Raymond Kojitsky, ancien du groupe Manouchian, est décédé

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Le résistant Raymond Kojitsky, ancien du groupe Manouchian, est décédé à l’âge de 89 ans, selon un avis publié par sa famille dans le quotidien Le Monde daté de samedi. Issu d’une famille juive polonaise installée à Ménilmontant, quartier populaire de l’est de Paris, il s’était engagé à 16 ans dans la Résistance au sein des FTP-MOI (Francs-tireurs et partisans de la Main d’oeuvre immigrée), avec pour surnom «Pivert».

«J’ai proposé « Jean », c’était déjà pris, « Paul », déjà pris, et ainsi de suite. A un moment donné, j’ai pensé à l’oiseau Woody Woodpecker, j’ai dit « Pivert ». On me l’a accordé», avait-il raconté dans un témoignage publié par le Mémorial de la Shoah. Communiste comme son père, il s’engage dans un groupe dirigé par Henri Krasucki (1924-2003), le futur dirigeant de la CGT qui était alors responsable des Jeunesses communistes du XXe arrondissement à Paris.

Raymond Kojitsky lance des tracts contre l’occupant nazi puis entre aux FTP. Sa première action, il la mène contre un garage allemand au métro Cambronne. «Fallait jeter une grenade à l’intérieur. Une grenade à mèche. Tu l’allumais avec ta cigarette. Tu avais dix secondes, sinon tu sautais avec». Son chef est alors Missak Manouchian, chef du groupe immortalisé par l’«Affiche rouge» dont 22 membres seront fusillés par l’armée allemande dans la clairière du fort du Mont-Valérien le 21 février 1944 après le démantèlement du groupe en novembre 1943 par les policiers français.

Chevalier de la Légion d’honneur, Raymond Kojitsky, dont la mère, deux soeurs, un frère, la grand-mère, la tante, l’oncle et un petit cousin de 3 ans ont été déportés et assassinés par les nazis, disait n’avoir pas de regrets sauf celui de «ne pas avoir tué davantage de nazis». Il avait publié ses souvenirs avec Daniel Goldenberg en 1994 (Pivert, histoire d’un résistant ordinaire, chez Calmann-Levy).

source :
http://www.leparisien.fr/societe/raymond-kojitsky-ancien-du-groupe-manouchian-est-decede-25-03-2016-5660913.php#xtref=https://www.facebook.com

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Raymond Kojitsky, dit Pivert (27 septembre 1926-25 mars 2016), est un résistant français. Il appartient aux FTP-MOI et au groupe de Missak Manouchian.
Raymond Kojitsky est né dans une famille juive polonaise de Ménilmontant. Il entre dans la Résistance à 16 ans en participant avec les Jeunesses Communistes Juives à des lâchers de tract et des incendies de poteaux indicateurs allemands en fin 1942. Il est ensuite intégré en janvier 1943 aux équipes de la MOI, sous la direction de Henri Krasucki. Il accomplit son premier grenadage Place Cambronne, contre un garage militaire de l’armée allemande. Après l’arrestation de H. Krasucki en mars 1943, il passe sous les ordres de Manouchian.
Il échappe au démantèlement du groupe par les nazis du fait d’une brouille avec ses co-équipiers, Marcel Rajman et Celestino Alfonso à la suite de l’attentat du Parc Monceau le 19 août 1943. Marcel lui reproche de ne pas avoir couvert Alfonso, auteur du coup de pistolet mortel contre un major allemand : Pivert arrête aussi sec sa collaboration avec la MOI. Il est ainsi sauvé par Marcel quelques mois avant l’arrestation du groupe des 23, qu’il attribue à un autre membre de la MOI, Albert Davidovitch.
Il meurt le 25 mars 2016.

• Raymond Kojitsky, Daniel Goldenberg, Pivert, un résistant ordinaire, Calmann-Lévy, 1991


Le soldat juif très discret de la Résistance
Raymond Kojitsky a fait partie du groupe «terroriste» Manouchian pendant la Seconde Guerre mondiale dont 22 membres furent exécutés.
Dans les fichiers de police de la France occupée, faute de connaître son nom, il était « le blondinet ». Un gamin menu et pâle qui, à 16 ans, pouvait en paraître 12. En 1943, pour ses compagnons d’armes, il est devenu Pivert. Raymond Kojitsky, héros discret et tellement convaincu de ne pas en être un qu’il a mis quarante ans avant de demander sa carte de combattant et d’engagé volontaire dans la Résistance.
Jusqu’à présent, ce fut la seule reconnaissance de la France envers l’un des plus jeunes membres du groupe Manouchian, immigrés juifs et Francs-tireurs.

Leurs faits d’armes : lancer des grenades sur les soldats allemands. C’est ce qu’a fait Raymond Kojitsky l’année de ses 16 ans, jusqu’à ce que son destin l’éloigne du groupe des FTP-MOI (Francs-tireurs et partisans-Main-d’œuvre immigrée) quelques semaines avant son démantèlement et l’arrestation de 23 de ses membres, dont 22 furent fusillés le 21 février 1944 au mont Valérien.

