Dossier iranien : le chef du Mossad en déplacement stratégique aux États-Unis
Le chef du Mossad échange aujourd’hui avec l’envoyé spécial de la Maison-Blanche, Steve Witkoff, dans un contexte de diplomatie intensive autour du dossier iranien.
Le directeur du Mossad David Barnea est arrivé aux États-Unis vendredi pour une tournée de consultations centrées sur les tensions avec l’Iran et la situation régionale, au lendemain d’un échange téléphonique entre le président américain Donald Trump et le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, axé sur la crise iranienne et ses implications sécuritaires pour Israël selon Axios rapporte Axios.
Aujourd’hui à Miami, Barnea doit rencontrer Steve Witkoff, envoyé spécial de la Maison-Blanche pour le Moyen-Orient, qui dirige les efforts diplomatiques américains dans le cadre des négociations entre Washington et Téhéran sur le nucléaire et les sanctions. La discussion intervient alors que la diplomatie américaine tente de concilier pressions politiques, options diplomatiques et menaces régionales, et que l’administration Trump maintient que toutes les options restent sur la table face à l’Iran, y compris la pression stratégique et militaire.
Iran ; derrière les protestations, la piste du Mossad
La question de l’implication des services de renseignement israéliens dans la vague de manifestations qui secoue l’Iran suscite de nombreuses spéculations. Officiellement, Israël et son armée affichent une grande prudence, évitant toute déclaration pouvant les exposer à des représailles directes de Téhéran, notamment sous forme de frappes de missiles balistiques. Mais derrière cette retenue publique, le rôle du Mossad demeure au cœur des interrogations.
Contrairement à l’image traditionnelle d’une agence opérant exclusivement dans l’ombre, le Mossad s’est montré ces dernières années beaucoup plus visible dans son bras de fer avec la République islamique. En juin dernier, lors d’un conflit israélo-iranien de courte durée mais intense, des centaines d’agents auraient été mobilisés pour frapper des infrastructures sensibles liées aux programmes nucléaire et balistique iraniens, tout en ciblant des systèmes de défense aérienne et des cadres militaires de haut niveau. À l’issue de cet épisode, le directeur du Mossad, David Barnea, avait rompu avec la tradition du silence en évoquant publiquement la présence permanente d’Israël sur le terrain iranien.
Cette communication inhabituelle s’est poursuivie fin décembre, lorsqu’un compte en farsi se présentant comme lié au Mossad a appelé les Iraniens à descendre dans la rue, affirmant être « avec eux sur le terrain ». Bien que les services israéliens aient officiellement nié toute affiliation directe, les spécialistes du renseignement rappellent que l’usage de structures écrans et de canaux indirects constitue une pratique courante dans les opérations de guerre psychologique menées par de grandes agences occidentales.
L’histoire récente renforce ces soupçons. Le sabotage de l’installation nucléaire de Natanz en 2020, initialement revendiqué par un groupe inconnu avant d’être largement attribué au Mossad, reste un exemple emblématique de ces opérations non revendiquées. L’ancien directeur de l’agence, Yossi Cohen, a d’ailleurs laissé entendre dans ses écrits que ce type d’action faisait pleinement partie de la stratégie israélienne à long terme contre l’Iran.
Dans le contexte actuel, certains médias israéliens évoquent même l’implication d’acteurs étrangers dans l’armement de manifestants iraniens afin de contrer les forces de sécurité du régime. Ces informations, reprises par des responsables iraniens, s’inscrivent dans une bataille narrative où Téhéran cherche à délégitimer un mouvement de protestation présenté comme manipulé de l’extérieur. De leur côté, les sources proches du Mossad évitent toute confirmation, conscientes qu’une reconnaissance officielle affaiblirait l’image d’un soulèvement populaire spontané.
Les troubles en Iran trouvent toutefois leurs racines dans des facteurs internes bien documentés : l’effondrement du rial, la flambée des prix de l’énergie et une crise nationale de l’eau ont nourri un profond ressentiment envers les autorités, en particulier les Gardiens de la révolution. L’ancien Premier ministre israélien Naftali Bennett avait lui-même souligné, dès 2022, la corruption et l’incompétence du régime iranien, estimant que ces failles pouvaient être exploitées par des moyens non militaires.
Selon plusieurs récits, Bennett et Barnea partageaient l’idée d’une stratégie d’usure progressive, inspirée des méthodes utilisées par les États-Unis durant la guerre froide contre l’URSS : affaiblir le régime de l’intérieur par une multitude d’actions indirectes plutôt que par un affrontement frontal. Cette approche s’inscrit dans une tradition israélienne bien établie, Israël ayant démontré par le passé sa capacité à soutenir discrètement divers acteurs armés ou politiques lorsque ses intérêts stratégiques étaient en jeu.
À ce stade, aucune preuve définitive ne permet d’établir l’ampleur exacte de l’implication du Mossad dans les manifestations iraniennes. Mais l’expérience montre qu’en matière de renseignement israélien, la réalité dépasse souvent les apparences. Ce n’est probablement qu’avec le recul que l’étendue réelle de ces opérations, si elles existent, pourra être pleinement comprise.
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