Polémique Haddad-Panot : LFI ne dénonce que les antisémites morts

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Idées. Alors que la haine des juifs connaît un regain sans précédent depuis les massacres du 7 octobre 2023, le parti de Jean-Luc Mélenchon préfère faire la chasse aux antisémites d’hier. De quoi occuper le terrain de l’antiracisme à peu de frais, tout en s’offrant un paratonnerre en cas d’attaques…
u’on se le tienne pour dit, chez La France insoumise, on sait où trouver les antisémites : au cimetière. Mathilde Panot, présidente du groupe à l’Assemblée nationale, nous l’a rappelé le 10 septembre. En réaction aux propos tenus par Benjamin Haddad, ministre de l’Europe qui, au micro de Sud Radio, reprochait à LFI « d’installer un climat antijuif », la députée s’est aussitôt fendue d’un tweet lui reprochant d’avoir fait l’ »éloge » de l’écrivain Paul Morand ; tout à la fois fervent antisémite rallié au régime de Vichy, et figure de la littérature de l’entre-deux-guerres. Quelques jours plus tôt, sur X, Benjamin Haddad, issu d’une famille juive séfarade tunisienne, avait qualifié Morand de « plus grand chroniqueur des années folles », citant deux recueils de nouvelles datant de 1922 et 1923.
La France insoumise est décidément incollable sur l’Histoire de la haine des juifs. Quand, à l’approche du centenaire de l’armistice de 1918, Emmanuel Macron avait qualifié Philippe Pétain de « grand soldat » de la Première Guerre mondiale, Jean-Luc Mélenchon s’était empressé de convoquer le funeste CV du chef du gouvernement de Vichy car, avait-il dit alors, l’Histoire de France n’est pas un « jouet ». Episode que Mathilde Panot ne manqua pas de rappeler quatre ans plus tard, lors des commémorations de la rafle du Vel d’Hiv. L’Express se souvient aussi de la saillie du chef des insoumis lors de la publication d’un entretien, dans nos colonnes, dans lequel Emmanuel Macron jugeait « absurde » de faire comme si l’écrivain Charles Maurras, antisémite notoire, ne devait plus exister. « Un signal à l’extrême droite », selon le Lider Maximo.
Au royaume des morts, les borgnes sont rois
Certes, les rappels historiques ne sont jamais inutiles. Il suffit, pour s’en convaincre, de repenser aux chiffres vertigineux de l’Ifop (2022), selon lesquels un jeune sur deux pense que le génocide des juifs a fait moins de cinq millions de victimes, ou aux 20 % de jeunes de 16 à 24 ans qui, selon l’institut OpinionWay (2024), ne savent pas ce qu’est la Shoah. On pourrait donc en conclure qu’un parti se montrant intransigeant avec l’Histoire, quoi qu’on en pense et quand bien même ces piqûres de rappel s’inscrivent dans une tentative de décrédibilisation de l’adversaire, mérite de voir ses efforts salués.
Mais il y a les morts et il y a les vivants. Or la fermeté des insoumis en matière d’antisémitisme s’arrête, semble-t-il, aux portes du cimetière. En témoigne l’incapacité de Jean-Luc Mélenchon à nommer pour ce qu’ils étaient les meurtres antisémites commis en 2012 par le terroriste Mohamed Merah – un « événement » instrumentalisé pour « montrer du doigt les musulmans » (2021, France Inter). De même que les bégaiements chroniques de ses lieutenants au moment de qualifier le Hamas d’organisation terroriste responsable des massacres antisémites du 7 octobre 2023. Et que dire du fameux antisémitisme « résiduel » décrit par Jean-Luc Mélenchon en juin 2024, alors même que les actes antisémites explosaient ?

« Les morts gouvernent les vivants », écrivait le philosophe Auguste Comte. Ceci, La France insoumise l’a visiblement bien compris. Car en tapissant son discours d’une épaisse couche de Mémoire, le parti fait coup double : occuper le terrain de l’antiracisme à peu de frais, tout en s’offrant un paratonnerre face aux accusations d’antisémitisme. Ici, il faut rappeler l’épisode récent de l’exclusion de représentants insoumis venus déposer une gerbe (un geste pourtant réservé aux seules collectivités) lors d’une cérémonie grenobloise consacrée à la mémoire des victimes de la rafle du Vel d’Hiv et aux Justes. Dans les rangs des soutiens du parti, l’affaire avait fait grand bruit. Suffisamment, semble-t-il, pour faire oublier que la veille, Allan Brunon, élu insoumis à la mairie de Grenoble, ainsi que des militants propalestiniens et insoumis, avaient perturbé le concert de la DJ Barbara Butch, artiste juive et figure LGBTQ+, au motif que celle-ci avait signé, comme d’autres, une tribune en soutien à la proposition de loi Yadan contre l’antisémitisme. Mais que pèsent des accusations d’antisémitisme maquillé en antisionisme face à une gerbe frappée du sceau de la Mémoire ?
Quand la Mémoire flanche
Le parti de Jean-Luc Mélenchon peut bien fricoter avec le dog-whistle, cette pratique consistant à utiliser des codes d’apparence anodine pour le grand public mais porteurs d’un sens précis pour d’autres. Qui ira, parmi ses soutiens, s’offusquer des plaisanteries plus que douteuses du grand chef sur la prononciation des noms de l’eurodéputé Raphaël Glucksmann (« Gluckman ») et du pédocriminel Jeffrey Epstein (en insistant sur le « stein », alors que celui-ci se prononce normalement « stine ») ? Tant pis si le procédé est connu : dans Ce que l’on dit des Juifs en 1889 (1989), l’historien des idées Marc Angenot qualifiait déjà de « substantialisme ségrégatif » le fait de traiter un marqueur identitaire, tel un nom de famille, comme la preuve d’une essence qui séparerait une personne du groupe national. Puisqu’on vous dit que Jean-Luc Mélenchon bute souvent sur les noms…
Il faut croire que La France insoumise est moins calée en matière d’Histoire qu’il n’y paraît. Sinon, comment expliquer la référence, en janvier 2024, de l’ex-député LFI David Guiraud aux « dragons célestes » de One Piece (une caste fictive de puissants privilégiés), détournés depuis longtemps par les milieux antisémites pour désigner les juifs ? Ou encore la publication par le parti d’un visuel représentant l’animateur Cyril Hanouna, d’origine juive tunisienne, reprenant les codes de l’iconographie antisémite de l’Allemagne nazie ? Ou même la comparaison faite par Jean-Luc Mélenchon, en avril 2024, entre le président de l’université de Lille et Adolf Eichmann, l’un des principaux organisateurs de la Solution finale – ce, en pleine résurgence, rappelons-le, de l’antisémitisme ? Quand la Mémoire flanche…

Source L’Express

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