La mort solitaire de Sarah Halimi

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Par Anne Rosencher
Par bien des aspects, l’affaire de cette sexagénaire juive assassinée a été révélatrice de graves maux français. Au fond, appelons cela un scandale.
Kobili Traoré a tué Sarah Halimi. Dans la nuit du 4 au 5 avril 2017, rue de Vaucouleurs, à Paris, le jeune homme a tout d’abord roué de coups sa voisine juive de 65 ans. Pendant d’interminables minutes, il a frappé le corps de la sexagénaire, martyrisé ses chairs réconfortantes de grand-mère menue. Et tandis qu’il s’acharnait, les voisins l’ont entendu crier : « Que Dieu me soit témoin » ; « C’est pour venger mes frères », puis « Allah Akbar ». Et quand le corps de Sarah Halimi n’a plus été qu’hématomes dans une chemise de nuit blanche, Kobili Traoré l’a saisi par les poignets, l’a posé sur la rambarde du balcon, et fait basculer du troisième étage. C’est infiniment triste ; ça tord le coeur. Mais ce n’est pas le moment de pleurer.
Koboli Traoré avait 27 ans à l’époque. Il fumait beaucoup de pétards, zonait entre petits séjours en prison et travaux d’intérêt général, fréquentait sporadiquement la mosquée du coin – la mosquée Omar -, un endroit connu alors pour être un lieu du salafisme radical. Le jour même, il y était allé deux fois, avant de se défoncer au haschich avec un voisin chez qui il s’est endormi, puis réveillé, entamant une macabre déambulation. Très vite, le voisinage a appelé la police. Et très vite, la police est arrivée. Mais pendant que Kobili Traoré rouait de coups Sarah Halimi, les trois agents de la BAC ne sont pas intervenus. Craignant un attentat islamiste, ils attendaient des renforts. Quand ils ont fini par l’interpeller, une heure dix après leur arrivée, il était trop tard. C’est glaçant ; ça tord le coeur. Mais ce n’est pas le moment de pleurer.
Pour vivre ensemble, vivons séparés
Sarah Halimi était une directrice de crèche retraitée et divorcée. Née en 1951 à Nogent-sur-Marne, elle avait emménagé dans l’immeuble HLM de la rue de Vaucouleurs avec ses trois enfants, dans les années 1980. Un quartier « qui a commencé à se transformer il y a une quinzaine d’années », déplorait une voisine de Sarah Halimi, dans le livre que Noémie Halioua a consacré à l’affaire*. Cette voisine, une Française d’origine kabyle, une artiste qui peint des nus, confiait s’y sentir menacée, comme abandonnée à la minorité intolérante qui entend imposer sa loi à la majorité apeurée. En off, certains bailleurs sociaux confient que, pour des raisons de sécurité, une Sarah Halimi ne serait probablement pas logée aujourd’hui dans un immeuble comme celui de la rue de Vaucouleurs. Pour vivre ensemble, vivons séparés. C’est désespérant, et ça tord coeur, mais ça n’est pas le moment de pleurer.
Après l’assassinat de Sarah Halimi par Kobili Traoré, les médias n’ont quasiment pas réagi, et pas enquêté. Le crime avait eu lieu dans l’entre-deux tours de la présidentielle. Quand, plus tard, est venu le moment de l’introspection, certains ont argué qu’ils avaient craint de monter un fait divers en épingle dans une période politiquement volcanique ; d’autres ont fait valoir une nécessaire prudence face à des interprétations possiblement paranoïaques de la part de la famille… En matière de journalisme, la prudence est toujours salutaire ; mais l’enquête aussi. Seule la presse communautaire a d’abord traité du crime et des questions qu’il posait. Jusqu’à ce que L’Express et Le Figaro sortent, un mois et demi plus tard, les premiers articles fouillés. Un mois et demi plus tard. Ça fait réfléchir et ça tord le coeur, mais ce n’est pas le moment de pleurer.
Rebondissements illisibles
L’instruction judiciaire qui a suivi le meurtre de Sarah Halimi donne le tournis, comme le montre notre enquête. Rebondissements illisibles sur les chefs d’inculpation, refus répétés d’organiser une reconstitution du crime, rapports exécrables entre la juge et les avocats des parties civiles… rien, dans cette affaire, ne semble avoir été propice au déroulé apaisé d’une nécessaire justice. Le 19 décembre dernier, au terme de trente-deux mois de procédure, et après mandat d’une troisième expertise psychiatrique (toutes n’ont pas conclu la même chose), la cour d’appel de Paris a rendu son arrêt : Kobili Traoré a été déclaré irresponsable pénalement, car la prise de stupéfiants aurait déclenché chez lui une bouffée délirante. « On peut défendre les deux conclusions. C’est un choix d’interprétation subjective », nuance pourtant aujourd’hui le responsable de la troisième et dernière expertise, le docteur Roland Coutanceau, auprès des journalistes de L’Express. C’est à n’y rien comprendre, et ça tord le coeur. Le sang a séché, la famille a déménagé, l’antisémitisme a continué de flamber. Sur décision de la justice, l’assassin ne sera pas jugé.
Maintenant, c’est le moment de pleurer.
Les lecteurs familiers de l’oeuvre de Bob Dylan auront remarqué que la construction de cette chronique est un hommage revendiqué à The Lonesome Death of Hattie Carrol.

