Merkel : des tableaux qui font tache

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La chancelière, qui avait dans son bureau deux tableaux d’Emil Nolde, doit les rendre. Cela tombe bien, le passé controversé du peintre ressurgit.
De notre correspondante à Berlin, Pascale Hugues
Angela Merkel va devoir changer dare-dare la décoration de son bureau et se séparer des deux toiles d’Emil Nolde, son peintre préféré, accrochées au-dessus du canapé. Depuis qu’elle aménagea, il y a 12 ans, dans ce vaste bureau de 140 mètres carrés situé au 7e étage de la chancellerie, le peintre expressionniste allemand est le fidèle compagnon de ses journées et de ses nuits de travail. Ces deux toiles sont un prêt de la Stiftung Preussicher Kulturbesitz, la fondation de l’héritage culturel prussien, qui souhaite les récupérer aujourd’hui. Angela Merkel a immédiatement fait savoir que ces œuvres seraient, bien entendu, immédiatement restituées à cette institution chargée de veiller au patrimoine culturel de la Prusse. En échange, la fondation prêtera deux tableaux de l’expressionniste Karl Schmidt-Rottluff, un contemporain de Nolde, pour décorer les murs du bureau d’Angela Merkel.

Compromission
La chancelière semble même assez pressée de se débarrasser des tableaux de ce peintre à la réputation douteuse. D’un côté, Emil Nolde fut classé « peintre dégénéré » par la propagande nazie, Goebbels en personne lui interdit d’exercer son métier et confisqua un grand nombre de ses toiles. Mais, de l’autre, et c’est la facette moins connue de ce peintre mythique, Nolde était aussi membre du NSDAP, fervent défenseur de l’idéologie nazie. Un antisémite et un raciste convaincu. Mais personne n’avait jusqu’à présent mesuré l’ampleur et la radicalité de son antisémitisme. Elles sont apparues au grand jour grâce à un projet de recherche effectué dans le cadre d’une grande exposition, « Emil Nolde. Une légende allemande. L’artiste sous le national-socialisme », qui ouvre la semaine prochaine au musée Hamburger Bahnhof de Berlin.
Un historien a réussi à avoir accès aux archives personnelles d’Emil Nolde très protégées par la fondation chargée de gérer la propriété de l’artiste. Et pour cause : l’historien a découvert le pot aux roses et a montré l’ampleur de la compromission de Nolde. C’est donc un mythe qui vole en éclats. Les toiles de Nolde sont exposées à la chancellerie depuis l’époque Helmut Schmidt. Le chancelier social-démocrate organisa même en 1982 une exposition Nolde dans les locaux de la chancellerie située encore à Bonn à l’époque. Schmidt, un homme du nord comme Nolde, acheta même plusieurs de ses toiles à titre privé. Nolde est le peintre des grands ciels du nord de l’Allemagne, balayés par le vent et les nuages. L’ancien président Richard von Weizsächer compte aussi parmi ses admirateurs. Pas étonnant que la chancelière veuille aujourd’hui se débarrasser de ces toiles du plus mauvais effet dans le bureau où elle reçoit les grands de ce monde.
Source :
https://www.lepoint.fr/europe/merkel-des-tableaux-qui-font-tache-06-04-2019-2306160_2626.php

Emil Nolde, né Hans Emil Hansen le 7 août 1867 à Nolde (de), Schleswig-Holstein et mort le 13 avril 1956 à Seebüll, est un peintre expressionniste et un aquarelliste allemand.
En 1935, il adhère avec conviction au parti nazi1. Il est défendu comme peintre dans un premier temps par Goebbels, amateur d’expressionnisme et certaines de ses aquarelles décorent même son appartement2. Une salle lui est consacrée à la galerie nationale de Berlin.

Cependant son art est critiqué par Alfred Rosenberg qui a les faveurs d’Hitler en matière culturelle, et, dès 1937, son art est tenu en suspicion par le régime : le 23 août 1941 Adolf Ziegler lui enjoint de cesser de peindre, ce qu’il refuse de faire3.

Nolde est alors expulsé de l’Académie des arts. Au cours de la campagne contre « l’Art dégénéré », un grand nombre de ses œuvres (1 052 exactement) exposées dans les musées allemands sont confisquées et certaines sont détruites sur ordre des nazis.
Il se retire alors à Seebüll et peint de très nombreuses aquarelles qu’il appelle ses « tableaux non-peints », en référence à l’interdiction d’exercer son art. Après la guerre, il bénéficie de l’inversion de valeurs en art décalquée sur la politique et la société et est réhabilité plutôt comme artiste4. Il reprend les grands formats et la peinture à huile, prenant comme modèles nombre de ses aquarelles des périodes troubles.
Paul Klee disait de lui : « Nolde est bien plus que lié au sol, il est aussi un démon de ces régions. Où que l’on se trouve se manifeste en permanence ce parent choisi, ce cousin des profondeurs.

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3 Commentaires

  1. Jako Lévy

    12 avril 2019 at 15 h 03 min

    BOF

    RAB

  2. vrcngtrx

    12 avril 2019 at 20 h 55 min

    y a pas que les tableaux qui font tache …
    http://news.trust.org/item/20171027145734-2h184

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