Des lettres de juifs datant de 1945 refont surface à Nice

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Germaine a retrouvé dans le bazar d’un brocanteur de Saleya une correspondance entre deux familles juives entre juin 1945 et janvier 1946. Elle a recherché… et retrouvé les enfants
C’est un lundi comme tous les autres sur le cours Saleya. Jour de brocante. Un lundi qui respire les années passées, la poussière et les vieilles jolies choses. Germaine, fait un petit tour, comme d’habitude. Son mari est brocanteur.
Elle flâne, farfouille, furète. Elle aime ça.
Un détour chez ce brocanteur, connu de tous, qui renverse, chaque lundi, son impressionnant et hétéroclite bric-à-brac sur un grand drap à même le sol.
« Sur ce drap, vous trouvez des vieux disques, des bouts de tissu, des pièces de voitures, des trucs improbables », raconte cette Niçoise, qui habite le boulevard Gambetta.
Un lundi de chine comme les tous les autres, donc… Mais ses yeux sont soudain attirés par une photo de « bar mitzvah ». De confession juive, elle est viscéralement attirée par le cliché jauni par les années.
« Juste à côté, je vois des lettres. Je les prends, et je m’arrête sur la date : le 15 juin 1945. Je la lis en diagonale.Ça parle de boche, de Varsovie, de juif, de déportation. Je suis très touchée forcément, c’est ma confession ».
Pour quelques euros, « une somme tellement dérisoire », dira-t-elle, le vendeur, lui laisse, sans sourciller, la petite pile de papiers dactylographiés.« Je lui demande même où il les a trouvées, mais il ne sait même pas me répondre »
« La Pologne est restée un cimetière »
Germaine repart chez elle, avec ces « pépites » chargées d’histoires, d’Histoire.
Elle a des tranches de vie, de mémoire, entre ses mains.
« Je me suis précipitée pour les lire. C’était incroyable », raconte encore Germaine, emballée, touchée.
Elle est en train de découvrir la correspondance – de juin 1945 à janvier 1946 – de deux familles juives niçoises. Deux couples, de niveau social différent, mais qui sont devenus très proches, car les deux épouses jouaient ensemble au bridge.
Ce sont deux familles d’origine polonaise…
Petit à petit, Germaine se familiarise avec les Rodzen et les Zjelinski*.
Les Rodzen, Maurice et Katia, sont partis en 1941 s’installer à Los Angeles. « Cela m’a fait penser à cette phrase terrible, mais si vrai : les pessimistes sont partis aux États-Unis, les optimistes ont fini dans les chambres à gaz ».
Les Zjelinski, Jeff et Sarah, n’ont jamais quitté Nice.
Dans ces lettres, tapées à la machine et corrigées à la main, les deux « vieux » copains se donnent de leur nouvelle. Ils évoquent les juifs qui ont disparu, ceux qui sont revenus. Ceux dont ils ont perdu la trace…
Les deux amis parlent, avec un réalisme presque froid, du ghetto de Varsovie, des camps de la mort, du rationnement, de la machine infernale nazie.
« La Pologne est restée un cimetière », écrit par exemple Maurice. Ou bien : « Hitler a bien tenu parole en ce qui concerne son entreprise d’anéantissement ». Encore : « le mari de Hella a été martyrisé à Auschwitz, Irène est la seule à être sauvée et de désespoir elle s’est jointe à l’underground polonais ».

Ils évoquent aussi le manque de tout.
Dans les lettres, on apprend que la famille Rodzen envoie régulièrement des colis aux Niçois. Avec de la graisse, du riz, de la viande en boîte, du fil à priser….
Le rationnement, mais aussi les aigrefins, les profiteurs, les charognards…
La spoliation se découvre dans leurs missives. Dans chacune des lettres retrouvées, Max s’inquiète de ses biens restés en France.« J’ai lu dans les journaux français de New York, que toute propriété mobilière et immobilière qui aurait été vendue pendant l’occupation sans l’accord des propriétaires ou sous pression devait être restituée à son propriétaire légitime »,écrit-il.
« Il me semble que nous devrions exiger tous nos meubles car ils ont été vendus contre nos volontés. Je sais en particulier que l’administration de Vichy a vendu mes tapis. Je n’ai jamais touché un sou »,ajoute-t-il encore.
Des biens, de l’argent que bien sûr ils ne reverront, ne toucheront jamais.
Germaine a fait lire ces lettres autour d’elle. Comme autant de témoignages d’un passé que certains essaient aujourd’hui de nier.
« Lors de l’une de nos fêtes, j’ai rencontré le président du comité Yad Vashem de Nice. Je lui ai demandé si ça pouvait l’intéresser. Il n’en revenait pas. Chaque témoignage est un fil supplémentaire à tirer pour en apprendre plus sur l’histoire. Surtout, il m’a demandé si ces gens avaient des descendants. Je n’en savais rien ».
Un déclic, Germaine, s’est lancé, alors à la recherche des fils, filles, petits-enfants des familles Rodzen et Zjelinski…

lire l’article de NICE MATIN en cliquant sur le lien ci-après

http://www.nicematin.com/nice/des-lettres-de-juifs-datant-de-1945-refont-surface-a-nice.2082043.html

happywheels

3 Commentaires

  1. Françoise SAADOUN

    29 janvier 2015 at 15 h 41 min

    il faut partager avec vos amis, les noms pourraient peut-être inspirer quelqu’un?

  2. Cathy

    29 janvier 2015 at 20 h 34 min

    Je n’oublierai jamais cette sale période – elle est gravé dans ma mémoire – je n’étais pas née à cette époque – plus jamais ça…. Comment a-t-on pu laisser faire une chose pareille !!! Je pense à la Shoa… Les forces du Mal étaient derrière tout ça.

  3. azziz

    30 janvier 2015 at 8 h 54 min

    N oublions jamais

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