Richard Malka : « Mélenchon est le meilleur agent électoral du RN »

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ENTRETIEN. L’avocat dénonce la dérive « passionnément antisémite » de LFI et appelle la gauche démocratique à résister aux compromissions électorales.
PROPOS RECUEILLIS PAR HADRIEN BRACHET ET CLÉMENT PÉTREAULT
Pour Richard Malka, qui dénonce de longue date la dérive de La France insoumise (LFI), ce « mouvement antisémite, violent et antidémocratique », l’entre-deux-tours des municipales est, en miroir, un moment de vérité pour la gauche républicaine. « Va-t-elle abandonner toutes ses valeurs en se comportant comme de vulgaires et veules opportunistes ? », lance l’avocat de Charlie Hebdo qui fustige les alliances des socialistes et des écologistes avec les insoumis à Toulouse, Lyon ou Nantes.
En vue de 2027, le ténor met en garde : « Jean-Luc Mélenchon est le meilleur agent électoral du Rassemblement national (RN) ». « Il faut empêcher l’extrême droite et l’extrême gauche de transformer nos villes en laboratoires d’expérimentation pour des politiques toutes aussi toxiques l’une que l’autre », assène-t-il, appelant à « un front républicain contre le RN et LFI ».
Le Point : Le résultat du premier tour des municipales ne démontre-t-il pas que la stratégie du bruit et de la fureur de LFI fonctionne ?

Richard Malka : Nous sommes entrés dans le temps des radicalités et des démagogues. Si on additionne les extrêmes, c’est le constat d’une faillite du modèle français. Les prochains candidats à la présidentielle devront regarder en face l’ampleur de leur tâche. Mais non, ce n’est pas une surprise que cette stratégie populiste fonctionne. Chez une frange de la population qui souffre et se sent déclassée, elle caresse les mauvaises passions humaines dans le sens de la colère.
Jean-Luc Mélenchon a beau se transformer en comique animant des spectacles antisémites, il conserve son socle de 10 à 12 %. Il le gardera malgré un discours antisémite ou grâce à lui, malgré son discours communautariste ou grâce à lui, malgré avoir fait entrer la violence à l’Assemblée nationale au travers du fondateur d’une milice ou par un député qui frappe dans un ballon à l’effigie de la tête d’un ministre, ou grâce à cela. Et ça n’arrive pas dans un pays de dictature, de misère ou d’oppression religieuse mais dans un des rares pays au monde où la santé est gratuite, où la redistribution atteint des niveaux inégalés, où les libertés sont ultra-protégées ou la démocratie est installée, même si tout est loin d’y être parfait.
Le vote LFI, comme le vote RN sont le symptôme des défaillances et des paresses politiques depuis quarante ans sur à peu près tous les sujets, qu’il s’agisse de la définition du modèle social, des inquiétudes sur l’identité, de l’abandon de la méritocratie dans l’enseignement, de celui du modèle laïc et universaliste, de la désindustrialisation, de la destruction de notre agriculture et surtout de l’absence de grand dessein. La question n’est plus de cerner ce qu’est LFI, on le sait. Il s’agit désormais de savoir comment l’autre gauche va se comporter et en cas de compromission, comment le centre va résister.
Pour LFI, le fascisme commence à François Hollande et les juifs, ils sont tous « des soutiens du génocide ».
CHRISTIAN ESTROSI
Pourtant, vous êtes de ceux qui ont œuvré à qualifier clairement la dérive de LFI. Tout cela était donc vain ?
Non, car les masques sont tombés et nous avons gagné le droit de dire que LFI est un mouvement passionnément antisémite, violent et antidémocratique. Le préalable pour combattre une violence est de pouvoir la nommer mais cela ne suffit pas. Désormais l’enjeu est ailleurs. Comment va se positionner la gauche démocratique, non violente et non antisémite ? Va-t-elle abandonner toutes ses valeurs en se comportant comme de vulgaires et veules opportunistes ?
N’est-ce pas ce qui est en train de se produire à Nantes, Avignon ou Toulouse ?
Il y a une fracture au sein de cette gauche entre ceux qui ont des valeurs et du courage et ceux qui sont prêts à n’importe quoi pour un strapontin. Il y a ceux qui résistent comme Michaël Delafosse à Montpellier, Benoît Payan à Marseille, Emmanuel Grégoire à Paris, Nicolas Mayer Rossignol à Rouen et François Hollande, Raphaël Glucksmann ou Jérôme Guedj au niveau national.
Mais, oui, il y a aussi les arrivistes, les Olivier Faure et les Pierre Jouvet, prêt à toutes les hypocrisies. On ne comprend plus rien à ce qu’ils disent. Qu’à Lyon, dans la ville de Jean Moulin, écologistes et socialistes s’allient avec LFI, le parti des jeux de mots et des affiches antisémites ou des calembours sur les Juifs et les fours, sans même réclamer d’éclaircissements, c’est misérable. Mais le pire, c’est Toulouse. C’est la ville où Mohammed Merah a massacré des enfants Juifs de 3, 6 ou 8 ans. J’ai encore en tête les propos complotistes de Jean-Luc Mélenchon sur ces attentats, les faisant passer pour un complot du système. Que des gens, osant se prétendre de gauche, puissent s’associer avec son parti pour faire barrage, non pas à un candidat du RN, mais à un maire centriste, républicain et modéré, c’est le comble de l’avilissement. Ces « socialistes » se salissent et j’espère qu’ils auront la défaite en plus du déshonneur.

