Hommage à la Toulousaine Jeanne Pariset, cette mère supérieure qui cachait des Juifs dans les dortoirs de son lycée durant la 2e Guerre mondiale
Le lycée privé Sainte-Marie de Nevers a rendu un hommage solennel à Jeanne Pariset, dite sœur Marie-Julienne, figure de courage et de résistance durant l’Occupation. Devant les élèves, les familles et les représentants civils et religieux, l’établissement a salué la mémoire de celle qui permit à plusieurs familles juives d’échapper à la déportation, un engagement qui lui valut d’être reconnue Juste parmi les Nations à titre posthume.
L’émotion et le recueillement étaient palpables parmi les élèves de terminale présents autour des autorités civiles et religieuses, et de la communauté éducative du lycée privé Sainte-Marie de Nevers lors de l’hommage rendu ce jeudi à Jeanne Pariset, mère supérieure de l’établissement de 1930 à 1954.
Elle avait reçu, à titre posthume, le titre de Juste parmi les nations le 14 mai 2011, décerné par Yad Vashem, l’Institut international pour la mémoire de la Shoah, pour avoir sauvé de la déportation des familles juives dans l’ancien couvent de Sainte-Marie de Nevers, au cœur même du lycée. À la tête de son établissement, elle mobilisa discrètement les ressources de la communauté religieuse pour protéger ceux qui étaient traqués, notamment la famille Grossmann-Lévy, pendant l’Occupation.
Une leçon de courage face à la barbarie
Lors de cette commémoration, les intervenants ont souligné la force de ses convictions face à l’injustice. « Jeanne Pariset – sœur Marie-Julienne – a choisi l’humanité plutôt que la peur », a rapporté Patrick Zanuttini, chef d’établissement du lycée Sainte-Marie de Nevers. « C’est aussi un message universel de fraternité, de courage et de résistance à toutes les formes de haine qui a été transmis à la jeune génération », a précisé Philippe Riu, président de l’Association de gestion du lycée Sainte-Marie de Nevers.

Devant sa fille Jeanine et sa petite-fille, Michèle, arrivées de Londres spécialement pour l’occasion, trois plaques d’hommage ont été dévoilées et illustreront cette résistance discrète mais déterminante de Jeanne Pariset, qui a permis, au péril de sa vie, à des familles d’échapper à la déportation.
Jeannine Grossmann, née en 1928, est l’aînée de trois enfants. Son père Josef avait émigré de Pologne en 1925. Sa mère Irena était originaire de Metz et c’est là que la famille était installée et tenait un commerce.
A la déclaration de la guerre en 1939 et l’annexion de l’Alsace-Lorraine, les Grossmann sont en vacances en Normandie. Ils décident alors d’y rester et de ne pas retourner chez eux. Ils inscrivent les enfants à l’école, mais comme la Normandie est occupée par les troupes allemandes, les Grossmann sont obligés de porter l’étoile jaune. La famille décide alors de fuir vers la zone “libre” de la France, où elle est rejointe par d’autres membres de leur famille installée dans le Gers. Les Grossmann s’installent à l’Isle Jourdain. Il n’y a pas d’école pour Jeannine et ses parents l’envoient étudier dans un couvent à Toulouse tenu par les Sœurs de Sainte-Marie de Nevers.
A l’été 1943, la famille est dénoncée par des voisins. Par chance, Irena voit les Allemands au moment où ils arrivent et elle se cache avec sa fille Simone dans une ferme voisine. Ne pouvant rentrer chez eux, Joseph, Irena et leurs enfants Eli et Simone rejoignent Jeannine dans le couvent dirigé par Sœur Marie-Julienne, Jeanne Pariset dans le civil. A l’automne, Josef Grossmann qui a contacté son frère emmène toute sa famille à Saint Junien dans la région de la Haute Vienne. Jeannine est inscrite dans une école à Limoges.
Jeannine a raconté plus tard combien les sœurs avaient été généreuses envers elle et n’avaient exercé aucune pression pour la convertir. Sœur Bernadette Cazenave a confirmé que le couvent hébergeait souvent des enfants juifs et même une famille entière qui n’avait pas où se réfugier.
Le 14 Juin 2011, Yad Vashem – Institut International pour la Mémoire de la Shoah, a décerné à Jeanne Pariset, le titre de Juste parmi les Nations.
