Sophia Aram – Un Nobel sans la paix

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CHRONIQUE. Saluée par le Hamas et la télévision d’État iranienne, l’attribution du prix Nobel de la paix à Navi Pillay laisse perplexe.
Dans un monde où l’Arabie saoudite peut présider la Commission de la condition de la femme à l’ONU et où l’Iran siège au comité général de l’Agence internationale de l’énergie atomique, remettre le prix Nobel à Navi Pillay apparaît, à vrai dire, d’une parfaite cohérence. D’autant que la nouvelle a réjoui le Hamas, dont le communiqué de presse du 28 Rabi al-Thani 1448 H, soit le vendredi 9 octobre, salue une « étape cruciale sur la voie de la justice internationale et une nouvelle reconnaissance internationale des crimes commis par l’occupant contre le peuple palestinien ». Une tonalité partagée par la plupart des médias islamiques, à commencer par la télévision d’État de la République islamique d’Iran.

Même satisfaction du côté de la secrétaire générale d’Amnesty international, Agnès Callamard, qui jubile au micro de RFI, précisant qu’elles se trouvaient, Navi Pillay et elle, dans le tribunal de Nuremberg lorsqu’elles ont appris la nouvelle. Et en effet, quelle aubaine, pour celles qui n’ont eu de cesse d’accuser sans preuve ni procès l’État juif de génocide, que d’apprendre cette nouvelle depuis le lieu même où furent jugés les crimes nazis contre les Juifs !
Des déclarations qui interrogent
Certes, le travail de Pillay au sein du Tribunal pénal international pour le Rwanda entre 1995 et 2003 est à saluer, notamment concernant la reconnaissance du viol comme pouvant constituer des actes de génocide. Après ça, il devient plus difficile de débusquer dans son CV ou dans ses déclarations quoi que ce soit qui ressemble de près ou de loin à des « efforts en faveur de la paix ».

En 2012, Pillay, alors haute-commissaire aux droits de l’homme des Nations unis, déclarait « qu’elle comprenait pleinement pourquoi les gens souhaitaient protester vigoureusement contre les caricatures de Charlie Hebdo », qualifiées d’« actes malveillants » et de « provocation délibérée ». Un appel à la bienveillance vis-à-vis de Mahomet et une accusation portée contre les dessinateurs pile un an après que les locaux de Charlie Hebdo ont été incendiés et environ deux ans avant que sa rédaction ne soit décimée par deux combattants radicalement opposés à la « malveillance » et la « provocation délibérée ».

Et pour paraphraser Cabu, s’il est parfois dur d’être aimé par des cons, il n’est pas toujours facile d’être haï par des djihadistes. On aurait pourtant pu espérer qu’elle comprenne que, comme disait Charb à l’époque, « si on commence à se dire, parce qu’il y a 250 excités qui manifestent devant l’ambassade des États-Unis, qu’il faut différer ou ne pas publier des dessins, ça veut dire que ce sont eux qui font la loi ». Une prise de position qui s’inscrit dans la droite ligne de ses conseils à l’ancien ministre des Affaires étrangères danois, qu’elle invitait à limiter la liberté d’expression pour éviter de choquer les musulmans après l’attentat de 2008 contre l’ambassade du Danemark à Islamabad
Le naufrage des grandes institutions
Pour le reste, on ne peut qu’applaudir son œuvre : sa naïveté face au discours antisémite du président iranien Mahmoud Ahmadinejad, en 2009, pendant la conférence de Durban qu’elle organisait ; son soutien à l’un de ses collègues ayant déclaré que les réseaux sociaux étaient « largement contrôlés par le lobby juif » ; ses critiques contre la participation des Américains au financement du dôme de protection qu’Israël a mis en place pour défendre sa population des missiles envoyés régulièrement par ses voisins ; sans oublier sa complaisance à l’égard de la Chine.
Alors voilà, je ne sais pas si, comme le dit Garry Kasparov, « l’année prochaine, ils donneront le Nobel de chimie à un artificier du Hamas », mais, à ce stade, je prends cette décision du comité Nobel comme un signe de plus du naufrage d’une institution dont le rôle était autrefois de résister face à la folie du monde
Retrouvez Sophia Aram pour son nouveau spectacle, L’insoumise, au théâtre du Palais des glaces, à partir du 14 janvier 2027.
SOURCE LE POINT

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