FR3 Lundi 15 Décembre 2014 :Pierre Dac aux commandes de la guerre des ondes

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Le téléfilm de Laurent Jaoui raconte avec brio l’histoire de cet humoriste qui ferrailla contre la propagande pétainiste au micro de la BBC (lundi 15 décembre à 20 h 45 sur France 3)

Au début de la seconde guerre mondiale, la résistance à l’occupant nazi s’est d’abord faite par les ondes. C’est d’ailleurs depuis Londres que le général de Gaulle a lancé, en 1940, son fameux appel du 18 juin, au micro de Radio Londres, hébergée dans les locaux de la BBC.
A ses côtés, une poignée de Français qui, ralliés au chef de la France libre, ont mené une guerre d’une extrême violence avec Radio Paris, antenne entièrement contrôlée par les Allemands. « Radio Paris ment, Radio Paris ment, Radio Paris est allemand… », lançait Radio Londres avant ses émissions.
Chaque soir à 21 h 15, sur les premières notes de la Cinquième sym¬¬phonie de Beethoven, Radio Londres diffusait « Les Français parlent aux Français », où chacun tentait de déchiffrer les « quelques messages personnels » qui n’étaient que des messages codés. Parmi les voix lisant ces messages laconiques, celle de l’humoriste Pierre Dac, le président fondateur de la SDL (Société des loufoques) et créateur, avant la guerre, du journal humoristique L’Os à moelle.

De son vrai nom André Isaac, Pierre Dac, juif alsacien et résistant de la première heure, fut, à partir de 1943, un des piliers de Radio Londres, où il intervint quotidiennement jusqu’au débarquement des Alliés en Normandie. Avec son esprit burlesque, son humour subtil et ses mots cinglants, il mena une impitoyable guerre des mots contre Radio Paris, et particulièrement contre un des plus virulents ténors de la collaboration,

Philippe Henriot, que les Allemands appelaient le « Goebbels français ».
C’est la singulière histoire de Pierre Dac que le réalisateur Laurent Jaoui nous raconte dans son téléfilm La Guerre des ondes, auquel il a ajouté des images documentaires. « Le film est une “fiction documentée”, écrit-il dans sa note d’intention. D’une part, parce que nous utilisons des archives filmées qui s’insèrent dans le fil du récit et donnent corps aux discours radiophoniques, d’autre part, parce que nous collons au plus près de la réalité historique. »

Pour écrire ce film produit par Capa Drama, les auteurs ont pioché dans les archives de Radio Londres et de Radio Paris, où ont été conservés les violents échanges entre Pierre Dac et Philippe Henriot. « Les personnages sont forts, leur langue, riche, et les enjeux, suprêmes », dit Laurent Jaoui.

Mais, au-delà de la mise en scène bien construite, la très bonne surprise vient de Jean-Yves Lafesse, le roi de l’imposture radiophonique, qui interprète avec émotion et finesse le rôle de Pierre Dac. « Je suis né en écoutant Pierre Dac et Francis Blanche à la radio, j’ai été nourri par eux, confie-t-il. C’est un rôle que je ne pouvais pas refuser. » Il ajoute : « Je n’ai pas essayé de copier le personnage  mais de creuser sa psychologie, sa souffrance et son amour pour sa femme qu’il avait été obligé de laisser à Paris, ce qui le rendait très dépressif. Je me sens très proche de ses valeurs humanistes et je me suis rendu compte que c’est l’humour qui l’a fait tenir et l’a sauvé. »
En août 1944, après avoir quitté Londres pour Paris, où il a retrouvé son épouse, Pierre Dac a repris sa vie d’humoriste. Dans son livre Un Français libre à Londres en guerre (éd. France-Empire, 1972), il écrit : « Je remis la tenue civile et repris mes activités professionnelles qui étaient de même nature que celles d’avant-guerre, c’est-à-dire théâtralement, cabarètement, radiophoniquement, clubement, activement, effectivement et réciproquement. » Il est mort à Paris le 9 février 1975.
« La Guerre des ondes », de Laurent Jaoui. Avec Jean-Yves Lafesse, Olivier Massart, Laurent Gernigon (France, 2014, 95 min). Lundi 15 décembre à 20 h 45 sur France 3.

lire l’article du MONDE en cliquant sur le lien ci-après

http://www.lemonde.fr/televisions-radio/article/2014/12/15/pierre-dac-aux-commandes-de-la-guerre-des-ondes_4540762_1655027.html

