“Lady Gaza”, Hitler au keffieh : Rima Hassan annonce une plainte contre Jean Quatremer

By  |  1 Comment

L’annonce d’une plainte de Rima Hassan contre Jean Quatremer intervient dans un climat déjà tendu autour du journaliste de Libération. L’eurodéputée lui reproche l’usage répété de surnoms qu’elle juge dénigrants, tandis qu’une image d’Hitler au keffieh palestinien a déclenché de vives réactions. La polémique a débordé X, jusqu’à provoquer une prise de distance de la Société des journalistes et du personnel de Libération.
L’eurodéputée accuse le journaliste de Libération de la viser de manière répétée sur les réseaux sociaux au moyen d’appellations qu’elle juge dénigrantes. Elle lui reproche de recourir « de manière systématique » aux appellations « Lady Gaza » ou « Rima Hamas », dans des messages consacrés à son actualité ou à ses déclarations.
Un échange inflammable
Pour l’eurodéputée, ces termes ne relèvent « ni de journalisme ni de commentaire politique », mais de « propos utilisés pour dénigrer, injurier, essentialiser » et qu’elle estime « constitutifs d’une incitation au harcèlement ». Et d’ajouter : « Le caractère répétitif, systématique et stigmatisant de ces qualificatifs est manifeste. »
Selon l’élue, « les déclarations publiées sur X n’effacent ni les responsabilités juridiques ni les obligations déontologiques qui s’imposent aux journalistes. » Et de partager un conseil : « Ce n’est pas la peine d’effacer, tout est archivé. »
Jean Quatremer a réagi publiquement à l’annonce de plainte. « J’ai hâte ! On va s’amuser », écrit-il, également sur X. Le journaliste estime que les surnoms contestés ne sont pas des injures, mais des réponses politiques à la communication de l’eurodéputée : « Quelqu’un qui passe son temps à tweeter sur Gaza et qui clame son admiration pour le Hamas qualifié de “mouvement de résistance” considère désormais que “Lady Gaza” et “Rima Hamas” sont des insultes et du dénigrement et pas des termes affectueux et admiratifs. »
Il rejette également l’accusation d’incitation au harcèlement, en affirmant que Rima Hassan aurait, à plusieurs reprises, « lancé la meute » contre lui depuis le 7 octobre. Dans un autre message, il accuse l’eurodéputée et ses soutiens de pratiquer un double standard : « Imaginons un instant qu’un député RN menace ainsi un journaliste, de gauche ou de droite, la gauche hurlerait au fascisme, à l’intimidation, au bollorisme. »
La controverse gagne Libé
Mais c’est un autre message de Rima Hassan qui a surtout nourri les réactions. L’eurodéputée y met en cause Jean Quatremer pour avoir relayé une image sur ses réseaux sociaux. Une œuvre attribuée à l’artiste italien Alexsandro Palombo, montrant Adolf Hitler en uniforme, coiffé d’un keffieh palestinien et portant un brassard rouge frappé du mot « HATE ».
Dans le texte accompagnant la publication, le journaliste affirme qu’il s’agit d’une image destinée à dénoncer « la folie antisémite des palestinistes », ajoutant : « On ne saurait mieux résumer le niveau zéro de ces crétins. »
« Le nazisme est une histoire européenne non palestinienne », a réagi Rima Hassan, avant d’évoquer Haïm Arlosoroff, directeur politique de l’Agence juive du mouvement sioniste, qui, affirme-t-elle, « prônait des négociations avec les nazis ». Elle complète : « Le mouvement sioniste était la seule organisation juive autorisée en Allemagne nazie. »
Depuis, la séquence a provoqué de nombreuses réactions, jusque dans les rangs de Libération. Dans un communiqué, la Société des journalistes et du personnel de Libération a tenu à rappeler qu’« en aucune manière les activités de Jean Quatremer sur les réseaux sociaux, pas plus que ses interventions télévisées, ne représentent le point de vue de la rédaction de Libération ».
La SJPL affirme rester « attachée à la pluralité des opinions au sein du journal », mais ajoute ne cautionner « ni les amalgames ni les insultes ni la diffusion de fausses informations », estimant que ces pratiques « ne correspondent pas aux valeurs et aux principes » de la charte éthique du quotidien et « jettent le discrédit sur l’ensemble du journal ». « Nous l’avons fait savoir à plusieurs reprises, en exprimant le souhait que cette situation cesse », conclut le communiqué.
Jean Quatremer a vivement réagi à cette prise de position interne. « Tout ce communiqué est une honte et mériterait une action en diffamation », écrit-il, avant d’ajouter : « Mais perso, je règle mes comptes face à face et pas en meute. »
Quatremer défendu, Quatremer contesté
Plusieurs journalistes de Libération lui ont répondu publiquement. Emma Donada, journaliste au service économie, lui reproche d’avoir « bloqué la moitié de la rédaction », de ne « jamais » participer « aux débats collectifs » et de menacer « les instances de représentation du personnel ». « Alors les leçons sur “la meute”… Tu n’es vraiment pas le rebelle que tu penses être. Tu penses être mieux que nous, fais ce que tu veux, mais arrête de t’en prendre au journal », ajoute-t-elle.
Vincent Coquaz, journaliste à la rubrique CheckNews du quotidien, a de son côté réagi en évoquant son histoire familiale : « Si je t’écris aujourd’hui, ce n’est pas en tant que collègue, mais parce que le père de mon grand-père est mort en déportation. » Il dénonce : « Tu trouves peut-être drôle d’arborer un dessin d’Adolf Hitler en photo de profil, pour “provoquer” ou “faire parler” de toi. » Et conclut : « Moi je trouve ça dégueulasse. Dégueulasse de banaliser la folie nazie, dégueulasse d’insulter tout le peuple palestinien. »
Dans le champ politique, Manuel Bompard, coordinateur de La France insoumise, a également réagi en s’interrogeant : « Jusqu’où ira la déchéance du journaliste de Libération Jean Quatremer ? »
À l’inverse, d’autres voix ont pris la défense du journaliste. L’historien de la presse Alexis Lévrier estime que les critiques visant Jean Quatremer touchent à l’exercice de son métier : « On a le droit de ne pas être d’accord avec Jean Quatremer, c’est le jeu normal de la démocratie. Mais ce qu’il subit est une atteinte à l’exercice de son métier : on appelle ouvertement à son renvoi de Libération, et désormais on porte plainte contre ses tweets. »
Une analyse contestée par Daniel Schneidermann, fondateur d’Arrêt sur images, qui lui répond : « C’est une blague, cher Alexis Lévrier, ce soutien ? » Il estime que le journaliste « insulte, diffame, provoque non stop depuis des années sur les réseaux », y compris, selon lui, à l’encontre de ses propres collègues. « Quel rapport avec “l’exercice de son métier” ? », interroge-t-il.
Parmi les soutiens à Jean Quatremer, Raphaël Enthoven a également pris position : « Total soutien à Jean Quatremer dans sa croisade shakespearienne contre les yakuzas bien-pensantes de Libération. » L’artiste italien Alexsandro Palombo, auteur de l’œuvre Hate Never Dies relayée par Jean Quatremer, a appelé à soutenir le journaliste de Libération, estimant qu’il était attaqué pour avoir partagé une œuvre dénonçant l’antisémitisme.
Jean Quatremer a indiqué samedi que ses comptes Facebook et Instagram avaient été suspendus après le partage de l’image polémique.
Un conflit éditorial devenu public
Ces prises de position s’inscrivent dans un climat déjà très tendu entre Jean Quatremer et une partie de la rédaction de Libération. En mars, Arrêt sur images rapportait que la Société des journalistes et du personnel de Libération avait demandé à la direction de faire cesser des interventions jugées outrancières du journaliste, notamment sur les réseaux sociaux et sur les plateaux télévisés.
Le texte interne évoquait des « entorses graves à la charte éthique » du quotidien et citait plusieurs exemples, notamment son intervention du 11 février sur LCI autour de l’antisémitisme, dans laquelle il s’était appuyé sur un montage contesté de propos de Francesca Albanese, malgré ses démentis et alors que cette interprétation était contestée.
Mais aussi ses attaques contre Rima Hassan, l’usage du surnom « Rima Hamas », des propos visant Daniel Schneidermann, ou encore des mises en cause de médias comme Le Monde, France Télévisions ou Libération lui-même.
L’affaire ne date pas de cette séquence. En juin 2024, Jean Quatremer avait déjà suscité un malaise au sein de Libération après avoir reposté sur X un mème jugé islamophobe par une partie de ses collègues. Publié en pleine campagne des européennes, il répondait à une photo de Louis Boyard prise lors d’un rassemblement de soutien à la Palestine à Paris, en associant un manifestant arabe et barbu au personnage du vizir d’Aladdin. Le message, ensuite supprimé, avait provoqué un nombre important de signalements internes, conduisant à la saisine du comité social et économique (CSE) et de la Société des journalistes et du personnel de Libération.
Élisabeth Lévy monte au créneau
La mention de Libération avait ensuite été retirée de ses biographies sur les réseaux sociaux, en accord avec la direction, afin que ses prises de parole n’engagent plus directement le journal. Cette mesure n’a manifestement pas suffi à apaiser les tensions, le journaliste continuant d’écrire dans les colonnes du quotidien, auquel il collabore depuis 1987.
En avril, Le Point faisait état d’un nouvel épisode interne, avec un « temps de parole » organisé à Libération autour du cas Quatremer et une convocation à un entretien disciplinaire. Le journaliste bénéficie par ailleurs du statut de salarié protégé en raison de son mandat de délégué syndical Force ouvrière au sein du quotidien, ce qui soumet toute éventuelle procédure de licenciement à l’autorisation préalable de l’inspection du travail.
L’hebdomadaire présentait alors l’affaire comme un conflit opposant, d’un côté, des salariés estimant que certaines prises de position publiques pouvaient heurter la charte du journal, et, de l’autre, des soutiens du journaliste dénonçant une atteinte à la liberté d’expression. Jean Quatremer, lui, estime depuis plusieurs mois faire l’objet de campagnes visant à le « réduire au silence ».
Parmi ceux qui ont récemment pris la défense de Jean Quatremer figure également Élisabeth Lévy. Dans un texte intitulé « Quatremer aux enfers », publié le 8 avril, la directrice de la rédaction de Causeur revenait sur la convocation du journaliste à un entretien disciplinaire, après des prises de position sur la Palestine ou l’affaire Traoré. Elle y voyait le signe d’un conflit idéologique interne à Libération : « Les pro-LFI sont à l’offensive », analysait-elle, citant un membre de la rédaction sous couvert d’anonymat.
À ses yeux, le cas Quatremer dépassait donc la seule discipline interne à Libération : « C’est une faillite de l’esprit des Lumières et même de l’esprit démocratique qui suppose que chacun accepte d’être blessé par les idées des autres. » Elle dénonçait enfin « une conception sentimentalo-policière du débat », consistant selon elle à vouloir « interdire les pensées désolantes ».
Crédits photo : Jean Quatremer (Claude Truong-Ngoc)
Source
https://actualitte.com/

happywheels

1 Comment

  1. Ziona dit :

    Rim a rien a des problèmes de mémoire : le rôle du mufti de Jérusalem dans la collaboration avec le nazisme ? C’est sur que la drogue de synthèse ça n’aide pas la mémoire…

Publier un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *