HAINE EN LIGNE-Quand la canicule devient un prétexte à la haine des Juifs

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Par Marc Knobel
TRIBUNE. Un article sur la canicule en Israël a suscité des milliers de commentaires antisémites. Une flambée de haine qui pose la question de l’impunité sur les réseaux sociaux.
C’est un post en apparence anodin, publié par Radio Shalom. Il relate les effets de la canicule qui frappe Israël, avec des températures pouvant atteindre, voire dépasser à l’avenir, les 47 degrés. Dans un été marqué, partout dans l’hémisphère Nord, par des chaleurs extrêmes liées au réchauffement climatique, cette information n’a, en soi, rien d’exceptionnel.
Mais elle ne l’est pas pour tout le monde.


Comme le montre sur X le collectif « Nous vivrons » (1), qui a compilé une partie des quelque 2 500 commentaires suscités par cette publication, ce fait divers climatique a servi de déclencheur à un déferlement d’une violence inouïe. Sous couvert d’anonymat ou, plus troublant encore, à visage découvert, des internautes se sont livrés à une surenchère de propos d’une brutalité extrême.
Il ne s’agit pas ici d’un simple « océan de haine ». C’est un véritable tsunami d’abjections. Faut-il en citer quelques exemples ? La question se pose, tant leur reproduction heurte. Mais encore faut-il donner à voir la réalité de ce qui s’exprime : « Ça va rappeler à certains les fours, cuisson à point ? », « Ils ont la chaleur à point dans leur ADN », « 6 millions de degrés », « Espérant un volcan à 9000 degrés serait mieux », « Une chaleur entre 39 et 45, ils sont habitués ».
Ces phrases ne relèvent pas de la provocation ordinaire ni d’un humour noir mal maîtrisé. Elles constituent un imaginaire explicite de la Shoah, convoquant les fours crématoires pour mieux fantasmer leur réactivation. Elles ne visent pas seulement à choquer : elles disent, sans détour, le désir de voir des Juifs — qu’ils soient israéliens ou non — brûler à leur tour.
Il ne s’agit donc pas d’« opinions ». Et l’argument commode du « on peut rire de tout » ne tient pas : ce qui se donne à lire ici relève d’appels à la violence, sinon au meurtre, enveloppés dans une rhétorique pseudo-ironique qui cherche à banaliser l’inacceptable.
La surenchère des réseaux sociaux
Ce déferlement s’inscrit dans une dynamique que j’ai analysée dans plusieurs de mes recherches consacrées aux mutations contemporaines de l’antisémitisme : les réseaux sociaux favorisent des logiques de surenchère où la visibilité est souvent proportionnelle à la violence des propos. Plus un commentaire est outrancier, plus il suscite de réactions, alimentant une escalade mimétique entretenue par les logiques algorithmiques et, parfois, par l’action coordonnée de groupes ou de trolls.
Nous ne sommes plus dans le registre de la pensée ou du débat, mais dans celui de l’exhibition du morbide. L’antisémitisme n’y est plus seulement exprimé : il est mis en scène, revendiqué et exhibé comme un marqueur de transgression. Enfin, certains justifient ces débordements en invoquant les terribles souffrances des Gazaouis. Mais rien, absolument rien, ne saurait légitimer que l’on projette sur « les Juifs » dans leur ensemble — où qu’ils vivent — des fantasmes exterminateurs puisés dans l’histoire la plus tragique du XXe siècle. Ce qui se joue ici n’est pas seulement une dérive du langage. C’est une forme de désinhibition collective où l’histoire est retournée contre ses victimes, où la mémoire de la Shoah est instrumentalisée pour nourrir un nouvel antisémitisme, décomplexé, viral et assumé.
Source Le Point

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