France : L’« Encyclopédie de l’Holocauste » distribué par l’éditeur antijuif de Rivarol, interdit de vente aux mineurs
Diffusée par une maison d’édition liée à l’hebdomadaire d’extrême droite Rivarol, une « Encyclopédie de l’Holocauste » remettant en cause la Shoah également fait l’objet d’une interdiction de diffusion auprès des mineurs. Par un arrêté publié au Journal officiel ce 2 juillet, le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez a interdit à la vente aux mineurs l’Encyclopédie de l’Holocauste : non censurée et non contrainte, livre négationniste commercialisé en France par les Éditions des Tuileries, société éditrice de l’hebdomadaire d’extrême droite Rivarol.
L’ouvrage, proposé au prix de 92 €, déroule, en « 700 pages, 590 entrées, 353 illustrations », « une vision sans censure ni contrainte de toutes les preuves pertinentes qui soutiennent le récit orthodoxe de l’Holocauste : les vraies, les fausses et les mensongères ». L’entreprise d’extermination du peuple juif y est qualifiée, dans la présentation du livre, de « plus grande campagne de propagande que l’humanité ait jamais connue ».
Le titre disponible depuis novembre 2025 a fait l’objet d’un signalement du ministre de l’Intérieur au procureur de la République du tribunal judiciaire de Paris le 29 avril 2026 en ce qu’il « remet en cause l’existence de l’Holocauste », « pratique la décrédibilisation des témoignages dont ceux des victimes de la Shoah » et « présente donc un contenu de nature à caractériser le délit de contestation de crimes contre l’humanité, prévu et réprimé par l’article 24 bis de la loi du 29 juillet 1881 sur la liberté de la presse », précise l’arrêté du ministre.
La loi du 16 juillet 1949 sur les publications destinées à la jeunesse lui permet par ailleurs de prendre des mesures d’interdiction envers un ouvrage « qui contiendrait un danger pour la jeunesse en raison de contenus susceptibles d’inciter au crime ou à la violence, à la discrimination ou à la haine contre une personne déterminée ou un groupe de personnes, aux atteintes à la dignité humaine ».
Le ministre détaille les éléments qui l’ont poussé à classer l’Encyclopédie de l’Holocauste dans cette catégorie : ses auteurs emploient « le conditionnel pour évoquer de nombreux faits historiques », les qualifient « parfois de fictionnels ou de faux » et présentent l’Holocauste « comme une manipulation du discours public par différents moyens ». Ils décrédibilisent par ailleurs « les témoignages des victimes de la Shoah en considérant que certaines fausses affirmations se retrouvent comme le fil rouge dans les récits de nombreux témoins ».
Quelques formules tirées du livre sont même citées, comme « la solution finale présentée comme une fiction non-documentée » et « le prétendu massacre des Juifs d’Europe par le régime national-socialiste ». Autre encouragement à interdire la publication aux mineurs : pages 299 et 300, les auteurs soulignent que « les élèves de nombreux pays sont contraints d’apprendre le récit orthodoxe de l’Holocauste sans encouragement à l’esprit critique ».
Pour le ministère de l’Intérieur, cette précision indique « que l’encyclopédie vise expressément, au-delà du public d’adulte, un public jeune, invité à remettre en question la Shoah, ses manifestations et ses conséquences ».
L’internationale négationniste à l’œuvre
Frappée par cette interdiction, l’Encyclopédie de l’Holocauste ne peut être proposée, donnée ou vendue à des mineurs, ni exposée « à la vue du public en quelque lieu que ce soit, et notamment à l’extérieur ou à l’intérieur des magasins ou des kiosques ». Toute publicité « au moyen de prospectus, d’annonces ou insertions publiées dans la presse, de lettres-circulaires adressées aux acquéreurs éventuels ou d’émissions radiodiffusées ou télévisées » est également proscrite.
Toute infraction peut être punie d’un an d’emprisonnement et d’une amende de 3750 €. Une tentative de contournement de l’interdiction, notamment par un changement de titre, fait encourir une peine de deux années de prison et une amende de 6000 €.
Les auteurs de l’Encyclopédie de l’Holocauste ne sont pas mentionnés sur le site de Rivarol. Mais la publication est due à Academic Research Media, Review Education Group (ARMREG), une structure négationniste britannique fondée en 2023 pour prendre la suite de Castle Hill Publishers, maison d’édition créée par Germar Rudolf, auteur et éditeur négationniste allemand.
Le site d’ARMREG propose des dizaines de livres, dont certains en français, mais aussi des articles qui laissent peu de doute quant à l’idéologie promue : une tasse affiche « The Holocaust is fake » (« L’Holocauste est une infox »), où le mot « fake » est barré par « Censored » (« Censuré »), quand une autre présente une photographie du militant négationniste Robert Faurisson. Ambiance assurée au petit-déjeuner…
ARMREG est dirigée par un certain Jeffrey Paul Tribe, et l’association britannique Hope Not Hate, qui lutte contre le racisme et le fascisme souligne ses liens avec l’organisation américaine négationniste Committee for Open Debate on the Holocaust. En février dernier, ARMREG a organisé un « Holocaust Academy Summit » au cours duquel Germar Rudolf, Michèle Renouf, l’éditeur italien Carlo Mattogno ou encore l’auteur français multi-condamné Vincent Reynouard ont pu laisser libre cours à leurs discours niant l’Holocauste.
Les Éditions des Tuileries, qui commercialisent l’Encyclopédie de l’Holocauste, proposent par ailleurs deux livres de Reynouard dans leur boutique, Shoah, une synthèse après trente ans de travaux et Oradour, le cri des victimes. La maison d’édition est dirigée par Fabrice Bourbon [également désigné sous le pseudonyme Jérôme Bourbon], directeur de la publication de Rivarol et multi-condamné lui aussi pour incitation à la haine et contestation de crime contre l’humanité.
L’hebdomadaire Rivarol, fondé en 1951, porte toujours une ligne négationniste, doublée d’une critique de l’immigration et des luttes contre les discriminations envers les minorités. En 2022, le titre a été exclu des aides de la Commission paritaire des publications et des agences de presse (CPPAP), cette dernière ne lui reconnaissant pas « un caractère d’intérêt général quant à la diffusion de la pensée ».
Elle pointait plutôt « des propos infamants contre les personnes de confession juive et ouvertement négationnistes niant l’existence de la Shoah et tournant en dérision sa mémoire ». Les Éditions des Tuileries ont contesté cette exclusion auprès de la justice administrative, mais la Cour administrative d’appel de Paris, en novembre 2025, a rejeté sa demande.
Source
https://actualitte.com/article/132428/edition/un-livre-negationniste-distribue-par-l-editeur-de-rivarol-interdit-de-vente-aux-mineurs