Raymond Kojitsky n’a rien oublié des actions qu’il a menées, la peur et la colère au ventre, obéissant aux ordres d’un Henri Krasucki, puis de ce Manouchian rarement rencontré, mais qui un jour a offert une paire de chaussures au minot qu’il était. « C’était aussi rare que la viande ou le chocolat et je n’avais pas assez d’argent. J’en ai parlé comme ça à Manouchian, simplement pour dire quelque chose. Peu après, il m’a tendu un paquet. C’était des chaussures, un genre de bottines. » « Un souvenir heureux », l’un des seuls de cette sale période. « C’était un homme très doux », se souvient encore Raymond Kojitsky, qui n’oubliera jamais cette rencontre avec le « terroriste » des nazis. Manouchian, « il aimait l’humanité ».

A 86 ans, Raymond Kojitsky ne porte ni rosette ni ruban, ni aucune croix au plastron. Normal, il n’a jamais rien demandé. « Pour quoi faire? » s’entête-t-il, sans malice ni nostalgie d’une période où il eut peur, où il eut faim, où il eut mal, où « le matin je me réveillais comme un môme et l’après-midi j’étais un homme ». Tout juste admet-il qu’il « fallait quand même avoir un peu de courage », à quelques jours d’une cérémonie qu’il lui faudra pourtant bien savourer comme une reconnaissance tardive : la médaille de Vermeil de la Ville de Paris, voulue pour lui par ses proches.

Jeudi prochain, sous les ors de l’Hôtel de Ville, Raymond Kojitsky sera décoré. Et il a beau dire « pour moi ce n’est pas l’important, j’ai vécu tellement de misères », il apprécie que l’histoire honore « aussi » les moins visibles de ses combattants. Alors Pivert la reçoit, cette médaille, en pensant aux autres. A ses autres. Et, soudain, Raymond, l’ancien artisan maroquinier, que ses petits-enfants décrivent blagueur, chanteur et plutôt rigolard, met le XXIe siècle entre parenthèses.

Dans sa tête, où on aimerait entrer, c’est l’année 1943. Il en passe des souvenirs… Il passe aussi beaucoup de morts, que Raymond Kojitsky ne cessera jamais d’aimer. Sa mère? Déportée. Ses deux sœurs? Déportées. Son frère? Déporté. Sa grand-mère aussi, et puis son oncle, et puis ce petit cousin d’à peine 3 ans… Aucun n’est revenu d’Auschwitz. Il lui arrive de traverser les rues où il eut peur, mais où son bras n’a pas tremblé parce « qu’il fallait le faire, il fallait des courageux. Et il y en a eu, des Juifs courageux, qui ont combattu les nazis. Même si on n’était que 1%, on a résisté, j’en ai assez d’entendre dire que les Juifs ne se sont pas défendus! » Surtout pas lui, « le petit Yid de Ménilmontant », qui ne se voyait nulle part ailleurs qu’avec ceux-là, ces camarades dont il murmure les noms, clignant des yeux pour en chasser le reflet d’une larme.

Raymond Kojitsky assume jusqu’aux pires sentiments. « Quand je lançais ces grenades, je n’avais pas pitié. J’étais content quand ils sautaient en l’air. Moi, je pensais à tous ces morts qu’ils faisaient, à leurs assassinats, à tout ce qu’on savait déjà. Comment un être humain peut-il faire des choses pareilles? Je faisais cela d’instinct, répète-t-il. J’avais peur avant, après, mais en lançant je n’avais plus peur, ça non. » Plusieurs fois il a frôlé l’arrestation ou pire, comme ce jour où avec son « binôme » d’action, fuyant après un attentat, il croise une patrouille allemande. Puisque c’était la fin, alors autant se défendre : « J’ai voulu sortir mon pistolet, mais il est resté coincé dans ma chemise, raconte Raymond. Et puis les Allemands sont passés, sans s’intéresser à nous! Ils devaient nous croire trop jeunes pour avoir fait un attentat… N’empêche que si j’avais réussi à sortir mon pistolet, je serais mort. »

Pivert fut encore trompe-la-mort lors d’un autre attentat, le 27 mai 1943, près du boulevard de Courcelles. Ce jour-là, il y eut une fusillade, une balle lui a traversé le flanc. « Je saignais, raconte-t-il, sur le ton de l’anecdote. Je suis entré dans une clinique mais là, la dame de l’accueil voulait appeler police secours! Ensuite on est entrés dans un immeuble portant la plaque d’un médecin. Le médecin n’a pas voulu me soigner, il avait peur… alors on est repartis. » Vaille que vaille, Pivert est rentré chez sa mère et c’est là qu’un médecin du réseau est venu le soigner. Le petit Yid ne croit pas en Dieu — « S’il existait, il n’aurait pas laissé assassiner 6 millions de Juifs » — mais admet aujourd’hui « qu’il devait y avoir quelqu’un, là-haut, pour m’empêcher de mourir ».

« Je pense à ma mère, à mes sœurs, à mes camarades qui ont été tués à 16 ans. Ils ont 16 ans pour toujours, j’aimerais qu’on accorde autant de reconnaissance à mes camarades morts. »

source :
http://www.leparisien.fr/espace-premium/air-du-temps/le-soldat-juif-tres-discret-de-la-resistance-12-05-2013-2795533.php

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2 Commentaires

  1. Françoise SAADOUN

    26 mars 2016 at 17 h 25 min

    que ce héros repose en paix avec tous les honneurs qu’il mérite- le récit que je viens de lire est bien émouvant- à tous ces garçons de l’ombre, merci pour vos actes de bravoure, pour votre courage –

  2. franccomtois

    27 mars 2016 at 14 h 13 min

    Chapeau bas MONSIEUR.

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