Antisémitisme : Patrick Boucheron et la défaite de l’intelligent

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Sur France Culture, le professeur au Collège de France a refusé de répondre à une question sur la montée contemporaine de la haine contre les juifs.
a question était pourtant simple, à la portée de tout esprit citoyen. Que penser de la résurgence de l’antisémitisme, au moment même où la France célèbre l’entrée de Marc Bloch au Panthéon ? C’est, en substance, ce qu’a demandé hier matin Guillaume Erner à l’historien Patrick Boucheron, invité sur France Culture pour honorer la mémoire de l’auteur de L’Étrange défaite. Jusqu’à cet instant, l’émission s’était révélée intéressante, en raison des éclairages du professeur au Collège de France et de sa consœur historienne Alya Aglan.

Puis vint la question. Non pas une question piège, mais une évidence dans le déroulé de l’entretien : à la lumière du destin de Marc Bloch, que dire du retour en force du racisme antijuifs et de l’usage du mot « sioniste » comme paravent ? Boucheron : « Et donc ? Il faudrait dire que Marc Bloch est sioniste ? Ce serait une faute historique. […] Un historien cherche la vérité. Sur la question sioniste, on connaît sa bibliothèque, et rien ne documente le moindre intérêt pour cette question. Il est Français. »

L’art, en direct, de la réponse à côté. Jamais Erner n’avait cherché à associer Marc Bloch au sionisme. Il demandait simplement à son interlocuteur une lecture contemporaine de ce terme prononcé par certains comme une infamie. Dans un premier temps, le présentateur abonde, rappelant combien Bloch fut un ardent patriote républicain.

« On vous laisse parler tout seul »
Mais peu à peu, une tension s’installe dans le studio. Loin d’abandonner, Erner relance : « Un certain nombre de personnes sont boycottées. Je pense à l’université de Rotterdam, qui a décommandé Eva Illouz. Cela ne s’assimile-t-il pas à de l’antisémitisme ? Et la glorification de Marc Bloch n’est-elle pas une stratégie de récupération, qui permet de célébrer un juif mort, moins gênant que des juifs vivants ? »

Alya Aglan revient alors sur l’assignation identitaire et les lois antijuives de Vichy. Boucheron, lui, brosse une nouvelle fois le portrait du résistant, cherchant dans la fuite vers le passé un moyen d’éluder la question. Erner, une fois encore : « Patrick Boucheron, sur les résonances actuelles ? » Silence. Puis, réponse de l’éminent professeur : « On vous laisse parler tout seul. » La phrase est terrible.

Trahison des clercs
Il est des historiens qui récusent les débats contemporains au motif que leur sujet d’étude est le passé et que le recul leur fait défaut. Sauf qu’il suffit de taper le nom de Patrick Boucheron dans n’importe quel moteur de recherche pour constater qu’il ne rechigne pas à conjuguer ses verbes au présent.

Julien Benda, en d’autres circonstances, parlait de la trahison des clercs. Qu’un historien de la stature de Boucheron soit incapable d’esquisser, fût-ce en trois mots, une analyse de la montée de l’antisémitisme, y voyant rupture ou continuité historique, est le signe d’une crise profonde et d’une défaite majeure de la pensée académique.

L’antisémitisme qu’évoquait Erner vient d’une fraction de la gauche. Est-ce là la source du malaise de Boucheron, qui avait pourtant l’occasion de séparer le bon grain de l’ivraie ? Pourquoi cette inhibition, ces pudeurs, lorsqu’il s’agit de dénoncer un antisémitisme de la gauche radicale qui n’interdit en rien la critique du gouvernement israélien ni la défense des Palestiniens ?

Pourquoi cette tétanie ? Que peut craindre un homme qui détient une chaire au Collège de France et jouit des faveurs d’un pouvoir macroniste qui l’a fait historien officiel de la cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques de Paris 2024 ? Une question, elle aussi, sans réponse et qu’il appartiendra peut-être aux historiens de demain de trancher. Espérons, en attendant, que l’enregistrement de cette émission soit conservé pour longtemps…
source Le Point

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  1. joseparis dit :

    Houellebecq l’a écrit dans soumission. C’est l’université qui a cédé en premier à l’islamisme. Il en a été de même en 1940 pour l’antisémitisme. L’histoire est un éternel recommencement. La bascule antisémite est actée dans le monde universitaire.

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