Frère du numéro 2 nazi: un Schindler à sa façon

By  |  1 Comment

PESSAC – Hermann Göring, numéro deux du régime nazi, l’appelait la «brebis galeuse de la famille»: son frère cadet, Albert, opposant de la première heure à Adolf Hitler, a sauvé des juifs et des résistants sous le IIIe Reich.

Le dossier Albert Göring, un documentaire de Véronique Lhorme en compétition au 25e Festival international du Film d’Histoire de Pessac, raconte en 60 minutes son parcours singulier et méconnu.
Nuremberg, septembre 1945: Albert, 51 ans, est détenu en isolement, comme Hermann, depuis leur reddition à l’armée américaine le 10 mai, deux jours après la capitulation allemande. Il doit s’expliquer sur le rôle d’Hermann, successeur désigné du Führer, dans les mois qui précèdent le procès de Nuremberg. De novembre 1945 à octobre 1946, Hermann comparaît devant les juges des puissances alliées (USA, Royaume-Uni, ex-URSS, France) et se suicide le 15 octobre 1946, veille de son exécution

Katalin Cserepfalvi-Galican, historienne d’origine hongroise, fut «la première à trouver trace de l’histoire d’Albert Göring dans les archives des services secrets britanniques», explique à l’AFP la réalisatrice.
Les témoignages et les minutes des interrogatoires conservés aux Archives nationales américaines à Washington livrent aussi des indices sur la personnalité complexe et ambiguë de ce mondain polyglotte et mélomane, homme de cinéma en Autriche et en Italie ou homme d’affaires en Tchécoslovaquie.
Ernst Neubach, producteur de cinéma d’origine juive et ami d’Albert, raconte sa fureur quand il apprend en 1923 que son frère a rallié le parti nazi: «Hermann s’est acoquiné avec ce salopard de Hitler». Les deux frères ne se parleront plus pendant 10 ans.
Sommé aussi par les Américains de s’expliquer sur ses années de guerre, Albert dresse pour sa défense une liste de 34 noms, étayée là encore par les témoignages de descendants de juifs ou résistants qu’il a sauvés.

Herbert, fils de Michael Hohensinn, raconte comment Albert a fait libérer son père du camp de concentration de Dachau, près de Munich (sud de l’Allemagne). Georg Pilzer, fils d’Oskar, s’émeut lui aussi, 70 ans après, du sauvetage de son père: «Albert était un homme remarquable et, si j’avais pu le revoir, je l’aurais remercié de tout coeur, de tout coeur».
Alors qu’en 1938 Hermann «aryanise» l’Autriche annexée, Albert aide d’autres juifs à quitter cette ancienne terre d’accueil où il avait lui-même cherché asile pour fuir «la peste brune». Il est témoin à Vienne de «violences contre les juifs qui l’ancrent dans la terrible réalité du IIIe Reich», rappelle Véronique Lhorme.
Plus tard, il use de son influence et de l’impunité attachée à son nom pour mettre à l’abri Jan Moravek, figure de la résistance en Tchécoslovaquie où lui-même a rejoint la direction des usines Skoda placées sous l’autorité directe du Reichsmarschall Göring.
Devant les militaires américains, il justifie à sa manière cette posture ambiguë: «En tant que frère, Hermann a toujours été très bon avec moi et nous étions très proches. Mais je ne voulais pas avoir de relations avec l’homme d’État».
L’épouse juive du compositeur autrichien Franz Lehar, elle aussi mentionnée sur la liste d’Albert Göring, est à son tour sauvée de la déportation quand Albert intervient personnellement auprès d’Hermann.
Retour de faveur de l’Histoire? En juillet 1946, le major Victor Parker pilote désormais les interrogatoires du cadet des frères Göring. Il n’est autre que le neveu de Lehar et demande la libération immédiate d’Albert.
Ce dernier quitte alors Nuremberg pour être transféré en Tchécoslovaquie qui juge ses propres criminels de guerre. Après un an de détention à Prague, le cadet des Göring plonge, ruiné, dans la disgrâce et l’anonymat, sans jamais renier son nom. Il meurt en 1966, à 72 ans, et se fait enterrer à Munich où un simple bout de bois signale l’emplacement de sa tombe.
Aujourd’hui, Christine Schöffel, fille d’Ernst Neubach, n’a pas le moindre doute sur ce dandy rivé à son porte-cigarette: «Il était un idéaliste convaincu qui voulait faire le bien».
Depuis 2012, précise la réalisatrice, la Commission des Justes de Yad Vashem à Jérusalem examine le «dossier Albert Göring» sans avoir pu établir jusqu’ici l’un des critères qui définit le «Juste»: le «Juste» doit notamment avoir «pris des risques réels pour sa vie» et s’être «mis en danger» pour en sauver d’autres.
lire l’article de CANOE en cliquant sur le lien ci-après

http://fr.canoe.ca/hommes/culture/archives/2014/11/20141124-100508.html

« >

happywheels

1 Comment

  1. jacqueline dit :

    comme quoi deux frères peuvent être le jour et la nuit ou l’ange et le démon !

Publier un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *