation va s’essouffler, et puis basta, on n’en parlera plus. On aura encore loupé le coche.
Ou alors, on attend qu’il y ait encore plus de morts parmi les contestataires pour réaliser une intervention de type « Venezuela », mais je n’y crois pas beaucoup car l’Iran n’est pas à la portée des États-Unis comme l’est le Venezuela.
En fait, la seule chose qui fonctionnerait, c’est que les services transforment cette contestation en révolution armée, et que l’armée régulière iranienne – je ne parle pas des Gardiens de la Révolution qui sont peut-être moins manipulables que les militaires – suivent le mouvement. Une fois que tous les Iraniens seront du côté des contestataires, le régime sera mort, et c’est maintenant qu’il faut y aller.
T.J. : Ne pensez-vous pas que le vrai point de bascule serait l’assassinat de l’ayatollah Khamenei, ce que le ministre de la Défense israélien, Israël Katz avait promis pendant la « Guerre des 12 jours » avant que Trump se permette de « siffler la fin de la partie » ?
P.M. : Ce serait la meilleure solution, cela éviterait beaucoup de drames…
Pierre Martinet, merci.
Source Tribune juive

happywheels

3 Commentaires

  1. benjamin dit :

    excellente analyse d un vrai specialiste !et non pas ceux qui perorent a la tele !autoproclamès specialistes!comme par exemple l un de ceux de l IRIS !qui ne cesse bien entendu de clamer que l intervention d israel suivie par l amerique lors de cette guerre des douze jours etait illegale et contraire au droit international !!ce faisant et mine de rien il fait porter le chapeau des troubles a …israel!comme d habitude !analyses identiques ou pires de la part de la LFI eelv et autres officines gaucho islamistes nombreuses en france !et egalement de villepin qui se la joue specialiste lui aussi !!il reve d un discour a l onu dans la meme veine que celui sur l irak!oubliant que villepin n a pas ecrit une seule ligne de ce fameux discour !tout avait ètè preparè par chirac qui lui a recommandè de ne pas changer un seul mot de ce discour !!!!

  2. V dit :

    « 8 janvier 2026 : il faut transformer cette contestation en révolution armée pour faire tomber le régime »
    Voila les belles paroles d’un fonctionnaire français !
    … sauf qu’il ne fait pas du tout référence à la contestation de nos paysans qui crèvent sous la dictature de l’UE mais à une cause lointaine et étrangère.
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    Ce sont ces mêmes donneurs de leçons de morale qui ferment bien fort leur gueule quand on parle gros sous :
    https://www.lesechos.fr/travailler-mieux/vie-au-travail/ces-entreprises-francaises-a-la-conquete-de-liran-1178302
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    « On peut aussi former des gens à la révolution et aux techniques de guérilla »
    Mais surtout pas les français de souche (en l’occurrence les contribuables qui te payent) envahis par des allogènes qui pillent violent et assassinent au quotidien, pensez-donc !
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    « Un agent sort de l’ombre »
    Tu ferais mieux d’y rester ça nous ferait des vacances, honte à toi bite de clown va !
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