«Vivement les trains» : Une féministe juive face à ses cyberharceleurs antijuifs au tribunal de Paris
L’un des prévenus a mis sur le même plan le sionisme et le nazisme tandis qu’un autre a qualifié la politique d’Israël de « génocidaire »
« Puisses-tu brûler en enfer » : neuf personnes comparaissent jusqu’à vendredi devant le tribunal de Paris pour avoir harcelé sur Instagram la militante féministe juive et chroniqueuse sur RMC, Elise Goldfarb.

« Ça s’est passé en deux clics », assure Bakhta A. mercredi à la barre. L’unique femme parmi les prévenus âgés de 25 à 45 ans a traité l’influenceuse de « sale race » avant de lui souhaiter de se faire « écraser par un camion ».
Le 24 mars 2024, le compte PBB.News, suivi par plus d’un million d’abonnés, publie une story sur l’attentat dans la banlieue de Moscou qui a coûté la vie à 145 personnes deux jours plus tôt.
Pour ce compte depuis suspendu par Meta, les « commanditaires » de cette attaque terroriste revendiquée par le groupe État islamique sont en réalité « les USA et Israël ».
PBB.News publie dans la foulée une photo de Benjamin Netanyahu grimé en soldat de Daech qu’Elise Goldfarb republie avec cette légende ironique : « Évidemment Israël et les Juifs sont derrière le terrorisme mondial et d’ailleurs ils ont inventé la charia (…) ».
L’entrepreneuse progressiste de 32 ans, en jean large et baskets blanches, a expliqué mardi, au premier jour du procès, débunker sur les réseaux les fausses informations sur le sexisme, l’homophobie et l’antisémitisme: « Je fais ça depuis toujours et c’est aussi la raison pour laquelle les gens me suivent ».
Taxée d’ « islamophobe », accusée de « prendre les musulmans pour des terroristes », la chroniqueuse – mentionnée par PBB.News dans une nouvelle story – dépose plainte le soir du 24 mars, « de peur de se faire tuer ».
« Il y a un professeur (Samuel Paty, NDLR) qui s’est fait décapiter parce qu’on l’avait traité d’islamophobe. J’ai été dégoutée qu’on puisse penser ça de moi et j’ai eu peur pour ma vie ».
« Parce que je dis que Daech n’a pas été créé par les Juifs, Hitler devrait venir me tuer, où est la logique ? », s’est questionné la jeune femme.
« Je revendique fièrement d’être lesbienne, juive, anti-raciste. Tout ce que je poste est pour la paix, je lutte contre la haine anti-musulmane », a-t-elle ajouté avec ardeur devant le tribunal.
La jeune femme s’est définie devant le tribunal comme un « petit personnage public ». Issue d’une famille juive conservatrice, elle s’est fait connaître à travers le podcast Coming Out, en tête des écoutes sur Spotify en 2020, dans lequel ses invités racontent comment ils ont révélé leur homosexualité. Elle est également chroniqueuse dans l’émission d’Estelle Denis sur RMC.
La simple présence des huit prévenus dans son dos – l’un est absent – lors de son audition lui procure un stress visible. « J’ai un trouble anxieux généralisé », détaille-t-elle. « Ma vie a changé de A à Z, j’ai même peur d’aller à un rendez-vous ».
Face à des propos inexplicables, tel que « Hitler a raté une partie d’entre vous », l’un des prévenus a exercé son droit au silence à la barre tandis qu’un autre a refusé de répondre à la plupart des questions.
« J’aurais dénoncé le nazisme de la même façon que je dénonce le sionisme aujourd’hui », dit l’un des prévenus, mettant sur le même plan les deux idéologies… Ilyes O. est un contrôleur financier résidant dans le sud de la France, et se dit persuadé qu’Elise Goldfarb a « fait de la propagande » pour Israël à travers son post.
« J’ai honte », assure de son côté Youssouf-Omar M., peu après le récit de terreur de la jeune femme. « Personne ne doit subir ça », reconnaît l’agent d’escale à Orly, auteur d’un seul message faisant référence à la déportation des Juifs : « Vivement les trains ».
« Je me suis dit : encore une qui défend la politique d’Israël ».
« À quel moment a-t-elle pris la défense de Benjamin Netanyahu ? Vous réagissez à une story qui n’a rien à voir avec le conflit israélo-palestinien », insiste Me Rachel-Flore Pardo, l’avocate d’Elise Goldfarb.
« J’en ai pris conscience après ma garde à vue », tente-t-il. « Je pensais qu’elle défendait la politique génocidaire de Netanyahu. J’ai ensuite vu sur son profil qu’elle prenait la défense des musulmans. Je regrette ».
« J’ai aussi été blessé. C’est dur d’être perçu comme la cause du terrorisme mondial », ajoute-t-il.
L’audience, initialement prévue sur deux jours, se prolongera vendredi : les échanges souvent tendus entre les avocats ont parfois transformé la salle d’audience en caisse de résonance des tensions communautaires post 7-Octobre. Les réquisitions sont attendues dans la soirée.
Source
https://fr.timesofisrael.com/
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