Jérôme Guedj ou la campagne des ruines.

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Par Rony Akrich
Jérôme Guedj commence donc sa campagne présidentielle en Israël et dans les territoires palestiniens, sous le noble prétexte de rencontrer les « artisans de paix ». Formule admirable, c’est-à-dire parfaitement vide : assez morale pour les plateaux, assez floue pour ne rien dire, assez humanitaire pour éviter soigneusement le réel.
Car il ne vient pas chercher la paix. Il vient chercher une image. Il vient chercher, au Proche-Orient, ce que la France politique ne lui donne déjà plus : un supplément de gravité, une petite auréole internationale, une poussière de tragédie à coller sur les débris de son ambition.
M. Guedj est un homme politiquement déconstruit avant même d’avoir commencé. Sa propre famille idéologique l’a déjà classé, soupçonné, usé, presque liquidé. Mais lui continue d’avancer comme si la scène l’attendait encore. C’est touchant, presque comique, si ce n’était pas si révélateur de notre époque : l’arrivisme prend désormais les habits de la nuance, et l’utilitarisme se déguise en fraternité.
Il parle des « deux peuples », des « artisans de paix », du « courage de la nuance ». Très bien. Nous connaissons la musique. C’est celle de la République fantoche lorsqu’elle ne sait plus penser : elle transforme les drames en décor, les victimes en arguments, Israël en étape de campagne, les Palestiniens en réserve de compassion, et la paix en accessoire électoral.
Cette visite n’est pas courageuse. Elle est intéressée. Elle n’est pas fraternelle. Elle est stratégique. Elle n’est pas profonde. Elle est calculée. Elle n’est pas une rencontre avec l’Histoire, mais une tentative maladroite d’y entrer par la petite porte médiatique.
Seulement voilà : son sort politique semble déjà scellé. Il veut souffler sur les braises de sa déconstruction, mais il ne fera qu’éparpiller davantage les cendres. Il espère se donner une stature ; il ne révélera que le vide. Il croit inaugurer une campagne ; il organise peut-être déjà sa sortie.
Et dans les ruines de cette belle histoire française, celle de l’école, de la République, de la transmission, des Trente Glorieuses encore présentes dans nos mémoires, Jérôme Guedj ne sera sans doute qu’un nom de plus, perdu dans les décombres : celui d’un candidat venu chercher au loin une grandeur que son propre pays ne lui reconnaissait déjà.
Rony Akrich est écrivain, essayiste et conférencier en Israël, où il vit depuis quarante-sept ans. Il enseigne l’historiosophie biblique et dirige l’Université Populaire Gratuite, fondée à Jérusalem et à Ashdod. Auteur de plusieurs livres en français et en hébreu, il consacre son travail à la transmission de la pensée hébraïque, de la philosophie et d’une parole libre sur les grands enjeux de notre temps.

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