André Isaac, dit Pierre Dac1, né le 15 août 1893 à Châlons-sur-Marne et mort le 9 février 1975 à Paris, est un humoriste et comédien français. Il a également été, pendant la Seconde Guerre mondiale, une figure de laRésistance contre l’occupation de la France par l’Allemagne nazie grâce à ses interventions sur Radio Londres.
Créateur dans les années 1930 du journal humoristique L’Os à moelle, Pierre Dac est notamment l’inventeur du Schmilblick, un objet rigoureusement intégral qui ne sert absolument à rien et peut donc servir à tout, et du mot Chleuhs pour désigner les Allemands durant le conflit de 1939-1945. Il popularise également l’expression « loufoque » formée à partir du louchébem.
Après guerre, il constitue un fameux duo humoristique avec Francis Blanche, et conçoit et anime les populaires séries radiophoniques Signé Furax et Bons baisers de partout.
Pierre Dac est issu d’une modeste famille juive d’Alsace, originaire de Niederbronn-les-Bains et installée après la défaite de 1870 à Châlons-sur-Marne où le père est boucher. Il naît dans cette ville au 70 rue de la Marne3. Mobilisé en août 1914 au lendemain de son vingt-et-unième anniversaire, il revient du front quatre ans plus tard avec deux blessures, dont une d’un obus qui lui a raccourci de douze centimètres le bras gauche. Après la Première Guerre mondiale, Pierre Dac vit de petits métiers à Paris. Dans les années 1930, il se produit comme chansonnier dans divers cabarets, notamment la Vache Enragée, le Théâtre du Coucou, leThéâtre de 10 Francs, le Casino de Paris, les Noctambules, et La Lune rousse à Montmartre. René Sarvil lui écrit de nombreux textes pour ses specta

cles. En 1935, il crée une émission humoristique de radio La Course au Trésor et en anime une autre la Société des Loufoques qui remportent un grand succès.
En 1938, il fonde L’Os à moelle, organe officiel des loufoques, une publication humoristique hebdomadaire au nom inspiré par François Rabelais et par son père boucher (le mot loufoque vient de l’argot des bouchers, le louchébem, et signifie fou). Elle a pour collaborateurs le chansonnier Robert Rocca, les dessinateurs Jean Effel, Roland Moisan, etc. Dès son premier numéro, le journal annonce la constitution d’un « Ministère loufoque », dont les portefeuilles ont été distribués « au Poker Dice ». Ses petites annonces — dont la plupart sont rédigées par Francis Blanche, qui débute — vendent de la pâte à noircir les tunnels, des porte-monnaie étanches pour argent liquide, des trous pour planter des arbres, etc. Le monde de cette époque pratiquant un style différent de loufoquerie, l’hebdomadaire — dès l’origine très anti-hitlérien — cesse de paraître après 109 numéros, le 7 juin 19404. L’équipe du journal est contrainte de quitter Paris alors sur le point d’être occupé. Il reparaîtra épisodiquement en 1945-1946, puis vers 1965, avec des talents nouveaux, comme René Goscinny (Les aventures du facteur Rhésus) et Jean Yanne (Les romanciers savent plus causer français en écrivant).

Réfugié en 1940 au 42 boulevard de Strasbourg à Toulouse (une plaque commémorative l’attestant : Ici ont vécu en 1940-41 Pierre Dac speaker de la France Libre et Fernand Lefevre commandant du groupe Lorraine et d’ici s’évadèrent en novembre 1941), Pierre Dac décide de rejoindre Londres dès 1941, mais est arrêté deux fois lors de ses tentatives de traversée des Pyrénées et incarcéré, d’abord, à la Carcel Modelo (prison Modelo) de Barcelone, ensuite à Perpignan le 6 mars 19425. Il finit par être échangé contre quelques sacs de blé, et rejoint Alger puis Londres en passant par le Portugal

Devenu alors l’humoriste des émissions en français « Les Français parlent aux Français » de Radio Londres à partir de 1943, il y parodie des chansons à la mode (Les gars de la Marine devenant « Les gars de la Vermine », Ça fait d’excellents Français, Horst-Wessel-Lied) pour brocarder le gouvernement de Vichy, les collaborationnistes et le régime nazi. Il fut, parmi d’autres, la voix du refrain célèbre de Jean Oberlé « Radio Paris ment, Radio Paris ment, Radio Paris est allemand » sur l’air de la Cucaracha, les paroles de couplet étant l’œuvre de Maurice Van Moppès. Enthousiasmé par ce slogan efficace, Jacques Duchesne le directeur de l’émission décida de le placer en générique de l’émission6.
Lorsque, le 10 mai 1944, Philippe Henriot, sur Radio Paris, s’en prend à Pierre Dac en évoquant ses origines juives et en mettant en doute son intérêt pour la France par un « La France, qu’est-ce que cela peut bien signifier pour lui ? », l’humoriste lui répond le lendemain sur Radio-Londres dans un discours lapidaire baptisé « Bagatelle sur un tombeau »7, et dans lequel il déclare que son frère Marcel, décédé au front lors de la Première Guerre mondiale, a bien sur sa tombe l’inscription « Mort pour la France »8, alors que sur celle de Philippe Henriot on écrirait « Mort pour Hitler, fusillé par les Français ». Une réponse prémonitoire, puisque Henriot est abattu par la résistance quarante-cinq jours plus tard9.
À la Libération, il rentre à Paris où il est reçu apprenti à la loge « Les Compagnons ardents » de la Grande Loge de France le 18 mars 1946. Il en restera membre jusqu’en 1952 et rédigera une parodie de rituel maçonnique devenue célèbre dans la franc-maçonnerie française10, « Grande Loge des Voyous, Rituel du Premier Degré Symbolique »11. Il revient au cabaret mais aussi au théâtre sur les scènes parisiennes (l’ABC, Les Trois Baudets, l’Olympia, l’Alhambra, le Théâtre de Paris, leThéâtre Édouard VII, etc.).
Il forme à la même époque avec Francis Blanche un duo auquel on doit de nombreux sketches dont le fameux Le Sâr Rabindranath Duval (1957), et un feuilleton radiophonique, Malheur aux barbus, diffusé de 1951 à 1952 sur Paris Inter (213 épisodes), et publié en librairie cette même année ; personnages et aventures sont repris de 1956 à 1960 sur Europe 1, sous le titre Signé Furax (soit 1 034 épisodes). Ces émissions sont suivies par de nombreux auditeurs. Plus tard, entre 1965 et 1974, en compagnie de Louis Rognoni, Pierre Dac crée la série Bons baisers de partout (740 épisodes), une parodie des séries d’espionnage des années 1960, diffusée sur France Inter.
Il a été surnommé par certains le « Roi des Loufoques », pour son aptitude à traquer et créer l’absurde à partir du réel.
Son texte Le biglotron fut souvent cité par les amateurs de dépédantisation. Il est l’inventeur du Schmilblick, qui « ne sert absolument à rien et peut donc servir à tout. Il est rigoureusement intégral ! ». Le mot « Schmilblick » sera repris par Guy Lux pour un jeu télévisé (hérité de « La Chose » de Pierre Bellemare sur Radio-Luxembourg), puis par Coluche pour une parodie de ce jeu restée célèbre.
Entre 1964 et 1966 il fait reparaître L’Os à Moelle. Le 11 février 1965, Pierre Dac se déclare candidat à la présidentielle avec le MOU ou Mouvement ondulatoire unifié lors d’une conférence à l’Élysée-Matignon. Le Tout-Paris est là, et applaudit le canular. Les flashs crépitent et Pierre Dac fait son entrée avec ses catcheurs et gardes du corps : il désigne Jacques Martin Premier Ministre, et deux de ses futurs ministres, Jean Yanne et René Goscinny. Après cette journée historique, il fera paraitre régulièrement des discours grandiloquents du Mouvement Ondulatoire Unifié dans L’Os à Moelle, avec son slogan « Les temps sont durs, votez MOU ! »12. La présidentielle risque d’être serrée (effectivement le président sortant sera mis en ballotage). À la demande de L’Élysée l’ancien résistant renonce et abandonne sa campagne12,13.
En 1972, un square et une statue sont inaugurés en son honneur, à Meulan. Devant les photographes, Pierre Dac et Francis Blanche posent à leur manière, c’est-à-dire en satisfaisant sur le monument un besoin naturel.

Malgré le succès, Pierre Dac est resté un homme modeste, presque effacé. Il est mort dans la plus grande discrétion. « La mort est un manque de savoir-vivre », avait-il repris d’Alphonse Allais. Il est inhumé au cimetière du Père-Lachaise (division 87).
Jacques Pessis est le biographe et légataire universel de Pierre Dac14.

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4 Commentaires

  1. Françoise SAADOUN dit :

    je vais regarder ce téléfilm car moi aussi mon enfance, ce sont ces deux comiques Pierre Dac et Francis Blanche –

    Pierre Dac avait l’art et la manière de tourner des phrases de façon tellement bizarre qu’il fallair souvent réfléchir avant d’en comprendre la finesse-

  2. capucine dit :

    je ne vais pas raté ce téléfilm qui retrace la vie de Pierre Dac
    pendant la guerre à Londres à la BBC , ça l’air très intéressant !

  3. Betty dit :

    Pierre Dac,c’est toute ma jeunesse avec ‘L’OS À MOELLE’et Francis Blanche !!. Humour.’ corrosif ‘et
    ‘subversif’, surtout le ‘comique par l’ absurde’!!.
    Salut l’artiste et le COURAGEUX ‘POILU’ !!.’LES MEMES TOUJOURS QUI FONT HONNEUR À LA FRANCE !!.

  4. Hugues Vincent dit :

    Bonjour, enchanté de vous lire.
    Il y a 60 ans j’ai tout plaqué, sport, Amis, études… après un accident de montagne avec complications ((otites, reins, jaunisse, perdu 18 dents)) ; je ne tenais plus debout.

    Pierre Dac m’a fait pleurer de rire pendant des nuits entières, il m’a sauvé la vie.

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