Interdire le voile… et la kippa ? Et puis quoi encore ? Un faux parallèle qui ne résiste pas à l’examen.
On entend régulièrement, dans les discussions publiques ou sur les réseaux (même parfois dans les commentaires sur RR pourtant très pro-judaïsme !) , l’argument suivant : « Si l’on interdit le voile islamique, alors il faut aussi interdire la kippa. »
Cette équivalence est présentée comme une exigence de cohérence ou d’équité. Elle est en réalité fallacieuse. Elle confond des signes religieux de nature, de significations et d’implications radicalement différentes.
Ce que dit réellement le voile
Le foulard ou le voile islamique, dans ses justifications théologiques et sociales dominantes, n’est pas un simple marqueur d’appartenance. Il repose sur l’idée que les cheveux et le corps de la femme sont une source de tentation sexuelle pour l’homme, et qu’il appartient donc à la femme de se dissimuler pour préserver l’ordre moral. Cette logique place explicitement la responsabilité de la pudeur et de la pureté sur la femme, tout en présupposant que l’homme est naturellement incapable de se maîtriser. Elle inscrit une inégalité structurelle : la femme n’est pas considérée comme pleinement égale et autonome dans l’espace public ; elle doit s’effacer pour ne pas « provoquer ».
Ce n’est pas une interprétation marginale ou caricaturale. C’est la lecture qui sous-tend les prescriptions classiques sur le hijab dans une partie importante de la doctrine et des pratiques contemporaines. Le voile devient alors le symbole visible d’une conception de la femme comme être dont le corps doit être contrôlé et dissimulé.
Ce que dit réellement la kippa
La kippa n’a aucune de ces connotations. Elle est un signe de piété et d’identité juive : un rappel permanent de la présence de Dieu au-dessus de soi, un marqueur discret d’appartenance religieuse et culturelle. Elle ne prescrit aucune subordination de genre. Elle ne dit rien sur le corps des femmes, ni sur la nécessité pour quiconque de se cacher. Un homme qui porte la kippa revendique simplement, parfois au péril de sa sécurité, son identité juive dans l’espace public. C’est un acte de visibilité, non d’effacement d’autrui.
Aucune doctrine juive ne justifie la kippa par l’idée que les cheveux ou le corps d’une catégorie de personnes seraient une menace morale pour une autre. Il n’y a pas de parallèle fonctionnel.
Faire cette équivalence est scandaleux
Mettre sur le même plan le voile et la kippa revient à traiter comme interchangeables :
– un symbole qui, dans son fondement, consacre une inégalité de statut entre les sexes,
– et un symbole qui n’exprime qu’une identité religieuse et une piété personnelle, sans dimension de domination de genre.
Cette confusion efface la distinction essentielle entre un signe d’appartenance et un signe de subordination. Elle transforme une critique fondée sur l’égalité hommes-femmes en une pure question de signes religieux, comme si tous les signes se valaient dès lors qu’ils sont visibles. Or tous ne se valent pas. Certains portent une charge idéologique lourde d’inégalité ; d’autres non.
On peut, dans un cadre laïque strict, discuter des limites du port de signes religieux ostensibles dans certains espaces (école, fonction publique…). Mais cette discussion ne peut pas reposer sur une analogie fallacieuse qui efface le contenu des symboles. Dire soit on interdit tout, soit on n’interdit rien est une posture de facilité intellectuelle. Elle évite d’avoir à regarder ce que les symboles signifient réellement et ce qu’ils produisent socialement.
Le voile, dans la lecture qui en est le plus souvent faite, dit que la femme n’est pas l’égale de l’homme dans l’espace public. La kippa dit qu’un juif assume son identité. Confondre les deux n’est pas de la cohérence : c’est de l’aveuglement volontaire.
Christine Tasin
Source
https://resistancerepublicaine.com/2026/09/02/bien-sur-quil-faudrait-interdire-le-voile-par-contre-la-kippa-ne-pose-pas-de-probleme/
