La gauche et les ayatollahs : un long flirt…

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par Annette Lévy-Willard | publié le 14/01/2026
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La complaisance d’une partie de la gauche radicale avec le pouvoir iranien ne date pas d’hier ; elle a commencé dès le début de la révolution islamique.
Ce dimanche 11 janvier 2026, j’étais à la manif à Paris contre la dictature et la répression sanglante des Mollahs : à cette marche de la communauté d’exilés iraniens à Paris, aucune personnalité ou parti de gauche, le grand silence. Aucune des grandes organisations féministes françaises. Le 12 janvier, finalement, les féministes se réveillent après une longue indifférence et appellent à un rassemblement au Panthéon de « Solidarité féministe avec le peuple iranien » samedi prochain. Elles reconnaissent enfin, peut-être, la première révolution féministe de l’histoire, quand, en 2022 les Iraniennes sont descendues dans les rues, ont enlevé leur voile obligatoire pour chanter, danser, et se faire frapper par les Gardiens de la Révolution, après l’assassinat de Mahsa Amini, tuée pour avoir mal mis son voile islamique. Aux cris de Femme, Vie, Liberté. Mots d’ordre repris par les hommes iraniens qui les ont rejointes dans ce mouvement de révolte contre la dictature de la république islamique.
Il y a quinze jours encore, quand les Iraniens se sont soulevés dans tout le pays, l’extrême gauche, Jean-Luc Mélenchon et ses aboyeurs de LFI se sont accrochés aux mêmes éléments de langage pour ne pas reconnaître une révolution : « C’est seulement un mouvement social contre la vie chère », ont-ils dit. Comme un défilé pour nos retraites. Rien à voir avec la contestation des mollahs au pouvoir depuis 1979. Pas un mot sur le millier d’opposants pendus par le régime. Il s’agit seulement de revendications économiques, disent les Insoumis et leur chef, n’entendant pas les mots d’ordre des Iraniens qui affrontent les tirs des Gardiens de la Révolution : « Mort au dictateur », « À mort la République islamique » En plus, on voit maintenant des pancartes appelant au retour du fils du Shah, de quoi rendre malade Mélenchon. Pour ce populiste le peuple d’aujourd’hui est très politiquement incorrect, en Iran il demande le départ des Mollahs, au Venezuela il se réjouit de la chute du bolivarien Nicolas Maduro.
La complaisance – ou complicité – de la gauche française avec les Ayatollahs, dure depuis longtemps, depuis 47 ans…
Drapeaux du régime et complaisances récentes
J’avais vu au mois de juin dernier, dans les cortèges de gauche, apparaître aux côtés des habituels drapeaux palestiniens les drapeaux à trois bandes horizontales – vert, blanc, rouge – de la république islamique d’Iran, nouveau drapeau national depuis l’arrivée de Khomeini au pouvoir. Donc il y a des gens de gauche qui ont protesté contre les frappes américano-israéliennes visant le nucléaire iranien en brandissant des drapeaux du régime des mollahs.
Je me suis d’abord dit : comment est-ce possible ?
Certes, Jean-Luc Mélenchon, grand timonier de l’extrême gauche française, a toujours eu un faible pour les dictateurs avec des discours soi-disant révolutionnaires comme Hugo Chavez au Venezuela. Ou Poutine. Mais Mélenchon n’était pas seul à oublier, au mois de juin dernier, de dénoncer aussi ce qu’est la dictature sanguinaire des ayatollahs depuis 47 ans. On a entendu Marine Tondelier, Clémentine Autain, et même le chef des socialistes officiels, Olivier Faure, s’inquiéter des frappes américano-israéliennes, une guerre « qui va provoquer le chaos », sans un mot pour dénoncer de la chape de plomb religieuse qui enferme le peuple dans la république islamique. Le pic de la bêtise a été atteint par le communiste Ian Brossat, maintenant sénateur français, qui a banalisé ce régime des mollahs en comparant, sans rire, la situation des femmes en Iran avec celles des femmes juives orthodoxes – qui ne risquent pourtant pas d’être lapidées pour adultère ou tuées pour un voile de travers.
Khomeini à Neauphle-le-Château : fascination intellectuelle
Et puis je me suis souvenu que ce flirt n’était pas nouveau, que la gauche avait déjà eu un coup de cœur pour les ayatollahs il y a près d’un demi-siècle, tombée sous le charme d’un homme qui ne jouait pas d’une séduction torride : l’ayatollah Khomeini alors en exil à côté de Paris, dans la charmante commune de Neauphle-le-Château. La France de Giscard l’avait accueilli, nourri et protégé, et les intellectuels français célèbres, de gauche et laïcs, lui avaient rendu visite à Neauphle-le-Château pour écouter religieusement ce leader religieux. Michel Foucault et Jean-Paul Sartre en tête. Foucault, l’auteur de l’Histoire de la sexualité (1976-1984) et de l’Histoire de la folie (1961) n’avait pas bien lu ses propres livres quand il voyait dans la future révolution islamique iranienne «une nouvelle spiritualité politique » qui est « la forme la plus moderne de la révolte et la plus folle.» Moderne ? Il appelait Khomeini « le Saint homme ». Balayant le mot de « fanatisme » avancé par certains commentateurs lucides. Sartre, lui, parlait avec enthousiasme d’un « régime anticolonialiste et anti-impérialiste.»
À l’époque les intellos voyaient l’ayatollah Khomeini dans un rêve amoureux. Il rentrera en Iran le 1er février 1979 dans un avion spécial d’Air France avec 150 journalistes à bord et les hommes qui formeront son futur gouvernement. Un journaliste remarquera qu’il n’y a aucune femme. Déjà.
Foucault fera plusieurs voyages dans l’Iran de la République islamique, Sartre ira à Téhéran rencontrer Khomeini en compagnie de Simone de Beauvoir. Une délégation de féministes part en Iran dès mars 1979. Tout de suite la célèbre féministe américaine Kate Millett est expulsée et les autres féministes demandent à Beauvoir si elles doivent continuer à refuser de mettre le voile que veulent leur imposer les ayatollahs. Beauvoir leur répond de rester ferme et leur envoie un message de soutien de Paris : « Jusqu’ici toutes les révolutions ont exigé des femmes qu’elles sacrifient leurs revendications au succès de l’action menée essentiellement ou uniquement par des hommes », écrit Simone de Beauvoir. « Je m’associe au vœu de Kate Millett. Et de toutes mes camarades qui se trouvent en ce moment à Téhéran : que cette révolution fasse exception ; que la voix de cette moitié du genre humain, les femmes, soit entendue. Le nouveau régime ne sera lui aussi qu’une tyrannie s’il ne tient pas compte de leurs désirs et ne respecte pas leurs droits. »
Comme toujours, Simone de Beauvoir voit plus vite et plus juste que ses compagnons de l’intelligentsia masculine. L’Iran des ayatollahs deviendra une tyrannie à l’intérieur, et un État criminel à l’extérieur qui armera les organisations terroristes pour attaquer le monde occidental. Et ce seront les Iraniennes, justement, qui lanceront la grande révolte contre la dictature sanguinaire des mollahs : Femmes, Vie, Liberté.
L’aveuglement de la gauche dès qu’on prononce les mots sacrés d’anticolonialisme, impérialisme, révolution est une vieille histoire. Pourtant Khomeini n’avançait pas masqué.
Quelques mois avant le retour triomphal de l’ayatollah pour prendre le pouvoir à Téhéran, alors journaliste à Libération, j’étais tombée sur un article du Herald Tribune américain qui avait publié les conférences données par Khomeini au Liban, invité par l’université de Beyrouth. Le futur guide suprême exposait point par point sa conception de la république islamique qu’il allait instaurer en Iran s’il arrivait au pouvoir. Ce sera un Etat religieux, une théocratie chiite, basée sur la charia, la loi coranique ancestrale, où les femmes sont lapidées pour adultère, les voleurs ont la main coupée, le patriarcat règne, les femmes sont voilées etc., etc.
Je traduis de l’anglais ces conférences du Guide suprême et j’en fais un article que je publie dans Libération. Le lendemain, je subis une volée de critiques de la part de mes collègues de Libération pour avoir publié le texte de ces conférences publiques. Comme si les mots n’avaient pas d’importance on m’explique : « Ça ne veut rien dire… c’est hors contexte… de faux extraits ? …De toute façon, ce n’est pas ce que fera Khomeini s’il arrive au pouvoir en Iran…»
On a vu.

