Alain Finkielkraut, le syndrome de Galout

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Par Rony Hayot
L’arrogance de la diaspora parisienne semble ne plus avoir de limites. Après la tribune moralisatrice signée par mille personnalités juives — dont la rabbine libérale Delphine Horvilleur —, qui donnaient des leçons d’une arrogance inouïe au peuple d’Israël depuis le confort des terrasses parisiennes, le service après-vente s’est poursuivi ce matin du 25 mai sur CNews. Le spectacle y était aussi affligeant que révélateur. Installé sur un plateau de télévision pour instruire le procès d’un gouvernement israélien engagé dans une guerre existentielle, le philosophe Alain Finkielkraut a poussé l’outrance jusqu’à réclamer la prison pour un ministre en exercice. Pire encore, il a commis l’irréparable en questionnant la judaïté et l’âme juive d’Itamar Ben Gvir, allant jusqu’à qualifier ce dernier de « pogromiste ».
Quelle ironie tragique. Voilà la violence absolue avec laquelle un Juif de salon parle de ses propres frères sur les plateaux télé. En agissant ainsi, ces intellectuels ne font que participer au lynchage mondial d’Israël, venant grossir les rangs de ceux qui luttent activement contre la survie de notre peuple. Ils sous-entendent, du haut de leur confort européen, qu’ils posséderaient une conscience juive supérieure à celle de nos héros qui, sur le terrain, risquent leur vie chaque jour pour que la nation vive.
La trahison historique des « bons Juifs »
Ce phénomène n’est pas nouveau. Il s’inscrit dans une longue et douloureuse tradition. Leon Trotski, Karl Radek et tant d’autres intellectuels juifs soviétiques ont cru, en rompant ostensiblement avec leur identité, s’acheter une place dans le monde nouveau. Hannah Arendt elle-même, dans son analyse du « paria conscient », avait pointé ce réflexe d’auto-négation comme une réponse psychologique à la persécution — non comme une vertu morale. Julien Benda, dans La Trahison des clercs (1927), dénonçait déjà ces intellectuels qui sacrifient la vérité sur l’autel de l’approbation sociale. Ses mots résonnent aujourd’hui avec une acuité douloureuse.
Plus près de nous, rappelons que pendant la Shoah, certains membres des Judenräte ont cru, en collaborant avec les autorités nazies, protéger leur communauté — ou du moins leur propre survie. L’histoire a jugé sévèrement cette illusion. Ce n’est pas accuser quiconque de nazisme que de rappeler cette leçon universelle : croire que la soumission et l’auto-accusation désarment la haine est un calcul qui a toujours échoué.
Le problème de l’intelligentsia morale
Le problème de cette intelligentsia, c’est qu’elle a abandonné sa légendaire objectivité pour complaire à ceux-là mêmes qui, dans les rues, les traitent de « sales juifs » et de « sales sionistes ». Pour complaire à cette meute, ils rasent les murs, courbent l’échine, persuadés que l’image du Juif authentique est celle de la victime historique en exil, et non celle de l’Israélien qui marche la tête haute sur sa terre.
Il faut nommer ce mécanisme psychologique pour ce qu’il est : le syndrome de Stockholm collectif d’une élite qui, après deux mille ans de persécution, a intériorisé le regard de ses bourreaux. Amos Oz l’avait pressenti quand il écrivait que certains Juifs de la diaspora préfèrent Israël comme idée abstraite — idéalement souffrante et moralement irréprochable — plutôt qu’Israël comme réalité vivante, imparfaite et combattante. Un Israël qui se défend, qui gouverne, qui fait des choix difficiles, cela les dérange profondément, car cela brise le mythe de la victime éternelle qui leur confère, par procuration, une identité confortable en Europe.
Deux poids, deux mesures
Leur indignation est à géométrie variable. Finkielkraut s’offusque des méthodes de Ben Gvir face à ceux qui bravent l’autorité de l’État d’Israël. Mais où était sa voix pour dénoncer la brutalité des policiers espagnols à Bilbao ? Pas un mot sur ces forces de l’ordre qui ont tabassé, maltraité et envoyé à l’hôpital leurs propres citoyens, des militants pro-Hamas. Pour le simple tort d’avoir voulu prendre une photo de groupe à la sortie de l’aéroport.
Cette asymétrie permanente trahit leur véritable mission : salir les leurs pour s’acheter une respectabilité de façade auprès d’une Europe qui, au fond, les méprise autant qu’elle a toujours méprisé les Juifs — quelle que soit leur attitude.
La désorientation identitaire du Galout
Le comble de l’aveuglement est qu’ils s’imaginent incarner la morale, l’identité et la philosophie juive. En réalité, ils ont perdu leur âme, usée par deux mille ans de Galout (exil). Car la Galout n’est pas seulement une condition géographique — c’est une condition mentale. C’est l’état de celui qui a si profondément internalisé la nécessité de plaire à l’autre qu’il ne sait plus penser par lui-même.

