Dominique Schnapper : « L’antisémitisme, le dernier tabou à transgresser »

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Le spectacle d’Olivier Sauton, Fabrice Luchini et moi, a été retiré de l’affiche mercredi 1er mars, après que d’anciens messages antisémites du comédien publiés sur Twitter ont refait surface.
Dominique Schnapper, sociologue (1), revient sur les différentes affaires de tweets antisémites qui ont été révélées ces dernières semaines.
La Croix : Le comédien Olivier Sauton a justifié d’anciens tweets antisémites en expliquant avoir voulu « enfreindre un interdit ». Comment expliquez-vous que l’antisémitisme en soit réduit à un interdit à enfreindre ?
Dominique Schnapper : Le souvenir de la Shoah, et le choc que cela a provoqué sur la conscience européenne, explique qu’il demeure aujourd’hui dans la société un tabou sur l’antisémitisme. C’est d’ailleurs l’un des derniers : il ne reste plus beaucoup de sujets tabous.
Aujourd’hui, pour les jeunes générations qui n’ont pas vécu le choc de la révélation de la Shoah, il ne reste plus que le tabou, sans la proximité avec ce qui s’est passé. Et comme ils ne savent plus quoi transgresser, il ne reste que ce sujet.
Le chroniqueur Medhi Meklat, comme le comédien Olivier Sauton, évoque l’excuse de la jeunesse qui était la sienne lorsqu’il a écrit ces tweets antisémites. Y a-t-il un manque d’éducation à ce sujet ?
D. S. : La jeunesse ne me paraît pas être une excuse particulière. C’est mépriser les jeunes que de penser qu’ils peuvent dire n’importe quoi. Les exigences morales sont les mêmes pour tout le monde.
Le conflit israélo-palestinien aggrave-t-il ce phénomène ?
D. S. : Ce conflit est un prétexte à l’antisémitisme, mais même sans cela on vivrait la même chose. Le problème de l’antisémitisme est inscrit dans les structures de l’Europe depuis des siècles. C’est un problème politique et moral, héritage de l’Europe chrétienne.
Que répondre à ces propos ?
D.S : Il y a longtemps qu’on se le demande. Il s’agit de faire un ferme appel à la rationalité pour contrer des passions irrationnelles, d’opposer la raison et la morale à des passions. Il faut le faire, mais sans trop d’illusion sur le résultat…
Recueilli par Clémence Houdaille
(1) Co-auteure de Réflexions sur l’antisémitisme, éditions Odile Jacob, 2016
Source :
http://www.la-croix.com/Religion/Judaisme/Dominique-Schnapper-Lantisemitisme-dernier-tabou-transgresser-2017-03-01-1200828569

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3 Commentaires

  1. Jacques dit :

    Personnellement je préfère détester un antisémite qui s’assume que mépriser un antisémite qui n’assume pas ses idées(« j étais jeune » ou « c est mon double imaginaire qui parle,pas moi »)
    J ai pourtant remarqué que antisémitisme et lâcheté s associent souvent très bien,allez savoir…

  2. Zimner dit :

    Je suis heureuse de savoir que ce spectaclestvete arrêté. L’antisémitisme doit être combattu jour après jour.

  3. Gilles-Michel De Hann dit :

    Blablabla !!!

    On avait connu la liberté de la parole, on a découvert la liberté des actes car on s’est remis à tuer des juifs en France.

    Le modèle républicain d’intégration a fait faillite. Il existe une France antijuive dans la France contemporaine. Il ne s’agit pas d’une renaissance, ni d’une résurgence, mais d’une réinvention, d’une nouvelle naissance, offrant au regard socio-historique plus de discontinuités que de continuités, plus de différences que de ressemblances. Mais ce qui reste stable c’est la puissance du rejet, de la haine et du ressentiment, mais aussi du mépris et de la peur, passions négatives qui fusionnent dans la diabolisation, mode de construction de l’ennemi chimérique, dont « le Juif » reste le paradigme et l’emblème.

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