Au Bourget, les réseaux liés aux Frères musulmans relancent la mobilisation

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Après six ans d’interruption, la Rencontre Annuelle des Musulmans de France (RAMF) au Bourget a attiré les foules et esquissé une stratégie mêlant mobilisation électorale, jeunesse et ambition européenne.
événement a failli ne pas avoir lieu. La préfecture de police de Paris, sur demande du ministre de l’Intérieur Laurent Nunez, avait prononcé une interdiction au motif d’un « risque terroriste important à l’égard de la communauté musulmane ». Le tribunal administratif a finalement autorisé l’ouverture ce vendredi de la Rencontre Annuelle des Musulmans de France (RAMF) au Bourget, à la veille du lancement officiel – offrant au rassemblement un retentissement médiatique inattendu. « L’effet Streisand » a fonctionné : les files d’attente du lendemain témoignaient d’une affluence bien supérieure à ce qu’une ouverture ordinaire aurait sans doute suscité.
L’organisation est portée par Makhlouf Mamèche, président de Musulmans de France (anciennement UOIF, la représentation des Frères musulmans en France). Samedi 4 avril, Abdallah Ben Mansour, ancien dirigeant de l’UOIF et président du Conseil des musulmans européens (basé à Bruxelles, fondé par les Frères musulmans), a annoncé la reconduction du rassemblement dès l’année prochaine, avec l’ambition d’en faire un événement à portée européenne.

« Usons du bulletin de vote »
La matinée du samedi s’est ouverte par une table ronde intitulée « Loi séparatisme : L’État de droit en danger ? », réunissant Bernard Godard, ancien consultant sur les questions de l’islam au ministère de l’Intérieur (1997-2014), l’avocat Sefen Guez Guez – défenseur notamment de l’ex-Collectif Contre l’Islamophobie en France (CCIF), dissous par un décret du ministre de l’Intérieur en septembre 2021 – et Éric Dufour, directeur du groupe scolaire musulman Averroès à Lille. Le dispositif d’écoute, via des casques connectés distribués aux participants, garantissait que les échanges ne pouvaient être enregistrés à l’insu des intervenants.

Le ton était celui d’un bilan amer depuis le discours prononcé par Emmanuel Macron aux Mureaux en 2020 : dissolution de Baraka City, dissolution du CCIF, vagues de perquisitions administratives jugées infructueuses et « traumatisantes pour des familles ». « Il y a un agenda politique », a martelé Bernard Godard. Mais le message central était tourné vers l’avenir : Éric Dufour, dont le lycée Averroès a retrouvé en 2025 son contrat d’association avec l’État après une résiliation en 2023, a appelé à plusieurs reprises le public à participer aux scrutins. « On est dans une démocratie, usons du bulletin de vote ! », a-t-il lancé, en espérant qu’un éventuel changement de majorité en 2027 permettrait de lever les tensions autour du port du voile.

« Les musulmans sont trop timides »
L’après-midi a été consacrée à des échanges plus offensifs. Le sociologue Raphaël Liogier, professeur d’université, a exhorté la communauté musulmane à sortir de ce qu’il perçoit comme une réserve contre-productive. « Je pense que les musulmans sont trop timides ! », a-t-il déclaré, appelant à « descendre dans la rue massivement » et à jouer de « la culture française, qui est une culture de manifestation ». Le sociologue a plaidé pour une « convergence des luttes » – empruntant explicitement le vocabulaire marxiste – afin que la communauté se mobilise « comme un seul homme en réponse au regard unificateur » qui lui est porté.

Ces propos ont été amplifiés par Feïza Ben Mohamed, ancienne responsable de communication du CCIF, aujourd’hui journaliste pour l’agence de presse turque Anadolu, réputée proche du gouvernement Erdogan. Regrettant l’absence de manifestation devant le Bourget lors de la tentative d’interdiction, elle a également déploré « l’absence d’un clergé en Islam » comme facteur de dispersion de la communauté, et comparé la visibilité médiatique des institutions juives (citant notamment le Crif) à celle, selon elle insuffisante, des musulmans dans les débats publics sur la Palestine.

La France insoumise en toile de fond
L’islamologue François Burgat, ancien chercheur au CNRS et habitué du Bourget, a conclu les tables rondes de l’après-midi. Interpellé sur la notion d’« entrisme » à la suite du rapport commandé en 2025 par le ministère de l’Intérieur sur les Frères musulmans en France, il a répondu par une boutade – « vous êtes tous fréristes et moi islamogauchiste ! » – avant d’aborder la question électorale sous un prisme clairement partisan.
« J’aime bien LFI, ils sauvent l’honneur », a-t-il déclaré, non sans dépit : le bureau national du parti aurait, selon lui, refusé de le soutenir lors de sa garde à vue en 2024 pour apologie du terrorisme. Mathilde Panot, députée La France insoumise, avait pour sa part publiquement critiqué la demande d’interdiction visant le congrès. Burgat a par ailleurs salué l’élection du maire insoumis Bally Bagayoko à Saint-Denis, et appelé les participants à « s’investir au niveau local ».
Gaza, influenceurs et Génération Z
Un mémorial dédié aux victimes du conflit à Gaza était accessible toute la journée. Conférences sur « la flottille de la liberté », témoignages sur la situation à Gaza, stands de vente de keffiehs et de « Palestine cola », collectes de dons : la cause palestinienne constituait l’autre fil rouge du congrès.
Mais la cible prioritaire des organisateurs était clairement la Génération Z, née après 1995. Des influenceurs très suivis sur Instagram ont relayé l’événement, aux côtés de figures militantes comme Omar Alsoumi, porte-parole d’Urgence Palestine, actuellement mis en cause pour avoir appelé à propager un « déluge d’Al-Aqsa » (la plus grande mosquée de Jérusalem-Est) en France.

Sur le stand du collectif – en voie de dissolution –, il dédicaçait son livre et proposait un carnet de coloriage destiné aux enfants, leur permettant d’identifier les enseignes à « boycotter » en soutien à la Palestine. Entre mobilisation électorale, ambition européenne et conquête de la jeunesse, le Congrès du Bourget 2025 esquisse la stratégie d’un retour qui se veut durable.
Source Le Point

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  1. Zeev dit :

    Super tribunal administratif vraiment merci. Quelle honte. L islamisme n’est pas un jeu. C’est dangereux. Le sort de certains pays à cause de l islamisme devrait nous alerter.

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