Vladimir Jabotinsky l’avait compris dès 1923, dans son célèbre essai L’homme de fer : la seule réponse à la persécution millénaire n’est pas la supplique, mais la souveraineté. Ben Gourion, homme de gauche, pragmatique et visionnaire, avait lui-même compris que l’État juif ne pourrait se construire qu’en acceptant d’exercer le pouvoir dans toute sa complexité — y compris dans ses aspects les plus rudes. Ces intellectuels parisiens auraient-ils traité Ben Gourion de « pogromiste » lors des opérations militaires de 1948 ? Sans doute, s’ils avaient été là.
Le double combat d’Israël
Aujourd’hui, le peuple fier et résilient d’Israël doit mener un double combat : contre les antisémites déclarés, et contre ses propres frères. Responsables communautaires frileux, pseudo-intellectuels, cinéastes et écrivains courtisans… Tous, comme un seul homme, se lèvent contre des dirigeants qui luttent depuis 79 ans pour notre existence collective.
Ce qui est particulièrement révoltant, c’est le luxe moral depuis lequel s’exercent ces condamnations. Depuis Paris, Londres ou New York, depuis des appartements haussmanniens et des universités protégées, on envoie des obus verbaux sur des soldats de 19 ans qui font face à des tunnels piégés à Gaza, sur des mères du Néguev qui vivent sous la menace permanente des missiles, sur des habitants de la frontière nord contraints à l’exil depuis dix-huit mois. Ces intellectuels n’ont ni la peau dans le jeu, ni les mains dans la terre. Pourtant, ils jugent avec la certitude arrogante de ceux qui n’ont rien à perdre.
L’illusion mortelle de la dissociation
Sachez-le : vous n’avez plus rien à voir avec l’âme d’Israël. Votre place désertée à nos côtés est aujourd’hui occupée par les chrétiens, les Druzes, les Bédouins et les autres minorités qui, sur le sol ancestral, versent leur sang et se battent concrètement pour le pays.
Croyez-vous vraiment qu’en insultant les patriotes israéliens à des milliers de kilomètres, les islamistes et les antisémites d’Europe vous laisseront en paix ? C’est une illusion mortelle que l’histoire a déjà réfutée avec une cruauté répétée. Les Juifs assimilés de Vienne — les plus cultivés, les plus intégrés, les plus « européens » d’Europe — n’ont pas été épargnés par les chambres à gaz. Les Juifs communistes d’URSS, qui avaient renié leur identité au profit de l’internationalisme prolétarien, ont fini dans les goulags de Staline. La leçon est constante : on ne négocie pas sa survie en sacrifiant ses frères.
Salir ses frères ne protège de rien. Vous n’êtes que des complices objectifs de la haine, espérant naïvement que vos bourreaux vous épargneront parce que vous aurez été de « bons procureurs » contre Israël. L’histoire jugera cette naïveté avec la même sévérité qu’elle a jugé toutes les précédentes.
Le miroir insupportable de la fierté
Vous avez raté votre sionisme, votre vie juive et votre destin historique. Ce naufrage intellectuel explique votre rancœur : la vue d’un Juif fier, heureux et souverain sur sa terre vous est insupportable, car elle vous renvoie le miroir de votre propre échec et de votre soumission. Vous êtes des Juifs errants qui refusez de voir que l’histoire s’écrit désormais sans vous.
Il y a dans cette hostilité quelque chose de profondément freudien : la haine du frère accompli, de celui qui a eu le courage d’aller au bout de ce que vous n’avez pas osé. Israël, avec ses défauts, ses conflits internes, ses gouvernements contestables, reste la réalisation la plus extraordinaire de l’histoire juive depuis la destruction du Second Temple. Un peuple revenu de la mort, qui parle à nouveau l’hébreu des prophètes, qui cultive des déserts et remporte des prix Nobel, qui a su transformer la douleur millénaire en souveraineté — et qui se bat, au prix du sang, pour la maintenir. Cette réalité-là, vous ne pouvez pas la regarder en face.
La grandeur d’Israël
Mais la grandeur du peuple d’Israël réside précisément dans sa mémoire et sa fidélité. Le jour où l’illusion européenne se dissipera — et elle se dissipera, comme toutes les illusions se dissipent —, le jour où vous viendrez frapper à la porte pour supplier d’avoir une protection, une liberté, du pain et de l’eau, ces mêmes Israéliens que vous avez insultés, diabolisés et méprisés vous ouvriront grand les portes. Ils vous accueilleront sur cette terre que vous avez salie, et ils vous protégeront avec la même abnégation qu’ils déploient aujourd’hui pour défendre la patrie.
Car telle est la loi d’Israël, inscrite depuis Moïse : Lo titom — tu ne te détourneras pas. Même du frère qui t’a trahi. Même de celui qui t’a craché dessus devant les nations. Parce qu’Israël n’est pas une idée abstraite de confort intellectuel — c’est une responsabilité collective, un destin partagé, une maison dont la porte reste ouverte, même pour ceux qui l’ont reniée.
À vous de décider si vous méritez encore d’y entrer.
Source
https://frblogs.timesofisrael.com/

happywheels

1 Comment

  1. joseparis dit :

    Finkielkraut, il nous fatigue ! On ne comprend plus rien à ce qu’il dit, je ne sais pas si lui-même y comprend quelque chose ? Ses apparitions médiatiques sont un galimatia pseudo intellectuel calibré pour la bienpensance du service publique.

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