30 ans déjà
Par Meir Ben Hayoun
Trente ans déjà, une génération, que notre Maitre, le Rav Yehouda Léon Ashkenazi Manitou, Zatsal, nous a quittés.
Ces dernières années, son enseignement connait un engouement auprès d’un large public israélien non francophone. Des rues, notamment à Jérusalem et à Tekoa portent son nom. Des personnalités s’en réclament comme l’ancienne députée et ambassadrice d’Israel à Londres, Tsippi Hotoveli.
Passée cette constatation réjouissante pour les Olim de France qui l’ont connu, enfin le Rav Ashkénazi fait partie du patrimoine israélien, que retient-on vraiment de son enseignement ? Quelle approche dans l’Israel de l’année 2026 suscite-t-il auprès de personnes percevant en lui un Maitre hors du commun ?
Le Maitre qui après la Seconde guerre mondiale en France rétablit la dignité de la pensée d’Israel dans l’environnement intellectuel français marqué par des pontes de la philosophie et des sciences profanes – dans une France rayonnante de son magistère culturel des valeurs universelles occidentales. Proposer alors aux Juifs de France qui s’enlisaient dans cet universalisme, et qui pour beaucoup en seront les parangons, de revenir aux fondamentaux particularistes de l’identité juive nationale d’Israel jusqu’à leur indiquer la direction de Sion. C’était certainement une œuvre dans le sillage de Moshé Rabbénou se dévoilant aux Enfants d’Israel pour leur signifier que le moment était venu de quitter l’Egypte. « Décrocher de l’Exil » comme avait l’habitude de dire le Rav Ashkenazi.
L’Occident est en profond déclin, en particulier la France où cette prétention « universaliste » est devenue caricaturale. De nos jours, il est devenu totalement anachronique de confronter les enseignements de la Tradition d’Israel aux attendus de la culture occidentale. Quand le Rav Ashkénazi avait ainsi procédé de façon remarquable dans les années 50, 60 et 70, il s’agissait de sauver les Juifs, de les extirper de cette aliénation culturelle. Aujourd’hui, en Israel, cela ne rime plus à rien. C’est un combat d’arrière-garde, désuet.
De surcroit, présenter le Rav Ashkénazi comme « mékoubal en habits de philosophe » alors que les dernières années de sa vie, les références à la philosophie étaient pratiquement inexistantes.
Cette 30ème azkara arrive trois ans et deux semaines après le déclenchement d’une guerre cataclysmique contre l’islam. Une guerre qui chamboule le Moyen-Orient, voire le monde entier.
Cette concomitance avec la azkara du Rav nous invite à y réfléchir.
Les trois dernières années de sa vie, le Rav Ashkénazi avait tonné sans discontinuité contre la dérive des accords d’Oslo dans des termes on ne peut plus virulents. Ceci en dépit de son état de santé très difficile et pratiquement jusqu’à son dernier soupir. La réalité chaotique que nous vivons, il nous en avait prévenus. Nous étions terrifiés par son diagnostic qui s’est vérifié.
Deux thèmes en ressortaient : Amalek et le Erev Rav. Toujours deux sujets considérés comme une pomme de terre brulante regrettablement éludés lorsque on évoque le Rav Ashkénazi, ou alors de façon très édulcorée pour préserver une élégance de mauvais aloi.
Quand de surcroit, cette 30ème azkara intervient deux semaines avant les prochaines élections dans un contexte où les enjeux n’ont jamais été aussi dramatiques, c’en est aveuglant de clarté.
Amalek: peu avant son décès en 1996, le Rav Ashkénazi avait déclaré : « les Arabes ne veulent pas la paix, ils veulent un Etat OLP. » L’extermination de l’Etat d’Israel.
Le Erev Rav, cette tendance au sein de notre peuple qui fait la jonction entre Esau et Ishmael, qui se préoccupe plus du sort des ennemis que de celui d’Israel. Le Gaon de Vilna souvent cité : la klipa de Amalek est plus corriace que la klipa d’Esau, que la klipa d’Ismael et que la klipa de Amalek, les trois ensemble.
Un indice parmi tant d’autres, le grossiste de la diabolisation d’Israel repris par tous les antisémites dans le monde n’est autre que le très respectable organe de presse israélien, le quotidien Haaretz. Rappelons à cet égard que ce journal est toujours distribué dans les administrations, dans le système judiciaire et aux cadres supérieurs du système de la Défense.
La fidélité à l’héritage du Rav Ashkénazi ne nous laisse point le choix si ce n’est d’élucider le thème du Erev Rav et d’en tirer les conclusions.
A ce égard le Rav Ashkénazi dira au Rav Menahem Chouraqui que la Torah est kahaniste et que Dieu est kahaniste. Enorme!
Aux élections de 1990, le Rav avait voté pour le parti Moledet du regretté Rehavam « Gandi » Zeevi, hy’d, dont le mot d’ordre était le transfert. Sa recommandation aujourd’hui serait de voter à droite et de ne pas perdre une seule voix pour un parti susceptible de ne pas passer le seuil d’éligibilité.
La seule famille politique correspondant à son approche étant sans la moindre ombre d’un doute le parti Otzma yehoudit du ministre Itamar Ben Gvir. Le seul parti qui a fait preuve de gouvernance et qui planifie de faire émigrer les Arabes de la Bande de Gaza le désirant (plus de 60% d’entre eux le souhaitent), et de démanteler l’Autorité amalécite dite « palestinienne ».
Concernant le Erev Rav, Otzma Yehudit est le seul parti prêt à lutter contre la juristocratie qui neutralise systématiquement toute possibilité de réparer les injustices au sein de la société israélienne et perpétue des valeurs occidentales qui mettent en danger la sécurité et l’identité de l’État.
Que la 30ème azkara du Rav Yehouda Léon Ashkénazi zatsal ne soit pas un exercice intellectuel de vaine érudition. Que le souvenir de ce tsadik nous guide face aux enjeux critiques de dimension biblique auxquels nous faisons face.
Meir Ben Hayoun
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