« L’audience de Tariq Ramadan auprès des musulmans a fondu comme neige au soleil »

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Par Claire Chartier,
En publiant « Devoir de vérité », Tariq Ramadan cherche à reconquérir les musulmans. Lesquels, dont l’islamologue Haoues Seniguer, jugent son attitude scandaleuse.
L’islamologue Haoues Seniguer, maître de conférences à Science Po Lyon et chercheur au laboratoire Triangle (ENS-CRNS)* , analyse l’effet produit par la publication du livre de Tariq Ramadan, Devoir de vérité (Presses du châtelet) auprès de la communauté musulmane. Le prédicateur s’y défend à nouveau de toutes les accusations qui lui valent d’être mis en examen pour viol.
L’Express : Comment les musulmans ont-ils accueilli Devoir de vérité?
Haoues Seniguer : Beaucoup manifestent une forme de stupéfaction face à cette prise de parole. Ils s’attendaient à un examen de conscience, à une autocritique réelle et non feinte, notamment sur le hiatus entre la norme religieuse que Tariq Ramadan a prescrite pendant des années et son comportement privé, désormais exposé au grand jour et qu’il reconnaît en partie. Or, ce livre est tout le contraire. Ils auraient aussi apprécié que l’ancien prédicateur ne fasse pas la promotion de son ouvrage pour un aussi improbable qu’indécent retour en grâce. Au lieu de quoi, Ramadan semble vouloir revenir sur le devant de la scène comme s’il ne s’était rien passé, ce qui est jugé intolérable, sinon scandaleux, par beaucoup de musulmans, y compris ceux qui lui furent les moins hostiles. C’est dire.
Conserve-t-il une part d’audience auprès des musulmans?
Son audience a fondu comme neige au soleil, sinon pour les nouvelles compromettantes le concernant. Il a ouvert un site internet, joue à fond les réseaux sociaux, espérant justement une éventuelle reconquête de ses anciens fans, disciples ou sympathisants … Ce sont des outils, par excellence viraux, qui permettent de se donner un poids, ou l’illusion d’un poids, que l’on n’a pas ou plus forcément. Il tente ainsi de glaner des supports chez les antiracistes en jouant la carte de l’islamophobie, et en utilisant les éléments de langage des Indigènes de la République ou des organisations de lutte contre l’islamophobie : il parle de racisme d’État, d’islamophobie d’État, et va, comble de l’indécence et du narcissisme malséant, jusqu’à se comparer au capitaine Dreyfus.

À ce propos, il y a depuis de nombreuses années chez Tariq Ramadan une forme de « complotite » qu’il parvenait au moins en partie à masquer au moyen de ses effets de manche rhétorique. Feiza Ben Mohamed, figure de la lutte contre l’islamophobie qui apparaît parfois aux côtés de Marwan Muhammad, semble lui apporter un soutien à peine voilé sur les réseaux sociaux, en estimant que sa vie privée, fautive, doit être en quelque sorte dissociée de son message. Mais elle est, il faut le dire, bien l’une des rares personnes visibles sur le net à se manifester en ces termes, volontairement elliptiques d’ailleurs, précisément pour ne jamais donner l’impression de le soutenir complètement.
Le fait que la fédération Musulmans de France (ex-UOIF) se soit dite publiquement « choquée par l’écart béant entre les dires et les comportements de [Tariq] Ramadan », est un signal très fort du discrédit qui touche de plein fouet le prédicateur. L’organisation ne publie quasi jamais de communiqués pour lâcher en rase campagne l’un des siens ou « un Frère » puisque l’habitude est davantage de laver le linge sale en famille.
Et ses compagnons de route ?
Après avoir piloté son comité de soutien, Yamin Makri, l’un de ses plus proches amis, l’a lâché au vu de révélations qu’il a trouvées aussi choquantes que déstabilisantes. Au centre Tawhid, à Saint-Denis, où un appartement était mis à sa disposition lors de ses passages en région parisienne, les responsables l’ont déclaré persona non grata. Lui refuse à ce jour de déménager les lieux. La maison d’édition reliée au centre a retiré ses ouvrages de son catalogue. Tout cela atteste une défiance majeure de la part des musulmans engagés, qui se sentent trahis par un personnage qu’ils ont beaucoup défendu et assurer la promotion, sans faillir, dans l’Hexagone.

Ils semblent réduits à son cercle familial : son épouse, sa fille, très active sur Twitter et son frère, Hani, directeur du Centre islamique de Genève, qui fait même une promotion intense du livre de son frère, alors que, autrefois, le même Hani n’a pas hésité à justifier la lapidation pour la femme adultère. Il fait également complètement fi de la dernière déclaration publique de son frère Tariq, lequel n’a pas hésité à instrumentaliser les sources religieuses pour son propre compte en décrétant que la sodomie était permise selon certains avis musulmans, et on se demande bien à quelle autorité religieuse il s’est référé pour dire une chose pareille.
Certains le considèrent même comme un pervers narcissique, après avoir eu connaissance de son goût pour les rapports violents avec les femmes, indépendamment du fait qu’il soit coupable ou non de viol. Selon son argumentaire, c’est lui qui devrait pardonner à celles qui l’accusent, ce qui relève du renversement total du schéma accusatoire. Au fond, lui serait innocent et victime d’un acharnement de la part d’une coalition d’ennemis, et les femmes, des tentatrices doublées de manipulatrices. Ce narcissisme exacerbé choque énormément, y compris parmi les plus anciens fidèles Les musulmans se rendent compte qu’en réalité, Ramadan n’a jamais roulé que pour lui seul. C’est aussi l’un des enseignements de sa réapparition médiatique via la publication d’un ouvrage. Comble de l’ironie ou de l’indécence, il prétend y offrir aux musulmans une méditation…
Source :
https://www.lexpress.fr/actualite/son-audience-aupres-des-musulmans-a-fondu-comme-neige-au-soleil_2097377.html

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1 Comment

  1. Richard C.

    16 septembre 2019 at 3 h 19 min

    Cet individu ni le grand Mufti ni ses frères et sœurs n’auraient dû pouvoir se trouver en Europe. Ceux qui les ont importé, protégé, promu sont les vrais coupables et comme en Iran la Corde doit fonctionner à plein!

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