Source :
https://www.lexpress.fr/actualite/societe/la-mort-solitaire-de-sarah-halimi_2114530.html

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7 Commentaires

  1. benjamin

    14 janvier 2020 at 12 h 31 min

    la mort solitaire de cette brave femme juive est effectivement pathetique ! le coupable IL FAUT LE TUER c est tout !qu il crève !

  2. Claude

    14 janvier 2020 at 14 h 09 min

    Un tel drame, un tel scandale , une telle horreur, une injustice flagrante ne peut rester impuni . cela est inconcevable et impardonnable

    je ne sais si ce monstre est toujours hospitalisé, d’après ce que j’ai compris, il ne va pas y séjourner longtemps, donc il sera libre , libre de jouer à nouveau la comédie , libre d’insulter, de torturer à mort une autre malheureuse, juive de préférence .

    Mais il est impossible de le laisser à nouveau continuer sa petite vie tranquille d’assassin dangereux parcourir nos rues , et je souhaite et j’espère que quelqu’un fera en sorte que la JUSTICE passe.

    Il est temps de remettre de l’ordre dans ce pays , et à n’importe quel prix, de ne plus laisser courir ces assassins odieux , qui ont fort bien compris comment échapper à la justice , si toutefois on peut encore appeler cela « justice », il suffit de prendre quelques bouffées d’une drogue et le tour est joué

    Cela ne me tordra pas le cœur et ne me donnera aucune envie de pleurer .

  3. Rosa SAHSAN

    14 janvier 2020 at 14 h 46 min

    je l’ai écrit et je le réécrit. La seule qui dès le lendemain de ce drame fut Marine Le Pen qui dénonça un acte antisémite.
    Mais il ne fallait surtout pas en parler pour ne pas gêner l’ascension du petit macron.
    ROSA

  4. jlmsika

    14 janvier 2020 at 16 h 38 min

    Ce rapprochement avec la magnifique ballade chantée par Bob Dylan est très émouvant. Merci à l’auteur de l’article!

  5. vrcngtrx

    14 janvier 2020 at 17 h 38 min

    « Sur décision de la justice, l’assassin ne sera pas jugé. »
    Sur décision de la quoi ?

    • STOP OU ENCORE

      24 janvier 2020 at 1 h 26 min

      comme quoi,,,en alfrance ,,,le droit de tuer et la folie sont libres.

  6. claire Haffner

    18 janvier 2020 at 22 h 54 min

    C’est écoeurant. Voilà ce que je ressens, moi qui ne suit pas membre de la communauté juive, mais une religieuse catholique qui aime Israël… qui m’a tout donné : je le répète souvent aux gens, Jésus lui-même l’a dit « le salut vient des juifs », Israël m’a donné tout ce qui est le plus important pour moi. Je suis cette affaire depuis le début parce que je lis « tribune juive » et « europe-israël », et je suis écoeurée, et quelque part j’ai honte de mon pays. Ce qui est arrivé à Madame Halimi est inacceptable ici mais on finit par penser qu’on est de nouveau sous le régime de Vichy, tout est permis contre les juifs. Je suis scandalisée. Je prie tous les jours pour Israël, pour la paix sur votre terre où vous êtes chez vous, et je dis les psaumes en hébreu. J’y ai passé trois années, les plus belles de ma vie, et j’avais pris l’habitude d’aller prier les psaumes avec Israël au Kotel.
    Que l’Eternel vous garde tous, et que Mme Halimi repose en paix en attendant la résurrection. Soeur Claire

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