Les amitiés particulières de Gabriel Matzneff avec l’extrême droite

By  |  3 Comments

par Ivanne Trippenbach
L’écrivain aux pratiques pédophiles revendiquées est adulé par des figures lepénistes et soraliennes. Il a toujours adossé ses actes à une pensée aristocratique, élitaire et non libertaire, qui exalte le rapport de domination entre l’adulte et l’enfant
La terre tremble sous les pieds de Gabriel Matzneff. Un mois avant Noël, l’écrivain de 83 ans sait Le Consentement mis sous presse. Il participe à l’émission YouTube « Les Clochards célestes », des étudiants qui se rêvent en dandys révolutionnaires, et tient à lire, face caméra, la lettre de rupture attribuée à Vanessa Springora. « C’était sa défense », explique à l’Opinion Simon Collin, chef de l’émission dans laquelle « viols à 12 ans » et « partouzes » sont évoqués. Il est lui-même l’ami de l’ex-chef des Jeunes d’Henry de Lesquen, co-fondateur du Club de l’Horloge et ancien président de Radio Courtoisie. Un job informel, précise-t-il. Mais l’attelage rappelle que Gabriel Matzneff a toujours entretenu des liens privilégiés avec une partie de l’extrême droite.
Certes, la gauche soixante-huitarde a porté aux nues l’écrivain quand la droite le dénonçait au nom de la morale. « Mais il est faux de réduire la pédophilie militante à un mouvement gauchiste ; elle se caractérise par une transversalité politique allant jusqu’aux anti-68 les plus durs », souligne le sociologue Pierre Verdrager. L’extrême gauche pro-pédophilie gommait l’écart d’âge au nom du libre arbitre et de la maturité sexuelle des enfants ; l’extrême droite pédophile, au contraire, exalte leur inégalité, la relation d’autorité et de domination, sur fond de références culturelles grecques ou celtes.
Matzneff baigne dans cet univers. Son proche ami Alain de Benoist, figure de proue de la Nouvelle Droite, déplorait dans sa revue Eléments que la préférence pour « le commerce charnel des très jeunes personnes » suffise à faire passer Matzneff pour « le Diable dans le Landerneau parisien ». Il loue sa « passion des fesses fraîches » qu’il juge bien plus bénéfique aux enfants que « leur vie familiale et scolaire ». D’autres figures de l’extrême droite défendront Matzneff, comme Alain Soral, idéologue star des complotistes antisémites, expliquant avoir fréquenté une femme qui a été « la maîtresse » de l’écrivain lorsqu’elle avait 14-15 ans.
Royaliste. Matzneff, qui affirme ne pas être républicain, a lui-même gravité dans la Nouvelle Action royaliste. Dans des archives de 1971, il se décrit « anarchiste de droite », qualifie le suffrage universel de « principe puéril » et choisit Maurice Barrès parmi les « maîtres de l’Action française ». Interviewé fin 2015 par Charlotte d’Ornellas pour le site Boulevard Voltaire, il réitère : « On peut parler de beauté ou de grandeur de la France, mais la République ? Qu’est-ce que ça veut dire les valeurs de la République ? Si moi qui suis un garçon relativement cultivé, je ne comprends pas, vous imaginez les petits banlieusards à qui ce discours est adressé ?» Cette pensée élitaire englobe et sous-tend ses agissements : pour lui, la pédocriminalité a partie liée avec un statut social.
« Matzneff a voté Mélenchon et tente d’échapper aux classifications politiques. Mais des éléments ne trompent pas : il est animé par un profond racisme de classe et la conviction d’une supériorité », confirme Pierre Verdrager. « La civilisation européenne n’a jamais eu autant besoin d’une aristocratie, écrivait Matzneff. La luxure n’est élégante, elle ne reste pudique que si elle reste le privilège d’un petit nombre d’êtres sensibles, raffinés. Donner des loisirs aux crétins, c’est mettre un rasoir dans les mains d’un singe. » C’est au nom de la même morale aristocratique qu’il rejette le « petit-bourgeois » et juge que s’il « lève un gosse » (Cette Camisole de flamme, 1976), ce dernier s’élève aussitôt.
Matzneff se vante très régulièrement de son amitié avec Jean-Marie Le Pen — lequel dit toutefois à l’Opinion que la pédophilie le « choque ». L’un et l’autre sont des habitués de Radio Courtoisie. En 2014, Paul-Marie Coûteaux y reçoit Matzneff, qu’il encense comme un « écrivain de talent » jusqu’au « trognon de la pomme d’Adam ». Une anecdote fait rire les deux compères : l’auteur d’Un Galop d’enfer a appris la brasse à une jeune fille de 14 ans, au mépris de la vigilance de la mère. « Elle ne devait pas avoir lu Matzneff ! », se gausse Paul-Marie Coûteaux, 63 ans, mis en examen en octobre après qu’un jeune homme de 22 ans l’a accusé de l’avoir drogué pour des faveurs sexuelles. Ces derniers jours, l’ex-conseiller de Le Pen défend activement son ami Matzneff sur les réseaux sociaux.
Spiritualité. Mais c’est sur la religion que l’affaire divise le plus à l’extrême droite. Début décembre, l’écrivain assistait au prêche de l’abbé Guillaume de Tanoüarn, figure du catholicisme traditionaliste, à la très extrême Nouvelle Librairie du Quartier Latin. Chrétien orthodoxe, il cultive aussi sa propre « spiritualité ». « Coucher avec un ou une enfant, c’est une expérience hiérophanique, une épreuve baptismale, une aventure sacrée. Le champs de la conscience s’élargit, les ‘‘remparts flamboyants du monde’’ (Lucrèce) reculent », écrivait-il en 1974 dans Les Moins de seize ans.
Ce 17 octobre, Matzneff doit être exfiltré d’une conférence qu’il donne au café littéraire L’Euridyce. Des jeunes catho-tradis proches de l’Action française ont déboulé : « Les pédophiles à Cayenne ! » Une opération non officielle, précise à l’Opinion le patron de l’AF. Les partisans de Matzneff répliquent. Son ami Roland Jaccard dénonce dans Causeur, qu’il a co-fondé, un « nouvel ordre moral totalitaire » qui ne tolère pas l’« amour pour les très jeunes filles ». Elisabeth Lévy, directrice du magazine, approuve cette ligne auprès de l’Opinion. En janvier dernier, Jaccard, 78 ans, faisait longuement l’apologie de la pédophilie comme « passion sexuelle », invitant à « se promener dans l’échelle des âges de manière extrêmement libre ». C’était dans « Les Clochard célestes ».
Source :
https://www.lopinion.fr/edition/politique/amities-particulieres-gabriel-matzneff-l-extreme-droite-207230

