La tragédie Sarah Halimi : un livre pour comprendre la mécanique du crime antisémite

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Philippe Mocellin, Politologue, contributeur à l’ouvrage collectif « Crime sans châtiment, Sarah Halimi, neuf ans après, de la passion antisémite au meurtre » paru aux éditions David Reinharc, propose ici une recension de l’œuvre publiée sous la direction de Guy Bensoussan, du Grand Rabbin de France, Haïm Korsia et de Michel Gad Wolkowicz.
Alors que le meurtrier de Sarah Halimi, assassinée, en avril 2017, a été considéré comme pénalement irresponsable – décision validée, le 14 avril 2021, par la cour de Cassation -, la famille de la défunte, par l’intermédiaire de son frère, William Attal et des avocats de la défense, a sollicité, à nouveau, les instances judiciaires, en déposant « une demande de réquisitions aux fins de saisine de la chambre de l’instruction sur charges nouvelles ».

Dans la nuit du 4 avril 2017, Kobili Traoré, a fait irruption chez sa voisine. Sarah Halimi, 65 ans, a été alors défenestrée après avoir subi de nombreuses violences. Si les différents experts consultés ont affiché des avis contradictoires sur le profil psychiatrique de l’accusé, l’arrêt de la chambre d’instruction de la cour d’appel de Paris du 19 décembre 2019, a déclaré que l’individu en question ne serait pas jugé et devait être suivi dans une unité de soins spécialisée.
Or, sur la base de l’article 196 du code de procédure pénale, les parties civiles réclament, une nouvelle fois, justice, en faisant valoir l’existence d’un enregistrement dans lequel, le mis en cause, la nuit même du meurtre, atteste, par ces mots, « je vais tout faire à cette sale juive », de sa haine viscérale envers les juifs, sur fond de fanatisme religieux. Et alors que les divers témoignages recueillis, en 2022, au cours de la commission d’enquête parlementaire, tendent à confirmer le caractère prémédité du geste et surtout, la suspicion de « simulation de la démence » par l’assassin, consommateur régulier de cannabis et de crack, à l’origine du déclenchement de « cette bouffée délirante »….
Cet ouvrage collectif, publié, en juin 2026, par les éditions Reinharc, neuf ans après les faits et toujours en l’absence de procès, rassemble, sous la direction éminente de Guy Bensoussan, du Grand Rabbin de France, Haïm Korsia et de Michel Gad Wolkowicz, plus de trois cents contributions, aussi diverses que documentées, destinées à raviver les mémoires autour de ce « crime sans châtiment » et surtout, à réveiller les consciences face à l’abject. Plus encore, il est question de rendre compte, par une pluralité de regards académiques, de points de vue et d’analyses, de la longue histoire des « passions antisémites » et de ses manifestations contemporaines, portées, en dehors d’autres cercles politiques complaisants, voire complices, par l’idéologie islamiste et ses organisations terroristes.
Structuré en neuf chapitres au total, l’ouvrage rend un hommage à Sarah, victime de la barbarie et fait état de son histoire familiale singulière, de sa personnalité et du portrait de la dame qu’elle était.., femme médecin, dévouée et altruiste. Au-delà, l’enjeu est de cerner, à partir des errements, voire de ce refoulement du réel, de la part de la justice dans le traitement de « l’affaire Halimi », les contours de la pathologie d’une haine antijuive réactivée ainsi que les conditions de sa diffusion insidieuse au sein d’une société française, fracturée et en perte de repère. Enfin, que nous dit, in fine, ce crime sur les réponses qu’il convient d’apporter à l’ignominie ?
Nommer, avec clarté, ce mal qui renaît pour mieux le combattre, tel est le mot d’ordre de cette publication audacieuse. En clair, ne rien céder, vaincre les peurs, faire face au déni pernicieux et retrouver la confiance perdue.
La force de ce recueil réside dans cette capacité à faire converger multiples approches et sensibilités, réunies pour réclamer justice, enfin ! Refusant « d’être entraînés dans l’abîme », tous les contributeurs de l’ouvrage, issus de différents univers, font entendre un véritable cri d’alarme, alors qu’un antisémitisme décomplexé prend racine dans d’importants segments de l’opinion publique et que des slogans nauséabonds prennent place dans des esprits, perméables à la détestation de l’Etat d’Israël « pour ce qu’il est » et à la violente rhétorique d’un antisionisme radical.
Faire du juif, par une abominable inversion victimaire, un « génocidaire raciste » et pire encore, un être déshumanisé qui rend possible, au nom de la « résistance », son éradication.
Parmi les auteurs, tous méritants et conviction, « chevillée au corps », citons, au fil de la lecture, l’appel de l’avocate, Nicole Guedj « à ne jamais tolérer la haine de l’autre », le signal fort adressé par Boualem Sansal vis à vis d’une France, devenue « cheval de Troie de l’islamisme », la dénonciation, sans concession, par le philosophe Alain Finkielkraut, de cet antisémitisme « qui embarrasse la bien-pensance », le constat accablant de maître Gilles-William Goldnadel quant à « l’inexplicable désastre judiciaire » cachant des impensés et des « non dits » plus que troublants, le terrible diagnostic porté par l’historien et ancien diplomate, Elie Barnavi, comparant l’antisémitisme « à ce bacille de Koch, tapi dans l’âme humaine et n’attendant que l’occasion favorable pour frapper » ainsi que la contribution courageuse du théologien musulman, Tareq Oubrou démontrant que l’antisémitisme est d’autant plus grave qu’il « touche à la dogmatique musulmane, à l’un de ses éléments sacrés ».
Et alors que si l’essayiste Pierre Lurçat s’interroge sur « le tabou de l’antisémitisme musulman » qui ronge les médias français, au point « d’exclure les juifs du statut de victimes », tout comme Michel Onfray avançant l’idée que le meurtrier de Sarah Halimi, pauvre et donc forcément victime, « incarne le soldat de l’islamo-gauchisme », Simone Rodan-Benzaquen, directrice de l’American Jewish Commitee, nous invite à « reprendre notre destin en main », en transformant l’exigence de justice et la colère, en « sursaut « collectif.
S’ajoutent à l’ensemble de ces chapitres, deux « éclairages » spécifiques, l’un, consacré à la vague des actes antisémites commis depuis les années 2000 jusqu’à nos jours et un autre, « à l’école face à l’antisémitisme »
Ainsi, Pierre-André Taguieff, politiste, spécialiste reconnu des questions concernant l’antisémitisme et ses traductions au cours des époques, insiste sur le dernier avatar de cette haine ancestrale, au travers de la montée d’une nouvelle « judéophobie » islamisée, fondée sur la « criminalisation des sionistes, voire leur nazification… »
De son côté, Jean-Pierre Obin, célèbre inspecteur général de l’Education Nationale, lanceur d’alerte sur la pénétration de l’islamisme à l’école et les violences subies par les élèves juifs, déplore « l’indifférence de l’institution scolaire (…) une sorte de complot du silence touchant jusqu’aux parents eux-mêmes ».
Plus qu’un collectif de contributions, cet ouvrage, qui n’aurait pu voir le jour sans l’implication de ses coordonnateurs littéraires et l’engagement de l’éditeur, porte, au nom de Sarah Halimi, un témoignage lucide et réaliste pour ne rien oublier.
Que ce recueil puisse faire avancer la vérité, non pas pour annoncer le pire mais pour mieux le prévenir… Laissons aux lecteurs d’en juger par eux-mêmes.

Philippe Mocellin
Corédacteur du présent ouvrage collectif, au travers de la contribution « Quels regards sociologiques sur l’antisémitisme ? » (pp.196 – 202), l’auteur est politologue, Docteur en science politique.
Il a été Maître de Conférences associé de 2013 à 2019 à l’Université de Poitiers et aujourd’hui expert associé auprès du Think tank « Le Millénaire ». Contributeur dans différentes revues en ligne, il est l’auteur d’ouvrages de sociologie, d’essais et d’articles géopolitiques, notamment sur les formes de l’antisémitisme contemporain, la situation du Moyen-Orient et les zones de conflits dans le monde.
Il a également participé à la rédaction de l’ouvrage dirigé par Daniel Salvatore Schiffer, « Critique de la déraison antisémite – Un enjeu de civilisation, un combat pour la paix », paru aux éditions Intervalles en 2025.

Fiche technique de l’ouvrage

Auteur : ouvrage collectif sous la direction de Guy Bensoussan, du Grand Rabbin de France, Haïm Korsia et de Michel Gad Wolkowicz
Titre : Crime sans châtiment, Sarah Halimi, neuf ans après, de la passion antisémite au meurtre
Editions : David Reinharc
ISBN : 978 – 2 – 493575 – 63 – 0
Parution : 18 juin 2026 – 592 pages

source
https://www.opinion-internationale.com/2026/07/21/la-tragedie-sarah-halimi-un-livre-pour-comprendre-la-mecanique-du-crime-antisemite_143490.html

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