Terrorisme : «Merah ouvre une ère qui sera dépassée»

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A la veille du procès du frère du tueur au scooter, des chercheurs expliquent en quoi le terroriste a été précurseur.
Son nom symbolise la résurgence brutale, au printemps 2012, de la menace du terrorisme et de sa mouvance islamiste radicale en France. Avec Mohammed Merah, le tueur au scooter de Toulouse et Montauban (Haute-Garonne), assassin d’enfants juifs et de soldats, surgit « un profil terroriste nouveau, moins facilement détectable, effaçant les frontières entre délinquance et islamisme radical », note le parquet de Paris dans son réquisitoire définitif à l’information judiciaire sur les événements des 11, 15 et 19 mars 2012.

Avant d’être « neutralisé » par les policiers du Raid, Merah, 23 ans, a revendiqué ses crimes — sept personnes froidement abattues — au nom d’Al-Qaïda. Beaucoup, après lui, ont rallié le djihad au nom de l’Etat islamique (EI) en Irak et en Syrie. En quoi Merah a-t-il été un précurseur ? A la veille du procès de son frère et de son présumé fournisseur d’armes, les chercheurs Farad Khosrokhavar, Samir Amghar et Xavier Crettiez, spécialistes de l’islam et de la violence radicale, proposent leur analyse.

Violence et narcissisme. De Khaled Kelkal, 24 ans, l’un des auteurs de la vague d’attentats du GIA de 1995, abattu par les gendarmes dans la banlieue de Lyon (Rhône), personne ne se souvient, note Farad Khosrokhavar. « Kelkal appartient à la génération des pères. Il a été effacé des mémoires. Lors de mes enquêtes sur les prisons et sur les djihadistes occidentaux, celui dont on me parlait, celui qui a été érigé en modèle, c’est Mohammed Merah », rapporte le sociologue. Issu de la génération Internet, Merah, qui a filmé ses crimes, est « l’initiateur d’une forme de violence narcissique » que permet la Toile. « Se mettre en scène pour exister au-delà d’une enveloppe sociale sinistre et devenir un soldat de Dieu : ce narcissisme terroriste était une vraie nouveauté », explique Xavier Crettiez.

Djihadisme artisanal. Avec Mohammed Merah apparaît « une sorte de terrorisme du contact », poursuit le professeur en sciences politique. Le tueur ne pose pas de bombe, il s’approche de ses victimes — « ce répertoire d’actions va inspirer beaucoup de ses successeurs ». Farad Khosrokhavar parle, lui, « d’une forme d’assassinat artisanal » : « Merah agit en solitaire, son frère l’aide ou l’inspire mais n’intervient pas. Il cible des militaires musulmans, puis trois enfants juifs et un père. Merah ouvre une ère mais sera dépassé. Les assassinats systématiques et aveugles organisés par l’Etat islamique le 13 novembre 2015 à Paris puis le 22 mars 2016 à Bruxelles marqueront une autre rupture : Daech, le califat deviennent le point de mire. »

C’est en raison de ce « contexte géopolitique différent » que Samir Amghar, lui, estime difficile de voir en Merah un précurseur. L’Etat islamique, dont Amedy Coulibaly, le terroriste d’Hyper Cacher, sera le premier à se revendiquer début 2015, n’existait pas trois ans auparavant. « On a même parlé de Merah comme d’un loup solitaire, avant de déterminer qu’il faisait partie d’un réseau très souple, où les relations interpersonnelles priment. »

Le sociologue perçoit toutefois un point commun dans le rapport « bricolé » de ces jeunes à l’islam et « dans la dimension politique » qu’ils revendiquent à leur engagement : « Ils considèrent que les musulmans vivent une situation injuste et que la politique intérieure et extérieure française est une oppression. »

Mutation militante. Déscolarisation, déviance et délinquance, prison et islamisme radical, puis « un voyage initiatique vers un pays du djihad qui permet de rompre avec le pays d’origine, de se considérer comme un étranger et de déshumaniser », énumère Farad Khosrokhavar. Le parcours de Merah, qui cumule ces étapes, est représentatif des trajectoires djihadistes des jeunes issus de l’immigration et des banlieues, analyse-t-il, mais non de celles, différentes, des jeunes convertis ou issus des classes moyennes.

Pour Xavier Crettiez, Merah incarne « la mutation d’une sociologie militante » que l’on retrouve dans d’autres schémas de lutte armée : « On passe de militants politiques et religieux chevronnés, plus instruits, à des gens plus fragiles, moins solides idéologiquement et qui peuvent être du coup d’autant plus violents. »
Source :
http://www.leparisien.fr/faits-divers/terrorisme-merah-ouvre-une-ere-qui-sera-depassee-01-10-2017-7298754.php

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  1. Gilles-Michel De Hann dit :

    * « Dans la famille Merah, il y avait un terreau fertile à la haine », selon Abdelghani Merah …

    http://actu.orange.fr/france/dans-la-famille-merah-il-y-avait-un-terreau-fertile-a-la-haine-selon-abdelghani-merah-magic-CNT000000PoPmM.html

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