happywheels

3 Commentaires

  1. MAGUID

    3 janvier 2020 at 11 h 36 min

    C’est puéril, obsessionnel et agaçant de tout et toujours d’en incombant la faute de tous les malheurs du monde à l' »extrême » droite et toute la famille LE PEN. On dirait que l’on cherche à priver tous les JUIFS de nous priver du grand honneur d’être responsables de tous les maux de la terre. Je me demande pourquoi et comment personne n’a encore eu la merveilleuse et lumineuse idée d’expliquer, aussi, que JEAN-MARIE LE PEN et MARINE LE PEN sont totalement responsables du « RECHAUFFEMENT CLIMATIQUE ».

  2. benjamin

    3 janvier 2020 at 17 h 31 min

    il convient d ajouter a votre article que matzneff a ètè également ami de f Mitterrand qui lui a temoignè son admiration!!en 1986!!

  3. Layla

    10 mars 2020 at 18 h 04 min

    Ne mélangez pas tout ; ce Simon Collin et son acolyte ne sont jamais que des bourgeois amuseurs de galerie, pas révolutionnaires pour un sou, et pas vraiment d’extrême-droite. Ils ont reçu Matzneff comme on est bien content de recevoir un écrivain d’une telle aura, mais les aligner à la galerie des diables, à côté de Jean-Marie Le Pen, c’est un peu comique.

Publier un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *