Le mythe du complot juif est de retour

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Par Abnousse Shalmani

ÉDITO. L’offensive contre l’Iran ressuscite un antisémitisme ancestral – le Juif, marionnettiste du pouvoir mondial – avec la thèse absurde affirmant que Netanyahou manipule Trump.
La salutaire offensive américano-israélienne contre la mollahrchie est l’occasion d’une lecture pour le moins dérangeante selon laquelle un dirigeant étranger, en l’occurrence « le Juif » Netanyahou, aurait contraint Trump, le président de la première puissance mondiale, à entrer en guerre contre sa volonté.
Cette « thèse » s’inscrit dans la plus ancienne et la plus toxique des constructions antisémites : le Juif comme marionnettiste du pouvoir mondial. Des Protocoles des sages de Sion, faux forgé par la police secrète du tsar en 1903, qui décrit un complot juif pour dominer le monde en maintenant « le monde dans un état de guerre », au concept contemporain de ZOG (Zionist Occupied Governement, « Gouvernement d’occupation sioniste »), inventé par les suprémacistes blancs, en passant par l’imagerie nazie, qui a systématisé la figure du Juif marionnettiste tirant les ficelles dans l’ombre (ainsi, Churchill, Roosevelt et Staline étaient présentés comme de simples « marionnettes des Juifs »), cette idée aussi absurde qu’antisémite est réactivée à la faveur de l’intervention américano-israélienne.

Quand Marco Rubio dit que « l’action d’Israël aurait déclenché des représailles contre les forces américaines, donc nous avons frappé préventivement », il ne dit pas que Netanyahou a contraint Trump, mais construit un argumentaire juridique et politique destiné au public américain et au Congrès. Il justifie légalement l’absence de vote du Congrès en invoquant une « menace imminente » et présente l’intervention comme défensive pour neutraliser l’opposition isolationniste au sein même du camp républicain et de la base Maga. Il déplace de surcroît la responsabilité en cas de dérapage : si l’opération tourne mal, elle pourra être présentée comme une réaction à une situation subie, non comme un choix délibéré.
D’autre part, au cours de la seule année 2025, Trump a humilié Netanyahou publiquement et à répétition. En avril 2025, lors de leur rencontre à la Maison-Blanche, Trump annonce en direct des négociations avec l’Iran – précisément ce que Netanyahou redoutait. Les médias israéliens décrivent une « humiliation ». Netanyahou rentre les mains vides, incapable d’infléchir Trump sur les tarifs douaniers, sur l’Iran ou sur la Turquie en Syrie. Puis, en décembre 2025, à Mar-a-Lago, Trump loue Erdogan – allié du Hamas et critique féroce d’Israël – en le qualifiant de « leader fort » ayant « aidé à renverser Assad en Syrie ». Face aux caméras, il ordonne à Netanyahou d’être « raisonnable » sur la question turque.
Trump n’a besoin de personne pour entrer en guerre contre la mollahrchie. Dès 1980, dans sa toute première déclaration connue sur les affaires internationales, alors âgé de 34 ans, il déclarait à Rona Barrett, chroniqueuse mondaine sur NBC : « Que ce pays reste assis et permette à un pays comme l’Iran de retenir nos otages est, à mes yeux, une horreur. » En 2020, après l’assassinat, décidé par la Maison Blanche, de Qassem Soleimani, chef de la brigade Al-Qods, Trump a justement ciblé 52 sites iraniens représentant les 52 otages de l’ambassade américaine de Téhéran. Ce traumatisme n’est pas seulement celui de Trump : la crise des 444 jours a été une humiliation dans la psyché collective américaine.
Enfin, Trump est un homme obsédé par l’obtention du prix Nobel de la paix et par sa place dans l’Histoire. Et faire tomber les mollahs au bout de quarante-sept ans serait sa plus grande victoire pour s’incruster dans l’Histoire.

Franchir la ligne entre « Netanyahou a plaidé efficacement sa cause » et « Netanyahou a manipulé/forcé/contrôlé Trump » revient à nier l’autonomie décisionnelle du président américain et à réactiver l’un des préjugés antisémites les plus anciens de l’Histoire. Trump n’écoute personne, change d’avis toutes les dix minutes, ne se mire que dans son reflet, tel Narcisse. Il n’a jamais été et ne sera jamais la marionnette de personne, ce qui le rend imprévisible et incontrôlable. Je le précise au cas où quelqu’un au fond de la salle ne l’aurait pas remarqué.

Source Le Point

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