Afrique du Sud : un film antisémite accusant les Juifs de ne pas être les « vrais Juifs » interdit
Dans sa décision, l’autorité de régulation estime que le film dépasse largement le cadre de la liberté d’expression et constitue une incitation à la haine
L’Afrique du Sud devient le premier pays à interdire officiellement la diffusion et la distribution du documentaire « Hebrews to Negroes: Wake Up Black America », accusé de propager des théories complotistes antisémites et de nier la Shoah. La décision a été confirmée lundi par le Film and Publication Board (FPB), l’organisme sud-africain chargé de la classification des œuvres audiovisuelles.
Sorti en 2018, ce documentaire affirme que les descendants des anciens Israélites seraient en réalité les membres de la communauté des « Israélites hébreux noirs », et non les Juifs d’aujourd’hui. Il développe également des théories conspirationnistes présentant les Juifs comme les instigateurs d’un complot mondial visant notamment à exploiter et à tromper les populations noires.
Dans sa décision, l’autorité de régulation estime que le film dépasse largement le cadre de la liberté d’expression et constitue une incitation à la haine. Elle relève notamment des passages niant la réalité de la Shoah, des propos déshumanisants qualifiant les Juifs de « parasites parmi les nations », ainsi que des accusations reprenant les principaux clichés de la propagande antisémite.
Le FPB considère également que l’œuvre ne peut prétendre au statut de documentaire historique sérieux. Selon l’organisme, la négation de la Shoah et la diffusion de fausses informations compromettent fondamentalement son authenticité et sa crédibilité.
Cette décision fait suite à une plainte déposée par le South African Jewish Board of Deputies (SAJBD), principale organisation représentative de la communauté juive sud-africaine. Celle-ci avait alerté les autorités après une projection du film au Soweto Theatre, en juin 2023.
Le refus de classification avait été prononcé dès décembre 2025, mais sa publication officielle au Journal du gouvernement en octobre 2026 lui donne désormais une portée réglementaire explicite. Concrètement, le film ne peut plus être légalement diffusé, projeté en public, distribué ou proposé à la vente ou à la location en Afrique du Sud. Cette mesure ne concerne toutefois pas le livre dont il est adapté.
Les contrevenants s’exposent à une amende pouvant atteindre 500 000 rands, soit environ 25 000 euros, à une peine de prison maximale de cinq ans, ou aux deux sanctions cumulées.
Le Conseil représentatif des Juifs sud-africains a salué cette décision, estimant qu’elle rappelle que la liberté d’expression ne saurait servir de justification à la diffamation et à la propagation de la haine envers une communauté entière. L’organisation considère cette mesure comme une avancée importante dans la protection de la dignité et des droits fondamentaux des citoyens.
Le film avait déjà suscité une vive polémique internationale en octobre 2022, lorsque la star américaine de basketball Kyrie Irving avait partagé sur les réseaux sociaux un lien permettant d’y accéder. Le joueur de NBA avait d’abord refusé de condamner publiquement son contenu, avant de supprimer sa publication et de présenter des excuses.
Malgré les nombreuses controverses entourant cette production, elle reste disponible dans plusieurs pays, notamment aux États-Unis et au Royaume-Uni. Certains distributeurs, dont Barnes & Noble, ont néanmoins choisi de la retirer de leur catalogue.