Annette Lévy-Willard

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La gauche et les ayatollahs : un long flirt…

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3 Commentaires

  1. protagoras dit :

    Il est très important de rappeler que les futurs dictateurs écrivent très précisément ce qu ils mettront en oeuvre:Hitler Staline Lenine Mussolini etc

    Leurs programmes sont à prendre au premier degré et en général ils tiennent leurs promesses

  2. joseparis dit :

    La gauche a aussi été fasciné intellectuellement par les khmers rouges, ou la prise de pouvoir de mao en chine. Plus les régimes sont totalitaires, dictatoriaux, sanguinaires, fascistes, plus la « gauche intellectuelle » est attirée par cela. C’est systématique et incompréhensible.

  3. V dit :

    Si tous les français lisaient le site de la LDJ, les collabos qui occupent la rue pour soutenir les intégristes et autres prosélytes islamistes se feraient démonter sur place, là enfin on en entendrait plus jamais parler !
    .
    Aaaaaah les ‘intellectuels’ français :
    https://www.youtube.com/live/wOx2mq6q-gs
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    Je remets l’autre lien en complément :
    https://www.marianne.net/agora/tribunes-libres/il-y-a-pres-dun-demi-siecle-la-gauche-avait-deja-eu-un-coup-de-coeur-pour-les-ayatollahs
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