« Un Iran nucléaire est une menace pour la sécurité du monde »

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EXCLUSIF. Le ministre israélien du Renseignement Yuval Steinitz livre au Point.fr ses attentes concernant les ultimes négociations sur le nucléaire iranien.

Propos recueillis par ARMIN AREFI
À moins de deux semaines de la possible signature d’un compromis final sur le nucléaire iranien, Israël monte au créneau pour avertir des dangers d’un accord a minima entre la communauté internationale et la République islamique. De passage à Paris pour rappeler à ses homologues français les attentes de l’État hébreu sur cet épineux dossier, Yuval Steinitz, ministre israélien du Renseignement, des Affaires stratégiques et des Relations internationales, a confié dans une interview exclusive au Point.fr son pessimisme. Une discussion franche et directe, hors des traditionnels sentiers diplomatiques.

Le Point.fr : Qu’attendez-vous de la France sur le dossier du nucléaire iranien ?
Yuval Steinitz : J’ai rencontré vendredi Laurent Fabius et ensuite Jacques Audibert (conseilleur diplomatique de François Hollande, NDLR), comme je l’ai fait avec les Anglais et les Américains. Mais sur ce dossier, la France a un rôle très important. Laurent Fabius et Jacques Audibert sont deux personnes très courageuses qui ont apporté des changements positifs dans l’accord intermédiaire (signé en novembre 2013, NDLR). Il y a un an jour pour jour, à l’approche du dernier round de négociations, il y avait déjà un accord préalablement négocié sur la table (entre Iraniens et Américains, NDLR). C’était un désastre, mais comme nous ne pouvions pas tout changer, j’ai personnellement discuté avec les différents chefs de la diplomatie, pour les convaincre de forcer les Iraniens à abandonner l’enrichissement d’uranium à 20 % (seuil à partir duquel il est possible d’accéder à la bombe atomique, NDLR), ainsi que d’arrêter leur réacteur à eau lourde. On nous a répondu que c’était impossible, qu’un accord allait être signé. Les seuls qui nous ont pris au sérieux et ont insisté sur le fait qu’il n’y aurait pas d’accord sans la modification de ces deux points étaient les Français. Un mois plus tard, tout le monde était en colère contre eux, et contre moi, mais les Iraniens ont finalement accepté les demandes françaises. C’était vraiment appréciable.
Vous avez donc indirectement participé aux négociations ?
Nous ne sommes pas membre des 5 + 1 (les cinq membres permanents du Conseil de sécurité de l’ONU et l’Allemagne, NDLR). Israël est un très petit pays. Ce n’est pas une superpuissance et nous ne sommes même pas membre du Conseil de sécurité. Mais je pense que tous les participants comprennent qu’un Iran nucléaire est une menace pour la sécurité du monde pour les décennies à venir. Même s’il y a d’autres dossiers urgents comme les guerres en Irak et en Ukraine, c’est la priorité numéro un. L’Iran est le seul pays dont les leaders parlent de détruire et d’annihiler Israël. Donc tout le monde comprend qu’il faut nous écouter, car nous sommes le pays le plus directement menacé par l’Iran. D’autre part, nous possédons beaucoup de renseignements sur la République islamique, y compris certaines informations dont ne disposent pas les autres. Bien que nous n’ayons pas de statut formel (au Conseil de sécurité) et que, naturellement, nous ne pouvons pas dicter notre position aux pays du 5 + 1, nous possédons une influence très modérée mais significative sur ces pays.

Mais votre prédécesseur, Dan Meridor, n’a-t-il pas admis qu’Ahmadinejad n’avait jamais appelé à rayer Israël de la carte ?
Nous, Juifs, apprenons de notre triste histoire et prenons au sérieux tout ce que nous disent nos ennemis. Avant l’Holocauste, les gens nous affirmaient que le discours d’Hitler et des nazis n’était que de la rhétorique. Concernant les déclarations d’Ahmadinejad, si l’erreur de traduction provient des médias officiels iraniens, c’est bien qu’ils ont voulu faire passer un message. Les leaders iraniens répètent qu’Israël n’a pas le droit d’exister, que cet État est une terrible erreur qui devrait être corrigée. Cela sonne comme la rhétorique nazie des années quarante, et nous y sommes très sensibles.
Souhaitez-vous vraiment qu’il y ait un accord final sur le nucléaire iranien ?
Nous souhaitons un accord, mais à la condition qu’il soit complet et satisfaisant. Comme l’a rappelé Barack Obama, ne pas obtenir d’accord est meilleur qu’un mauvais accord. Et ce qui est actuellement sur la table est un mauvais accord. Et s’il n’y a pas de changement significatif de la position iranienne dans les deux semaines à venir, alors il n’y aura pas d’accord.

Quels sont les points qui vous gênent ?
À peu près tous. La question la plus importante est celle de l’enrichissement d’uranium : la meilleure façon pour l’Iran de développer la bombe dans les six ou sept prochaines années. Notre position initiale était que l’Iran ne devait pas avoir du tout de capacité d’enrichissement d’uranium. Un bon accord répondrait à la formule suivante : oui au nucléaire civil, non à l’enrichissement d’uranium. C’est très rationnel, car la plupart des pays qui développent leur industrie nucléaire civile n’enrichissent pas d’uranium.
Mais les réformateurs iraniens arguent que le Traité de non-prolifération nucléaire leur offre ce droit. En outre, ils ne pourront se permettre de rentrer au pays sans cette victoire…
Le problème, avec l’enrichissement, c’est qu’il a toujours un usage double. Dans la situation actuelle, le « breakout time », c’est-à-dire la période de temps nécessaire à l’Iran pour produire une bombe, est la clé du dossier. Si je me mets dans la tête d’un leader iranien, et me demande si je me lance dans la course à la bombe ou non, le dilemme serait le suivant : s’il ne faut qu’un an, alors cela prendrait au moins six mois aux Occidentaux pour détecter mon objectif et encore six mois ou un an pour convaincre le monde de remettre le système de sanctions en place. Donc, après un an et demi, j’aurais déjà acquis la bombe et le monde n’aura d’autre choix que de l’accepter. Au contraire, s’il me faut au moins trois ou quatre ans pour acquérir la bombe, cela serait beaucoup moins tentant.
Mais cela ne fait-il pas au moins quinze ans que les services de renseignements occidentaux affirment que l’Iran aura la bombe « dès l’année prochaine » ?
J’y viendrai, mais laissez-moi conclure sur l’enrichissement. Ce qui dicte le « breakout time », c’est le nombre opérationnel de centrifugeuses autorisé par l’accord final, le volume de stock d’uranium déjà faiblement enrichi, et enfin ce qui arrivera aux centrifugeuses restantes. Or, jusqu’ici, les Iraniens n’ont fait de concession que sur le stock d’uranium faiblement enrichi. En outre, la question la plus importante est toujours non résolue : la possible dimension militaire de leur programme nucléaire. L’Agence internationale de l’énergie a déclaré dans son dernier rapport que l’Iran ne coopérait pas et que les Iraniens continuaient de cacher leurs expériences militaires sur les dix à vingt dernières années. Pour l’heure, le choix n’est donc pas entre un bon ou un mauvais accord, mais entre un mauvais accord et pas d’accord du tout. Je demande (aux grandes puissances) de ne pas signer un mauvais accord avec l’Iran juste parce qu’il y a d’autres problèmes en Irak.

Après l’affaire du « chickenshit », peut-on dire qu’il y a une fissure dans l’alliance entre les États-Unis et Israël ?
Pas du tout. Il y a eu quelques incidents qui auraient dû être évités. Certains malentendus et peut-être de mauvaises expressions, de notre côté et peut-être aussi du côté américain. Mais le plus important est que la Maison-Blanche et le département d’État se sont immédiatement désolidarisés de ces propos. Je peux vous dire qu’entre nous, les relations ne sont pas bonnes : elles sont très bonnes. Si nous avons parfois des différences d’approches, par exemple sur l’accord intérimaire, cela n’a aucun impact sur notre amitié et notre coopération stratégique. Le dialogue s’est même davantage développé avec les États-Unis au cours des dernières années, avec la bénédiction de Barack Obama.
Mais la récente lettre de Barack Obama au Guide suprême iranien, selon laquelle une coopération avec l’Iran contre les djihadistes de l’organisation État islamique était possible à condition de signer un accord sur le nucléaire, ne vous dérange-t-elle pas ?
Tout d’abord, la Maison-Blanche n’a pas confirmé l’envoi de cette lettre (elle ne l’a pas démenti non plus, NDLR). Si cela est vrai, alors je pense pour ma part que c’est une erreur d’établir un lien entre le programme nucléaire iranien et toute autre question, notamment le combat contre Daesh (acronyme arabe de l’organisation État islamique, NDLR).
Mais ces deux pays ne combattent-ils pas déjà le même ennemi en Irak ?
Je ne veux critiquer personne, mais c’est une erreur de développer l’idée selon laquelle l’Iran pourrait utiliser d’autres événements au Moyen-Orient pour obtenir un meilleur accord sur le nucléaire. Que les Iraniens pourraient utiliser cette carte pour n’offrir aucune concession dans les négociations. Car la menace nucléaire iranienne pèse sur le futur du monde.

Pensez-vous vraiment qu’un Iran nucléaire jetterait immédiatement sa bombe sur Israël ?
Je ne peux pas vous le dire. Mais cela changerait le monde. Car un Iran nucléaire posséderait une dizaine ou peut-être même une centaine de bombes d’ici à peine dix ans. Et ce pays disposant déjà de missiles de très longue portée, il pourrait atteindre Paris et Londres dans deux ou trois ans, et même les États-Unis dans quatre ou cinq ans. Ce que les gens ne comprennent pas, c’est que l’Iran investit des milliards dans le développement de telles armes, malgré ses problèmes économiques. Et s’ils n’utilisent pas ces missiles, ils emploieront à coup sûr la menace.
Mais ne pensez-vous pas que la République islamique souhaite utiliser cette puissance militaire à des fins dissuasives, notamment dans sa guerre froide qui l’oppose aux puissances sunnites du Golfe ? En outre, si l’Iran avait eu la bombe en 1980, jamais Saddam Hussein ne l’aurait envahi…
Laissez-moi à nouveau revenir à l’histoire. Beaucoup de juifs estiment que la tension et l’animosité actuelles dans le monde sont encore plus fortes que celles entre les nazis et l’Occident avant la Seconde Guerre mondiale. Et il serait stupide de se focaliser uniquement sur les juifs. Et si ce que vous dites est vrai, alors pourquoi l’Iran finance-t-il et arme-t-il non seulement le Hezbollah (chiite) au Liban, mais aussi des groupes djihadistes sunnites comme le Hamas et le Jihad islamique ?
lire l’article du POINT en cliquant sur le lien ci-après

http://www.lepoint.fr/monde/un-iran-nucleaire-est-une-menace-pour-la-securite-du-monde-12-11-2014-1880464_24.php


Le Jihad islamique à Téhéran

happywheels

1 Comment

  1. Debby

    14 novembre 2014 at 12 h 03 min

    Ils devraient developper leur pays resté à l’âge de pierre avant de penser au nucléaire et faire chier le monde, sachant que c’est uniquement dans le but de détruire Israël…Je leur souhaite tous le malheur du monde !

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