À Paris, les Verts s’opposent à la création d’une allée Claude Lanzmann
Une proposition visait à rebaptiser l’allée centrale du square des martyrs juifs du Vel’ d’hiv’, le lieu de mémoire situé quai de Grenelle, dans le 15ème arrondissement, du nom du cinéaste

Au mois de décembre 2025, des élus écologistes du Conseil de Paris, sous l’impulsion d’Alice Coffin, ont bloqué une délibération qui visait à baptiser une allée de la capitale au nom du cinéaste Claude Lanzmann, le réalisateur de « Shoah », le film monumental consacré à l’extermination des Juifs d’Europe pendant la Seconde guerre mondiale, lit-on dans une tribune parue jeudi dans Le Point.
Cette délibération, qui devait être examinée le 18 décembre, proposait ainsi de rebaptiser l’allée centrale du square des martyrs juifs du vélodrome d’hiver (Vel’ d’hiv’), le lieu de mémoire situé quai de Grenelle, dans le 15ème arrondissement de Paris, du nom du cinéaste et intellectuel de gauche.
Lanzmann, décédé en 2018, avait profondément marqué son époque, aidant à ancrer la Shoah dans la mémoire collective européenne. Cet ancien résistant, proche de Jean-Paul Sartre et de Simone de Beauvoir, directeur de la revue les Temps modernes de 1986 jusqu’à sa mort, était fermement engagé contre le colonialisme et il était un fervent défenseur d’Israël. Il avait travaillé douze ans pour réaliser « Shoah », son chef d’œuvre inscrit au registre de la Mémoire du monde de l’UNESCO, un documentaire fondamental de neuf heures où il faisait le récit du génocide juif.
La résolution n’a toutefois pas été au goût des élus EELV (Europe écologie-Les Verts) de la capitale, qui ont invoqué des accusations de violences sexistes et sexuelles lancées à l’encontre du cinéaste. Si Lanzmann avait, en effet, été visé par des accusations, elles n’avaient toutefois été suivies d’aucune plainte – aucun jugement n’ayant été rendu en conséquence.

Alice Coffin, personnage médiatique controversé en raison de nombreux propos polémiques, qui avait écrit un article pour Libération qui était consacré à Lanzmann, en 2018, y rappelait notamment qu’il avait brièvement été arrêté en 2012 pour harcèlement sexuel – « un baiser volé », avait titré Libération à l’époque – ajoutant qu’une journaliste néerlandaise, Joyce Roodnat, avait raconté que lors d’un entretien que Lanzmann lui avait accordé à son domicile, il lui avait imposé des contacts physiques non consentis.
La mairie de Paris, Anne Hidalgo a finalement décidé de retirer la résolution à la dernière minute. Une décision qui a été dénoncée par les signataires de la lettre ouverte parue dans Le Point, qui, faisant remarquer que « les rumeurs et les ragots » ne constituaient « pas le droit » dans une démocratie, « c’est la question de la mémoire de la Shoah et, à travers elle, de la lutte contre l’antisémitisme, qui se trouve ici atteinte ».
« Dans un contexte d’aggravation de l’antisémitisme, de négation et/ou d’instrumentalisation de la Shoah, comment ne pas interpréter cet affront à la mémoire de Claude Lanzmann comme une démission voire – pire – une compromission ? », se sont interrogés ses auteurs.
Ils ont appelé l’édile à réexaminer sa décision.
Source
https://fr.timesofisrael.com/
