Joshua Zarka ambassadeur d’Israel en France : les relations France et Israël sont au plus bas
« Les relations entre nos deux pays sont à un niveau très bas » : les mises en garde de l’ambassadeur d’Israël en France
L’ambassadeur d’Israël en France a évoqué sans détour, au cours d’une interview accordée dans son bureau à Paris, les sujets qui bousculent l’État hébreu, allant des élections législatives aux violences quotidiennes en (Cisjordanie) Judée Samarie.
Israël est à la croisée des chemins. Après avoir commémoré le troisième anniversaire du 7 octobre 2023, l’État hébreu entre dans une période électorale décisive pour l’avenir du pays et, au-delà, du Moyen-Orient, avec le scrutin législatif prévu le 27 octobre. Joshua Zarka, né à Paris il y a 62 ans (son deuxième prénom est Laurent), a reçu Le Parisien à cette occasion. Selon lui, ce n’est pas seulement le scrutin en Israël — mais aussi la prochaine présidentielle en France — qui peut permettre un « reset » des relations entre les deux pays. Celles-ci se sont considérablement dégradées depuis la guerre à Gaza. Au point que l’ambassadeur nommé en mai 2024 a parfois « le sentiment d’être dans un immense feu de forêt avec un petit extincteur à la main ».
Fin septembre à l’ONU, Emmanuel Macron a qualifié les agissements d’Israël à Gaza et en (Cisjordanie) Judée Samarie de « spectacle qui nous fait honte à tous ». Les relations entre les deux pays se sont notoirement dégradées depuis deux ans. Et aujourd’hui ?
JOSHUA ZARKA. Elles ne sont pas au plus bas, mais à un niveau très bas. Les propos que vous évoquez ont été très surprenants, et même choquants. Ce sont des déclarations incompréhensibles venant d’un dirigeant qui se dit ami d’Israël. Vous savez, la plupart des Israéliens pensent que la France est un pays antisémite, peuplé d’antisémites. Cela rend mon boulot très difficile de convaincre que ce n’est pas le cas. Mais il y a, et c’est récent, une volonté des deux côtés d’essayer de reprendre les relations. Nous commençons à remonter la pente. Au fond, je pense que le président Macron n’éprouve pas d’animosité envers Israël.
« Le terme « colon » que vous utilisez est incorrect et inacceptable. Un Juif ne peut pas être colon en Judée, c’est là où le peuple juif est né »
Joshua Zarka :La situation en Cisjordanie, où des violences de colons sont quasi quotidiennes, inquiète beaucoup dans le monde entier…
(Il coupe) Le Premier ministre les a condamnées ! Ce ne sont pas seulement les étrangers, le gouvernement israélien aussi. C’est un gros problème que nous avons. Mais je voudrais d’abord dire un mot sur le terme « colon » que vous utilisez : il est incorrect et inacceptable. Un Juif ne peut pas être colon en Judée, c’est là où le peuple juif est né.
Vous dites quoi alors ?
Des implantations. Cela ne veut pas dire qu’un jour il n’y aura pas un prix à payer pour la paix. Peut-être un retrait, peut-être d’autres choses… Encore une fois, les Juifs sont le peuple autochtone de la Judée Samarie.
Qui est un terme biblique…
Non, c’est un terme onusien. Dans la résolution 181 (datée de 1947) qui définit la division de la terre d’Israël entre une partie juive et une partie arabe, le terme utilisé est Judée Samarie. Plus tard, l’ONU a utilisé le terme Cisjordanie pour des raisons politiques, et détacher le lien qu’il y a entre le peuple d’Israël et la terre d’Israël.
Mais qu’est-ce que vous faites concrètement contre les violences ? Le gouvernement est accusé de ne pas agir, voire d’être complice.
Il y a des implantations illégales qui ne doivent pas exister, puisqu’elles n’ont pas reçu la permission du gouvernement. Brûler des arbres est interdit par la Bible. Ce qui nous choque le plus, ce sont les violences contre des innocents. Nos valeurs, à la base de la culture judéo-chrétienne, vont à l’encontre de cela. Il y a eu des arrestations. Il y a même eu des confrontations entre l’armée et ces jeunes, et des soldats ont été blessés. Pourrions-nous faire plus ? C’est possible. Je n’ai pas la réponse.
On a parfois le sentiment qu’il est très difficile de critiquer Israël sans se voir renvoyer une accusation de complicité avec le terrorisme ou d’antisémitisme.
Je comprends qu’il y ait ce sentiment. Nous avons vécu ces trois dernières années une guerre existentielle. Critiquer Israël dans cette période était perçu par certains comme un rejet de l’idée même de l’existence d’Israël. Mais cela ne veut pas dire que nous n’acceptons pas la critique. Ce que nous n’acceptons pas, c’est lorsque l’on dit que l’État d’Israël n’a pas le droit d’exister, ou que sa création a été une erreur — comme l’ont dit certains candidats à la présidence.
À propos de cette élection, en juin dernier, vous disiez chez nos confrères de « Complément d’enquête » : « Je préfère vraiment que ce soit n’importe qui plutôt que Jean-Luc Mélenchon ». Vous maintenez cette position, malgré les révélations de Mediapart sur les anciennes déclarations antisémites attribuées à Jordan Bardella ?
Tout à fait. Mélenchon est quelqu’un de très dangereux pour la communauté juive de France. La rhétorique, la violence du discours, la façon de cibler une population spécifique… Qu’il appelle ça les Juifs ou les sionistes, c’est la même chose.
Mais le jugez-vous plus ou moins dangereux que le président du RN Jordan Bardella, accusé d’avoir tenu jeune des propos antisémites, ce que lui réfute ?
Beaucoup plus ! Si Jordan Bardella a dit ce qu’on lui reproche à 17 ans, c’est condamnable et inacceptable. Mais aujourd’hui, il y a un candidat à l’élection française qui, de façon ouverte, tient des propos antisémites (Jean-Luc Mélenchon n’a jamais été condamné pour antisémitisme, ndlr), antisionistes, et qui n’accepte pas l’existence de mon pays (Il n’a jamais nié le droit d’Israël à exister, LFI soutient officiellement la solution à deux États, ndlr).
Que répondez-vous à ceux qui diront que vos propos sur Mélenchon relèvent de l’ingérence étrangère ?
Ce n’est pas à mon rôle d’influencer ou de choisir, sauf s’il y a un candidat qui représente un danger pour les Juifs de France et pour l’État d’Israël, ce qui est le cas de M. Mélenchon. Quand on le voit décrire le président Macron comme une poupée au service du premier ministre Netanyahou suite à une décision de justice (dans un message sur X daté du mercredi 20 octobre, ndlr), il est clair que c’est une nouvelle barrière dans son antisémitisme éhonté qui est franchie.
Vous avez reçu Marine Le Pen à l’ambassade en mai. Comment cela s’est-il passé ?
Très bien. C’était une conversation très amicale, très intéressante. Encore une fois, je n’ai rien à dire sur le choix des Français. Mais je pense qu’avec n’importe quel candidat autre que Mélenchon, les Juifs de France n’aient rien à craindre de particulier de la part de l’État.
Le film « Naza » est sorti dans les salles françaises. Ne trouvez-vous pas que le gouvernement va trop loin quand il propose la déchéance de nationalité pour les deux réalisateurs ? Ils ont reçu des menaces, leurs familles aussi…
Ils ont fait quelque chose de terrible et d’inexcusable envers leur propre peuple. Mais s’il y a des menaces de violence, s’il y a des attaques contre leur famille, c’est inacceptable.
Le Parisien
