Le jour où Menahem Begin est décédé, tout le monde fut stupéfait de découvrir que, contrairement à ce qui était attendu
Le jour où Menahem Begin est décédé, tout le monde fut stupéfait de découvrir que, contrairement à ce qui était attendu, Begin avait ordonné qu’on l’enterre au mont des Oliviers, à proximité des tombes de ceux qui étalent destinés à la potence, Meir Feinstein et Moshe Barazani.
Pour comprendre le testament de feu Begin, il faut revenir exactement 79 ans en arrière à partir d’aujourd’hui, à la nuit du 2 Iyar 5707.

C’était une heure nocturne dans la cellule des condamnés à mort du “Moscobiya” (le centre de détention russe) à Jérusalem.
Deux jeunes hommes de vingt ans y étaient assis.
L’un, Meir Feinstein, Jérusalémite, ashkénaze.
L’autre, Moshe Barazani, un Juif de Bagdad.
Tous deux avaient été condamnés à mort par les Britanniques,
et devaient être conduits le lendemain matin à la potence.
Mais leur plan était différent.
Ils avaient dissimulé une grenade à main dans une orange.
Leur intention était que, lorsque les gardes viendraient les emmener le matin pour la pendaison, ils se fassent exploser avec les bourreaux.
Ils décidèrent que s’ils devaient partir,
ils ne seraient pas menés comme un troupeau à l’abattoir.
Mais qu’ils partiraient comme des combattants, dans l’esprit de « que mon âme périsse avec les Philistins », comme Samson le héros en son temps.
Mais la veille de l’exécution de la sentence, ils apprirent que le rabbin Yaakov Goldman comptait venir le matin prier avec eux avant la pendaison, les accompagner dans leur dernier chemin.
Ils comprirent que leur plan pourrait mettre le rabbin en danger, alors ils lui demandèrent de venir plus tôt, la nuit.
Ils lui donnèrent une Bible avec des messages d’adieu pour leurs familles et lui demandèrent de sortir de la cellule et de prier dans le couloir.
Il sortit. Et eux commencèrent à chanter : « Adon Olam asher malakh ».
Barazani tenait la grenade dans sa main gauche.
Feinstein se serra contre lui, poitrine contre poitrine, la grenade entre leurs cœurs.
Et alors qu’ils étaient enlacés, ils déclenchèrent les grenades,
avant que le bourreau ne les atteigne.
Et l’explosion secoua tout le bâtiment.
Lorsque les Britanniques firent irruption à l’intérieur, ils trouvèrent deux corps attachés l’un à l’autre.
Ils ne parvinrent pas à les séparer. Ils s’étaient serrés trop fort.
Begin se souvint de cette histoire toute sa vie.
Et en 1981, lorsque le présentateur Dudu Topaz méprisa le camp national et qualifia les Juifs orientaux de « tchakhchakhim » et « shin guimel », Begin répondit par un discours resté gravé dans la mémoire nationale :
« Les Juifs orientaux ont été des combattants héroïques !
Feinstein était d’origine européenne, ashkénaze.
Moshe Barazani était séfarade, d’Irak.
La nuit après leur condamnation à mort, et alors que le rabbin insistait pour venir les accompagner à la pendaison, et qu’ils ne voulaient pas lui faire de mal, ils prirent une grenade dans leurs cœurs. Et ils pressèrent !
Ashkénaze ?, … Irakien ?, … Juifs !, … Frères !, … Combattants ! »
Ce n’était pas un discours politique. C’était un cri véritable venu de l’âme.
Et lorsque Begin mourut, onze ans après ce discours, il écrivit dans son testament :
« Mon cher Yehiel, le jour venu — je demande à être enterré au mont des Oliviers, près de Meir Feinstein et Moshe Barazani. »
Pas dans la parcelle des grands de la nation.
Mais auprès de deux jeunes hommes de vingt ans. Pourquoi ?
Parce qu’aux yeux de Begin, ils étaient un symbole de l’unité d’Israël.
Un Ashkénaze et un Irakien qui combattirent ensemble pour la liberté d’Israël, et lorsque leur heure arriva, ils s’étreignirent si fort
qu’il fut impossible de les séparer même dans la mort.
Aujourd’hui, 2 Iyar 5786, 79 ans après ce matin-là, combien d’Israéliens savent qui était Meir Feinstein ?
Combien ont entendu parler de Moshe Barazani ?
Combien visitent leur tombe au mont des Oliviers ?
Notre rôle et notre devoir sont de veiller à ce que la prochaine génération sache qui étaient Feinstein et Barazani.
De faire en sorte que nous comprenions pourquoi Begin a insisté pour être enterré précisément là.
Car lorsqu’on oublie Feinstein et Barazani — on oublie aussi ce que nous sommes censés être.
Juifs. Frères. Combattants.
L’Ashkénaze et l’Irakien,
le Feinstein et le Barazani, ensemble.
Que leur mémoire soit bénie et préservée à jamais dans nos cœurs.
Amihai Elyaou, Ministre du patrimoine.
