1966-Comment le Mossad a volé l’avion de chasse le plus avancé au monde
Après près de trois ans de planification, le Mossad a recruté le pilote irakien Munir Redfa pour piloter un MiG-21 jusqu’en Israël en 1966, réalisant ainsi l’une des opérations de renseignement les plus audacieuses de l’histoire israélienne.
Le matin du 16 août 1966, à 8 heures précises, un avion de chasse étranger atterrit sur la base aérienne israélienne de Hatzor. Il ne s’agissait pas d’un appareil ami en visite de routine. L’insigne de l’armée de l’air irakienne était visible sur ses ailes et un pilote de 30 ans était aux commandes, ayant atterri volontairement en territoire ennemi. En quelques minutes, la portée de l’événement devint évidente : Israël venait de se procurer un MiG-21, le chasseur soviétique classifié le plus avancé de l’époque, une arme que les gouvernements occidentaux convoitaient désespérément.
Un avion que personne ne connaissait
L’histoire ne commença pas à Bagdad, mais à Moscou. Au cours du second semestre 1962, Israël reçut des informations inquiétantes : l’Union soviétique avait commencé à fournir aux pays arabes voisins des MiG-21, une nouvelle génération d’avions intercepteurs rapides et sophistiqués dont les véritables capacités étaient inconnues de l’armée de l’air israélienne et de tous ses alliés, y compris les pays de l’OTAN.
Le commandant de l’armée de l’air israélienne, le général de division Ezer Weizman, avait bien compris l’ampleur de la menace. En avril 1965, il rencontra le chef du Mossad, Meir Amit, et lui expliqua que l’armée de l’air devait tout savoir sur les MiG-21 aux mains des Arabes. Il formula une requête qui semblait impossible : obtenir un MiG-21 pour l’armée de l’air afin qu’elle puisse étudier l’appareil en détail.
Le pilote dont la religion l’a retenu
Bien que la mission semblât, sur le papier, irréalisable, le Mossad releva le défi. La solution ne résidait ni dans l’espionnage technologique ni dans l’infiltration d’une base militaire, mais dans un sentiment bien plus humain : la frustration.
Depuis les années 1950, le Mossad entretenait un agent juif en Irak, proche des milieux gouvernementaux et militaires. Grâce à lui, il parvint à identifier Munir Redfa, commandant de l’armée de l’air à Mossoul, dans le nord de l’Irak — un pilote talentueux et respecté dont l’ascension avait été freinée au grade de capitaine.

Le commandant de l’armée de l’air israélienne, le major-général Ezer Weizman
( Photo : Shaul Golan )
La raison n’était pas d’ordre professionnel. Redfa était chrétien, membre d’une minorité religieuse en Irak, et sa promotion fut bloquée malgré ses compétences.
Cette frustration, conjuguée à son désir d’immigrer en Occident, faisait de lui le candidat idéal. Les agents du Mossad prirent contact avec lui avec la plus grande prudence. Une partie des préparatifs de l’opération se déroula loin du Moyen-Orient, dans un café romain en janvier 1966. Lors d’une réunion entre des agents du Mossad, Redfa et un officier de l’armée de l’air détaché auprès du Mossad pour cette mission, les derniers détails de l’une des opérations d’espionnage les plus audacieuses de l’histoire d’Israël furent finalisés autour d’un café italien.
À un moment donné, Redfa a même été emmené secrètement en Israël pendant 24 heures. Là, il a rencontré le chef du service de renseignement de l’armée de l’air pour préparer l’étape la plus délicate : identifier avec précision l’aérodrome israélien où il devait atterrir en toute sécurité, sans commettre d’erreur et, surtout, sans atterrir sur une base ennemie.
L’un des défis opérationnels du Mossad consistait à informer Redfa que tout était prêt et qu’il pouvait mettre le plan à exécution. Envoyer un message direct à une personne en plein cœur de l’Irak était jugé trop risqué. La solution retenue fut une diffusion radio publique.
La chanson « Marhabtayn Marhabtayn » fut choisie comme moyen de communication. Sa diffusion sur le service arabophone de la radio israélienne constitua le signal convenu. Lorsque Redfa entendit la chanson, il sut que le moment était venu.
L’évasion : navigation précise et nerfs d’acier
Le 16 août 1966, Munir Redfa embarqua à bord de son avion et décolla de sa base, mais pas pour sa mission habituelle. Il mit le cap à l’ouest, parcourant près de 2 000 kilomètres dans les airs sur un itinéraire qui exigeait une navigation précise et des nerfs d’acier.

Le chef du Mossad à l’époque, Meir Amit
( Photo : David Rubinger )
Près de la frontière israélo-jordanienne, deux avions de chasse Mirage de l’armée de l’air israélienne l’ont repéré, intercepté et escorté vers l’ouest. Redfa a fait signe aux pilotes israéliens qu’il comptait atterrir en Israël et ils l’ont guidé en toute sécurité jusqu’à la base aérienne de Hatzor.
Le lendemain de l’atterrissage, les médias ont rapporté qu’un « MiG-21 de l’armée de l’air irakienne » avait atterri « hier à 8 heures du matin sur l’une des bases de l’armée de l’air israélienne », son pilote étant « actuellement interrogé » — sans, bien sûr, révéler tout le contexte opérationnel de l’affaire.
Dès son atterrissage à Hatzor, l’armée de l’air israélienne a entrepris un examen approfondi de l’appareil. L’objectif était clair : comprendre enfin le potentiel exact du MiG-21. Des pilotes israéliens ont effectué de nombreux décollages et atterrissages à son bord, testant ses performances, ses limites et ses atouts, jusqu’à l’usure complète des pneus et l’immobilisation de l’avion.
Mais les dégâts causés aux pneus étaient insignifiants comparés aux renseignements obtenus. Les informations recueillies lors de l’examen de l’appareil ont considérablement enrichi la compréhension du MiG-21 par Israël. Ces connaissances ont également été partagées avec les alliés d’Israël, notamment les États-Unis, qui ont ainsi pu observer de près un avion resté jusque-là un mystère pour l’Occident.
L’héritage
L’opération Diamant, également connue sous le nom d’« Oiseau bleu », demeure l’un des plus grands succès de Meir Amit à la tête du Mossad. Elle ne résultait pas d’une avancée technologique majeure, mais d’une profonde compréhension de la nature humaine : identifier la source de frustration d’un homme et, pendant près de trois ans, cultiver avec patience et rigueur une relation de confiance.
Des dizaines d’agents du Mossad, des services de renseignement et de l’armée de l’air ont participé à l’opération. Son impact a largement dépassé la simple acquisition d’un avion : elle a considérablement renforcé la position internationale du Mossad comme l’un des services de renseignement les plus sophistiqués au monde.
Munir Redfa lui-même, qui a troqué son ancienne vie en Irak contre une nouvelle vie sous une identité différente, est devenu une figure légendaire de l’histoire du renseignement israélien — un pilote dont la religion l’avait empêché de progresser dans une armée, mais qui lui a ouvert la porte à un chapitre entièrement nouveau de sa vie.
Source
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