Justement, que vous inspire cette idée de « front antifasciste » réclamée par LFI ?
Les mots n’ont plus aucun sens à force d’être utilisés à tort et à travers. Pour LFI, le fascisme commence à François Hollande ! Quant aux Juifs, ils sont tous « des soutiens du génocide ». C’est avec cet univers mental que le PS s’associe ? Ce sera une tache qui ne s’effacera pas et dont il ne se remettra pas. Mais mettons de côté la morale et la conscience que certains n’ont plus… Comment les socialistes et les écologistes de la compromission font-ils pour ne pas comprendre que leur survie passe par une opposition frontale à LFO, quitte à perdre une élection, plutôt que par une piteuse soumission à un parti qui ne cesse de les insulter, de les qualifier de traîtres, pour mieux les culpabiliser et au final les phagocyter ? L’attitude de la gauche, cette semaine, sera déterminante pour son avenir. C’est un moment de vérité et de clarification et si elle doit exploser et se disloquer, alors qu’il en soit ainsi. Il faut que l’on sache pour qui on vote.
De quand date, selon, vous le début de la dérive de Jean-Luc Mélenchon ?
Cela a commencé très tôt. Dès son départ du PS en 2008, Jean-Luc Mélenchon a entamé sa dérive. Mais il y a eu une période charnière, vers 2017, où l’on a vu Jean-Luc Mélenchon hésiter entre un discours communiste à l’ancienne, à la limite d’une ligne anti-immigrationniste, et la dérive essentialiste pour récupérer les 600 000 électeurs dans les quartiers populaires qui lui avaient manqué pour arriver au second tour de la présidentielle. Quelque chose se cristallise à ce moment-là. La marche contre l’islamophobie de 2019, initiée notamment par le Comité contre l’islamophobie en France, a été un moment visible de rupture, mais la bifurcation est antérieure.
Que dit le tournant de Mélenchon de sa vision des quartiers populaires ?
Sa vision est totalement essentialiste. Mélenchon a tendance à considérer que pour parler aux musulmans, il faudrait leur tenir un discours pro-islamiste. C’est là l’expression d’un racisme. Il considère que les musulmans sont par essence sensibles à des thèses antisémites et qu’il faut les leur servir. Les quartiers populaires sont pour lui une matière électorale. Il est l’idiot utile de l’islamisme. Or, ce sont toujours les plus fanatiques, c’est-à-dire l’islam politique, qui finit par l’emporter. En communautarisant son discours politique, Jean-Luc Mélenchon actionne des forces dévastatrices qu’il ne pourra plus contrôler.

Faut-il un « front républicain » contre LFI, aussi structuré que celui qui s’est constitué autour du RN ?
Il faut un front républicain contre le RN et LFI qui soit tout aussi puissant. Nous avons besoin d’un humanisme radical des partis du centre. Cela manque terriblement. J’ajoute que lorsque les extrêmes progressent, à la fin, c’est toujours l’extrême droite qui gagne.
Autrement dit, dans sa logique de grande confrontation entre « eux » et « nous », Jean-Luc Mélenchon en vient à œuvrer pour la victoire du RN en 2027 ?
Jean-Luc Mélenchon est le meilleur agent électoral du RN ! Un travail de recomposition politique doit être entamé. Les hommes et les femmes de raison devraient se dire que coûte que coûte, il faut empêcher l’extrême droite et l’extrême gauche de transformer nos villes en laboratoires d’expérimentation pour des politiques toutes aussi toxiques l’une que l’autre.
SOURCE
LE POINT

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