Attentat de Rambouillet : comment Jamel Gorchene s’est radicalisé

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Sur les réseaux sociaux, Jamel Gorchene, chauffeur-livreur tunisien, était très réceptif depuis quelques mois aux discours fustigeant une prétendue islamophobie en France.
Par Jérémie Pham-Lê et Jean-Michel Décugis
Plonger dans les – très nombreuses – publications du compte Facebook de Jamel Gorchene, c’est observer l’évolution de plus en plus radicale de son discours religieux au fil des années. En novembre 2015, dans la foulée des massacres de Paris, le Tunisien de 36 ans ajoute un filtre aux couleurs du drapeau français à sa photo de profil en hommage aux victimes. Cinq ans plus tard, quelques jours après l’exécution barbare du professeur Samuel Paty par un terroriste à Conflans-Sainte-Honorine (Yvelines), il relaie cette fois un montage proclamant « Je suis Mohamed ». Ainsi qu’un texte qui semble légitimer la violence contre ceux qui offensent le prophète de l’islam : « Ô les musulmans, maintenant nous allons répondre aux insultes de la France et de Macron contre notre prophète Mahomet, que la paix soit sur lui, le puissant et majestueux. » L’écrit appelle par ailleurs au « boycott des produits français ».
Que s’est-il passé entre-temps dans la tête de Jamel Gorchene pour qu’il se mue en terroriste sanguinaire ? Vendredi midi, le trentenaire a égorgé Stéphanie M., une agente administrative de 49 ans, aux cris de « Allahou akbar », dans le sas du commissariat de Rambouillet (Yvelines). Avant d’être abattu par des tirs de riposte d’un policier.
D’après des sources proches de l’enquête, les premières investigations, confiées à la sous-direction antiterroriste (SDAT) et la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI), mettent en évidence le profil d’un homme solitaire et « fragile psychologiquement », dont les troubles se seraient amplifiés avec la crise sanitaire et télescopés avec une radicalisation religieuse violente.

Les enquêteurs ont découvert sur le téléphone saisi sur son corps des consultations d’« anasheeds », ces chants religieux guerriers qui galvanisent les djihadistes. En revanche, aucun écrit expliquant son geste meurtrier ou lettre d’allégeance à une organisation terroriste n’a été retrouvé à ce stade. Mais d’autres supports saisis lors de la perquisition à son domicile de Rambouillet, où il vivait depuis 2015 avec son père, sont en cours d’analyse.
Sur Facebook, Jamel Gorchene s’était abonné aux prêches d’un cheikh appelé Ali Al Qaradaghi. Selon l’ONG Counter Extremism Project, cet homme de 72 ans, qui vit au Qatar, est réputé proche des Frères musulmans et tient des discours réguliers contre les prétendues politiques islamophobes des pays occidentaux. Il avait notamment appelé Emmanuel Macron à présenter « ses excuses au prophète Mahomet et à tous les musulmans » après l’interview du président français à Al-Jazeera le 21 octobre dernier, au cours de laquelle il avait défendu le droit à caricaturer.

Ce samedi soir, quatre personnes dans l’entourage de Jamel Gorchene étaient toujours entendues en garde à vue. Parmi elles, le père du terroriste. Ce septuagénaire a indiqué aux policiers n’avoir pas remarqué la radicalisation de son fils, mais a précisé que celui-ci était apparu « très faible » ces derniers mois, au point qu’il aurait consulté un médecin pour une dépression. Il n’aurait, en revanche, jamais fait de séjours en psychiatrie. Selon lui, le confinement aurait précipité la dérive de son fils.
Un autre membre de la famille du tueur, qui vit en Seine-Saint-Denis, était également auditionné. De même qu’un couple qui a accueilli Jamel Gorchene à son arrivée en France en 2009 à leur appartement de Thiais (Val-de-Marne). Le terroriste était toujours officiellement domicilié à leur adresse, mais il n’y vivait plus depuis des années. Originaire de la ville tunisienne de M’Saken, titulaire d’un diplôme de technicien mécanique, Jamel Gorchene avait rejoint la région parisienne en tant que clandestin. Il avait finalement été régularisé en 2019 après avoir fourni des preuves qu’il avait travaillé ces dernières années ainsi qu’une promesse d’embauche en tant que chauffeur-livreur, métier qu’il occupait encore à sa mort. Son titre de séjour était valable jusqu’à fin 2021.
Les enquêteurs tentent de déterminer si Gorchene avait des liens particuliers avec le commissariat de Rambouillet, ou s’il l’a ciblé par pure opportunité et logique de proximité, comme le prône la propagande djihadiste. Seule certitude : le terroriste, inconnu des services de renseignement, avait effectué le matin même des repérages autour du bâtiment avant de passer à l’action à la pause déjeuner. Les services antiterroristes s’interrogent sur un récent appel du groupe terroriste Al-Qaïda à assassiner un policier occidental, avec une récompense en monnaie cryptée à la clé. « Mais rien ne montre à ce stade que Jamel Gorchene suivait l’actualité terroriste à ce point, le communiqué n’avait pas été diffusé très largement, confie une source proche de l’enquête. Les appels à cibler les forces de l’ordre sont permanents et très régulièrement réitérés. »
Ces derniers mois, l’assaillant publiait quasi quotidiennement sur les réseaux sociaux des rappels religieux ainsi que des vidéos dénonçant un supposé climat de stigmatisation des musulmans en France. Ses proches en Tunisie, interrogés par l’AFP, ont révélé que Jamel Gorchene était revenu il y a un mois en Tunisie pour un voyage de deux semaines. Ces derniers auraient alors noté qu’il n’était « pas bien, tout le temps pensif », au point de « parler peu et manger peu ». Le futur tueur aurait confié à l’époque son intention de rentrer définitivement dans son pays d’origine. De toute évidence, il a brutalement changé de plans.
Source
https://www.leparisien.fr/faits-divers/attentat-de-rambouillet-jamel-gorchene-un-terroriste-au-profil-mysterieux-24-04-2021-GBP75WK7YVFWZFDLRS3EUPA7QM.php

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4 Commentaires

  1. Paul06 dit :

    Un simple problème de dépression probablement, liée au covid19 et au confinement. J’aurais pu être juge ou psychiatre, voire les deux.

  2. Franccomtois dit :

    On prend vraiment les gens pour des niais!De ma personne je n´irai jamais sur des sites oú l´on appelle á trucider,torturer,harceler etc,etc…il faut vraiment avoir envie d´y aller et être un véritable tordu pour mater se genre de saloperies.

    • Lior dit :

      Cher ami, shalom !
      Dans l’absolu tu as raison. Cela dit, si des gens appelaient à me trucider moi et/ou mon peuple, je crois que j’irais faire un tour sur le site pour voir ce qu’ils préparent.. En fait, je n’ai pas confiance dans l’Etat pour nous protéger: on l’a bien vu dans le cas de l’assassinat de Sarah.

  3. Lior dit :

    J’ai lu l’article de BTA à propos de Desgranges et Stéphane Blet. Ces deux personnes ont clairement le cerveau gravement malade et sont entrain de rater leur vie. J’éprouve avant tout de la pitié pour elles. Chez nous, nous avons de brillants médecins, eux seuls pourraient les soigner..

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